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mardi, 24 mars 2015

Le Sans Pareil, de Stéphane Prat

le sans pareil,stephane prat,éditons du petit pavéEn Bretagne aussi, le soleil peut taper dur. Le roman, entre autres policier, que signe Stéphane Prat, se passe à Saint-Malo et environs sous la canicule. Antoine Sterne, un adolescent orphelin disparaît de la Côte d’Émeraude. Il ignore encore à quel point il est trempé dans le nettoyage policier du bar-hôtel Le Sans Pareil, établissement de Saint-Malo intra-muros.

Il change d’identité, dans l’illusion de s’échapper et de renaître : Sterne devient Blanqui. Sont à ses trousses l’inspecteur Baudrillard et le demi-sel Jean-Patrick Voyer, aussi barjots, aussi dangereux et peu recommandables l’un que l’autre. Ici, les truands et les policiers ne sont pas très différents, comme si le soleil de plomb faisait fondre les frontières et les limites, et même le commissaire Corbière, qui traîne après lui Maître Eckhart, un setter anglais puant, est loin d’être irréprochable.

Un roman d’initiation remarquable pour son ambiance, pour sa description des tourments de l’adolescence, ce temps ambigu des troubles de l’identité, de la découverte de l’amour, du sexe et de la cruelle comédie humaine.

 

Le Sans Pareil, de Stéphane Prat, éditions du Petit Pavé, 20 €

 

vendredi, 06 mars 2015

Feuilles d'hiver

Deux belles revues ont récemment accueilli mes textes.

Dans OUSTE n° 23 (conspiration 2015), figure une prose courte, "Double tour".

La revue canadienne MOEBIUS publie dans son numéro 144 six de mes textes courts sur le thème Animaux.

 

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mardi, 03 mars 2015

La Queue, de Roland Thevenet

la queue,roland thevenet,éditions du bugL’idée de départ de ce roman, qui se présente comme le biopic du personnage imaginaire Félix Sy, est très originale : « l’idée lui vint de faire porter des queues aux gens dans le monde réel : l’histoire de la mode ne regorgeait-elle pas de ce genre de fantaisies, des braguettes médiévales aux perruques du Grand Siècle, sans parler des fraises et des faux-culs ? »

Dessinateur de talent, styliste, Félix Sy a amassé une fortune considérable et édifié un empire en faisant porter une queue à ses contemporains, aux petites lolitas de banlieue comme aux personnalités les plus en vue (Bill Clinton, Monica Lewinsky, Giscard d’Estaing, Mick Jagger, Didier Deschamps...), aux hommes et aux femmes des classes moyennes comme aux stars des élites mondialisées. Ce qui n’était qu’une plaisanterie de potache est devenu en quelques années un marché et un symbole planétaires. La queue portée au début par esprit de contestation a fini par être un signe d’appartenance et de conformisme.

Au soir de sa vie, Félix revient à ses origines, au bord de Loire où un prêtre le recueillit sur les routes de la débâcle alors qu’il était un nouveau-né orphelin, au Paris et au New York où il se lia d’amitié avec Corso et Kerouac, à la France des années 60/70 et à l’aventure journalistique vécue aux côtés de Pierre et d’Hélène Lazareff.

De juin 1940 à janvier 2015, le roman retrace la crise culturelle qu'a traversée le pays, et au-delà, le monde occidental  : déchristianisation, essor et déclin de la contre-culture américaine, triomphe de la société du spectacle, triomphe du matérialisme et de la consommation, au détriment des valeurs intellectuelles et surtout spirituelles.  Le récit est très documenté, en particulier sur la contre-culture américaine et la figure de Jack Kerouac dont il est dressé un portrait, entre mysticisme et amour filial, plus nuancé que celui du beatnick officiel. Le couple Lazareff, Pierre dirigeant France-Soir et l’émission télévisée Cinq colonnes à la une, Hélène créant le magazine Elle, est fort bien décrit dans sa toute puissance.

Le style et le vocabulaire employés appartiennent parfois plus au registre du chroniqueur qu’à celui du romancier (rappelons que Roland Thevenet tient l’excellent blog d’humeur et d’idées SOLKO) mais La Queue est un vrai roman, une fable forte, une satire caustique qui dénonce les travers de notre époque.

La Queue, de Roland Thevenet, éditions du Bug. 19, 30 €.

 

dimanche, 01 mars 2015

Nouveautés "Trait court"

Christiane Tricoit, éditrice de Passage d’encres, nous propose une très bonne cuvée 2015 de sa collection Trait court.

Exils de mon exil, par Sanda Voïca.

voica.jpg« J’écris après plusieurs heures de contemplation de l’inframince de l’inframince du désir ». Au fil des pages, en vers ou en prose, Sanda Voïca tente de décrire son « art poétique ». Une écriture tendue, exigeante, en quête de vérité, qui veut traquer la poésie. Le poème est une lame de lumière, une hache aigüe. « Etre là où mon cœur bat – même arrivée en retard. » Elle cherche à se situer en un point qu’elle définit en « exil de l’exil » : « dedans et dehors sumultanément, et avec une intensité qui me fait muer et me mouvoir ». Sanda Voïca est née en 1962 en Roumanie. Arrivée en France en 1999, elle écrit directement en français et collabore à de nombreuses revues littéraires. Elle est responsable éditrice de la revue numérique Paysages écrits.

 

Frontière/partage, petite anthologie de l’épopée albanaise, par Alexandre Zotos.

passage d'encres,trait court,sandra voica,alexandre zotosAlexandre Zotos, agrégé et diplômé en langue et littérature grecques et albanaises, a enseigné à l’université de Saint-Étienne. Il propose sur une quarantaine de pages une brève anthologie qui est pour le lecteur français une véritable révélation. L’Albanie, souligne l’auteur, est surtout connue comme un exemple de désastre écolo-économique largement préparé par 40 ans de stalinisme sous Enver Hodja. Mais c’est aussi un miracle culturel, par une tradition orale qui a survécu à tous les envahisseurs. La langue est restée à travers les siècles, ainsi que ses légendes. Zotos nous donne des aperçus de la richesse de ce patrimoine poétique, longtemps transmis oralement. D’abord, le cycle épique de l’Albanie du Nord, monument que Kadaré n’hésite pas à comparer à La Chanson de Roland ou aux Nibelungen. Puis, dans la ligne de cette littérature héroïque, des contes, des chroniques familiales, des lamentations. Le récit des prouesses des héros ou de faits prodigieux s’accompagne de merveilleux et d’une grande émotion qui nous rend ces textes plus proches et poignants que la littérature épique habituelle, comme dans la légende du preux Gjergj Elez Ali soigné par sa sœur, dans celle du pont où est emmurée vive une femme, ou dans celle de Doruntine et de Constantin, qui se relève d’entre les morts pour aller chercher sa sœur.

Signalons deux autres publications dans cette même collection :

- Alpe du Grand-Serre, par Christophe Lamiot Enos, une poésie d’une grande musicalité.

- En attendant Hypnos, de Piero Salzarulo, professeur de psychologie générale et spécialiste du sommeil : une brève étude sur l’attente du sommeil, riche de citations et de références littéraires.

Chaque recueil, 5 €. Le site de Passage d’encres.

inks-passagedencres.fr

 

dimanche, 25 janvier 2015

Autres courants, de Phillippe Jaffeux

jaffeux.jpgLe travail de Philippe Jaffeux, dont les précédents ouvrages sont parus chez Passage d’encres et à l’Atelier de l’agneau, a été plusieurs fois évoqué sur ce blog. Son dernier livre, Autres courants, complète Courants blancs. Il se compose de 1820 phrases disposées par séries de 26 sur 70 pages, que l’on peut lire à la suite ou picorer au hasard, car l’ensemble procède de l’accumulation. Chaque courant, couvrant une ligne (le format du livre est adapté à la longueur de la ligne, et non l’inverse) énonce une sorte de contradiction, entre sens et non-sens. Enregistrés avec un dictaphone numérique, ces phrases, chacune close sur elle-même entre une majuscule de départ et un point final (sans aucun autre signe de ponctuation), donnent une impression d’étrangeté. Les thèmes du corps, de la page, de l’alphabet, de la parole, de l’ordinateur s’enchevêtrent :

« Des nombres divins honorent une somme de lettres qui rejettent l’impiété d’une écriture infinie. »

« Les lettres sont notre meilleur outil de connaissance car il suffit de les voir pour les comprendre. »

« Une forme encercla les bords du temps et l’espace de sa page déborda sur celui du cosmos. »

Cette accumulation donne l’idée d’une production de texte quasi mécanique et presque infinie ; on se demande d’ailleurs si un ordinateur ne pourrait pas produire tout seul ces courants, avec un programme adapté, mais serait-il capable sauf par accident de l’humour et de la poésie qui se glissent dans ces lignes ?

« Le tranchant du vide était d’autant plus dangereux qu’il aiguisait les deux faces d’une feuille blanche. »

« La voie lactée enlace notre planète car une danse des lettres entraîne la parole dans une spirale. »

« Les ordinateurs perdirent leur mémoire dès qu’il se souvint qu’il n’était pas une machine inédite. »

L’intérêt de lire Jaffeux, outre d’assister à la réalisation patiente et obstinée d’une entreprise littéraire extrémiste, c’est qu’on se pose plein de questions sur l’écriture. Une phrase n’est-elle pas d’abord des mots ? Un mot n’est-il pas d’abord des lettres ? Une lettre (tapée) n’est-elle pas d’abord un octet ? La plupart des écrivains écrivent pour dire quelque chose, « délivrer un message », alors que Jaffeux dit pour écrire, son message n’étant rien d’autre que le corps matériel du texte, dont le sens joue un rôle intermittent sur le théâtre de l’écriture.

« Les lettres sont plus petites que les mots car elles savent simplifier la monstruosité de l’écriture. »

« L’alphabet souffle souvent dans la direction d’un vent qui se plie sous le poids d’un sens imprévisible. » Illustrant cette assertion, une des phrases (19e page) est écrite à l’envers, de la droite vers la gauche.  Le dernier courant (Ilomitdeséparersesmotspardesblancs…) supprimant les espaces de séparation entre les mots, nous fait prendre conscience que la matière verbale, comme la matière première, est composée de plein mais aussi de vide, le blanc entre les lettres entre les mots entre les lignes, et que ce vide aussi est créateur de sens.

Autres courants, de Philippe Jaffeux, Atelier de l’agneau. 16 €.

samedi, 17 janvier 2015

Lecture chez Verso

lectureVerso.jpg

mercredi, 10 décembre 2014

Le Mouton noir (critiques)

Une nouvelle critique (signée Christophe Stolowicki) vient de paraître sur "Le Mouton noir" dans le Cahier critique de poésie.

Une précédente critique dans Salon littéraire, par Jean-Paul Gavard-Perret.

Un article de Jean-Pierre Longre sur son blog Notes et chroniques.

Une note de Frédérick Houdaer sur son blog Branloire pérenne.

Une note sur ce recueil, à la fin de mon entretien sur Le monde en nous.

 

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Descriptif du recueil "Le Mouton noir"