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dimanche, 06 novembre 2022

Mes polars : dossier critique

Avril à Cluny :

un article de Christian Cottet-Emard.

Un article dans le Journal de Saône-et-Loire (24 juillet 2021)

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Un article dans Lyon People (septembre 2021) :

lyonpeopleAvrilacluny.jpg

 

Le puits des Pénitents :

un article de Christian Cottet-Emard.

Un article dans le Journal de Saône-et-Loire (28 juin 2022) :

polars,jean-jacques nuel,héraclite

 

vendredi, 04 novembre 2022

Courts métrages (extraits)

Quelques textes brefs extraits de mes recueils "Courts métrages" et "Billets d'absence", parus en 2013 et 2015 aux éditions Le Pont du Change.

 

SÉPARATION DE CORPS

Un matin, Jean-Jacques se réveilla dans les deux lits jumeaux à la fois. Le trait d’union de son prénom avait glissé entre les deux matelas ; il devait se trouver sur le parquet, parmi les moutons de poussière, et sa taille minuscule comme sa couleur gris foncé ne faciliteraient pas les recherches. Profitant de cet incident, Jean et Jacques avaient pris leur indépendance et, après une petite virée nocturne, chacun de son côté, dans les quartiers malfamés de la ville, étaient revenus se coucher dans les deux lits séparés. Maintenant qu’ils avaient goûté à la liberté, ils auraient du mal à reprendre leur existence de frères siamois.

 

UN AUXILIAIRE DES SERVICES DE POLICE

Tout au long de l’enquête criminelle, l’assassin tenta désespérément d’aider l’inspecteur Colombin à démasquer le coupable. Depuis le début, il avait facilité la tâche des services de police en laissant sur la scène de crime ses empreintes digitales, son ADN et quelques objets personnels, dont sa propre carte d’identité infalsifiable ; il ne pouvait justifier du moindre alibi, et il avait de sérieux mobiles pour ce meurtre. Chaque jour, retrouvant le policier, il lui apportait un nouvel indice, une nouvelle preuve qu’il expliquait avec un vrai sens de la pédagogie. Peine perdue, l’enquêteur particulièrement obtus repartait sans cesse sur de nouvelles et fausses pistes. « N’oubliez pas que je reste le principal suspect dans cette affaire », répétait l’assassin, mais Colombin répondait invariablement : « Non, vous êtes un coupable trop évident. Ce serait trop facile. »

 

UNE POLITIQUE EN FAVEUR DE LA LECTURE

J’ai glissé un billet de vingt euros, en guise de marque-page, dans un ouvrage rendu à la bibliothèque municipale. Le prochain lecteur qui empruntera Le monde comme volonté et comme représentation d’Arthur Shopenhauer se verra ainsi récompensé de sa curiosité intellectuelle. Il suffit de peu de chose pour encourager la lecture. Si mon humble procédé était adopté et reproduit à plus grande échelle par la collectivité, on améliorerait la fréquentation des bibliothèques publiques. Une poignée de billets de banque insérés çà et là dans des livres, que le lecteur découvrirait comme le trèfle à quatre feuilles au milieu du trèfle ordinaire, et les jeunes retrouveraient le goût de lire. Cela serait bien plus efficace que ces dizaines de millions d’euros de subventions versés comme dans un puits sans fond à des associations bidon censées promouvoir la lecture et la littérature. Donnez-moi le poste de ministre de la Culture, et franchement, je ne serai pas pire qu’un autre.

 

LE DROIT D’AÎNESSE

Ma sœur aînée, je le sais, est née un an après moi et se prétend mon aînée. Je ne l’ai jamais contredite pour ne pas la contrarier, car elle peut se montrer, dans ses accès de colère, d’une violence extrême. Et ma position de frère cadet, bien qu’elle repose sur un mensonge, m’arrange au fond : je n’ai jamais aimé les responsabilités, et laisse volontiers à ma sœur, depuis la mort brutale de nos parents, le rôle de chef de famille. Elle a de puissantes relations dans la haute administration, je sais qu’elle s’en est servi pour parvenir à une falsification du registre d’état civil. Mon acte de naissance a été trafiqué : on m’a rajeuni de deux ans pour me faire naître fictivement après elle. J’en veux secrètement à ma sœur. Elle aurait pu tout aussi bien ne pas toucher à mon année de naissance et reculer la sienne de deux ans, le résultat aurait été similaire. Mais sa coquetterie et sa peur de vieillir s’opposaient à cette solution, et elle a préféré attenter à mes jours.

 

FUMER TUE

J’avais arrêté de fumer juste avant le début de la guerre et dois peut-être à cette sage décision d’être encore en vie. L’armée nous avait mobilisés et envoyés sur la ligne de front. Dans la nuit noire, le soldat qui allumait une cigarette prenait un risque mortel ; le jeu pour les ennemis consistait à cribler de balles un cercle imaginaire autour du point d’incandescence. Ceux qui se tenaient trop près de l’imprudent pouvaient tomber aussi comme des fumeurs passifs.

 

jeudi, 03 novembre 2022

Poèmes (choix)

Un choix de poèmes inédits ou parus dans les recueils "Mémoire cash" (Gros Textes, 2020) et "Hermes baby" (La boucherie littéraire, 2021).

 

ÉQUINOXE

 

l'équinoxe

de ta vie

est cet instant

unique

précis et fugace

où tu as une égale

quantité de temps

devant toi

et derrière toi

 

où le passé

pèse le même poids

que le futur

à la seconde près

 

si autour de l'axe

de cet équinoxe

on retournait ton futur

sur ton passé

ils coïncideraient

comme les 2 pans

d'un drap

rigoureusement plié

par le milieu

 

mais au milieu du chemin de la vie

évoqué par Dante

au premier vers de La Divine Comédie

tu ne sais pas que tu es parvenu

à ce point exact

et que tu viens de franchir

la ligne médiane

 

tes jours sont comptés

mais le compteur reste

invisible

tu ne peux effectuer le compte

à rebours

 

cette incertitude sur la durée

de l'existence

est un cadeau

de la providence

 

car imagine

le reste de ta vie

dans le couloir de la mort

du condamné à mort

attendant le jour fixé

pour son exécution

 

ce serait pire que la perspective

de la rentrée

qui te gâche

la seconde moitié

des vacances

 

*

 

TONKIN

 

j'ai vécu quelques mois

à Villeurbanne en 1970

dans le quartier du Tonkin

 

près de la place Rivière

où se tenait alors

le marché aux puces

 

un ami de mon père

m'avait loué une petite baraque

coincée entre 2 autres similaires

avec un jardin

à l'arrière

 

une sorte de bungalow

rudimentaire et délabré une bicoque

de plain-pied et sans étage

promise à une proche

démolition

 

juste 2 pièces en enfilade

une cuisine une chambre

et une cave très humide

à laquelle on accédait

par une trappe dans le plancher

 

je pouvais pisser dans l'évier

de la cuisine

pour le reste il fallait

traverser le jardin

pour gagner une cabane en planches

qui faisait office de cabinet

 

je ne me souviens plus

de l'adresse exacte

et je ne saurais la retrouver

 

la baraque a été rasée

par les bulldozers

et la rue elle-même

qui s'appelait je crois

rue Charles-Lyonnet

a disparu

 

le quartier ayant été entièrement

redessiné

dans une vaste opération

de rénovation urbaine

 

je suis donc incapable de localiser

l'endroit précis où je demeurais

ni d'effectuer le moindre

pèlerinage

 

mis à part des souvenirs

et de vagues images mentales

il ne me reste rien de ce séjour

dans l'ancien Tonkin

aucun courrier

aucune quittance

aucune facture

attestant de ma présence

en ces lieux

et de la présence même

de ces lieux

 

c'est à se demander si tout cela

a bien existé

 

j'en suis moi-même réduit

à me croire

sur parole

 

*

 

TCL

 

le bus 26 au départ de Perrache

avait pour terminus

le campus

de La Doua une ligne régulière

traversant la ville en diagonale

un trajet durant environ 3

quarts d'heure

si ma mémoire est bonne

c'était avant le tramway

et même avant le métro

qui était alors en travaux

c'est dire que je vous propose

un voyage dans le temps

plus que dans l'espace

et si l'on consulte aujourd'hui le site

des Transports en Commun Lyonnais

3 w point tcl point fr

on voit que la nouvelle ligne C26

allant de Saint-Priest à Lyon-8e

ne suit plus l'ancien itinéraire

assuré désormais par la ligne T1

du tramway qui dessert

les stations de Perrache et La Doua

cette expérience est donc impossible

à revivre

comme la plupart des choses

du passé d'ailleurs le temps

est un enterrement

*

 

 

AMIE

 

ma première bagnole

achetée d'occasion sur le marché

aux puces de Villeurbanne

s'appelait AMI 6

une berline 3 CV CITROËN

à la carrosserie bleu clair

piquée de points de rouille

(et je ne parlerai pas de ses vices cachés)

sa lunette arrière

avait une pente inversée

ce qui donnait de profil

un Z

du plus mauvais effet

mais je ne veux pas commettre

un délit de faciès

envers celle qui fut l'amie

passagère de ma jeunesse

*

 

 

debout sur le quai venté

de la gare de Mâcon-Loché

attendant le TGV 6960 de 7 h 36 pour Paris

près du repère W

où s'arrêtera la voiture 17

je vérifie encore une fois dans ma poche

la présence du billet de train

des tickets de métro

rendez-vous à 10 heures au Café des 2 Magots

te revoir si tout se passe bien

je confie mon sort

aux entreprises de transport

à la SNCF à la RATP

*

 

 

il me dit je n'ai jamais pu

me résoudre à tutoyer Dieu

car enfant on m'avait appris

à vouvoyer le Seigneur

Notre Père qui êtes aux cieux

Que votre nom soit sanctifié

la réforme liturgique date de 1966

ça fait un bail mais rien à faire

c'est un peu comme ma mère

qui comptait encore en anciens francs

après le passage au nouveau franc

quand le pli est pris

dès l'origine impossible

de le défaire la prière

est gravée dans la pierre

*

 

 

les boutiques ferment les unes

après les autres

dans la petite cité

de caractère

qui se paupérise au fil des ans

sur la vitrine

de la mercerie de la rue des Remparts

un panneau pas-de-porte à céder

et juste au-dessous

l'avis qu'un verre de l'amitié sera servi

le dernier samedi du mois

jour de la fermeture

définitive à ses clients fidèles

une façon de leur dire

merci

une façon de leur dire

adieu

*