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mardi, 08 octobre 2013

Trois courts métrages

TROIS COURTS MÉTRAGES

 (extraits de Courts métrages, Le Pont du Change, 2013)

 

LE DROIT D’AÎNESSE

Ma sœur aînée, je le sais, est née un an après moi et se prétend mon aînée. Je ne l’ai jamais contredite pour ne pas la contrarier, car elle peut se montrer, dans ses accès de colère, d’une violence extrême. Et ma position de frère cadet, bien qu’elle repose sur un mensonge, m’arrange au fond : je n’ai jamais aimé les responsabilités, et laisse volontiers à ma sœur, depuis la mort brutale de nos parents, le rôle de chef de famille. Elle a de puissantes relations dans la haute administration, je sais qu’elle s’en est servi pour parvenir à une falsification du registre d’état civil. Mon acte de naissance a été trafiqué : on m’a rajeuni de deux ans pour me faire naître fictivement après elle. J’en veux secrètement à ma sœur. Elle aurait pu tout aussi bien ne pas toucher à mon année de naissance et reculer la sienne de deux ans, le résultat aurait été similaire. Mais sa coquetterie et sa peur de vieillir s’opposaient à cette solution, et elle a préféré attenter à mes jours.

 *

L’AMANT DE THÉRÈSE

2012 fut l’année Rousseau en région Rhône-Alpes, à l’occasion du tricentenaire de la naissance du grand écrivain. J’avais été recruté, en contrat à durée déterminée de trois mois, par le comité organisateur des festivités. Ma mission exclusive était de rechercher – pour compléter une biographie détaillée – le premier amant de Thérèse Levasseur, un individu de sexe masculin qui, contrairement à Jean-Jacques, n’avait pas laissé de nom dans la littérature et la philosophie. On ne disposait d’aucun élément sur le passé amoureux de Thérèse, à l’exception de ce bref passage au Livre VII des Confessions : « Elle me fit, en pleurant, l’aveu d’une faute unique au sortir de l’enfance, fruit de son ignorance et de l’adresse d’un séducteur. » ; elle n’était donc pas vierge lors de sa rencontre avec Rousseau. Cette notation mise à part, aucune piste, aucun témoignage, aucune archive nous menant à ce prétendu séducteur. Je désespérais de trouver quelque chose. « Cherchez toujours ! » disait-on pour me rassurer. « Cela vous occupera jusqu’à la fin de votre contrat. »

 *

JARDIN D’ENFANTS

Après avoir quitté l’Éducation nationale, pour incompatibilité d’humeur avec les enfants, je cherchais un boulot pépère. Je crus l’avoir trouvé lorsqu’on me proposa ce poste de gardien au musée des beaux-arts. Rester assis sur un tabouret, porter un uniforme, observer le public (en concentrant mon attention sur les plus jolies femmes), attendre l’heure de la fermeture – ces multiples activités semblaient entrer dans mes compétences. On m’affecta à la surveillance d’une grande salle occupée par une seule œuvre d’art monumentale, installée dans le cadre de la biennale d’art contemporain. Sur le sol étaient répandus des jouets en plastique de couleurs vives, des bacs de sable, des ballons, des toboggans, des balançoires, disposés selon le caprice de l’artiste ; le titre de la composition figurait sur une plaque de plexiglas fixée au mur : JARDIN D’ENFANTS / KINDERGARTEN. « Vous êtes responsable de cette œuvre majeure ! », m’avertit le directeur du musée. Je ne voyais rien de majeur dans cet assemblage hasardeux d’un artiste prétentieux, tenant d’un art conceptuel commode qui le dispensait de faire ses preuves avec un crayon et un pinceau, mais j’étais prêt à accomplir avec conscience le travail pour lequel on me payait. Très vite, il m’apparut que j’en avais sous-estimé les difficultés. Les enfants et les groupes scolaires, nombreux à visiter le musée, étaient irrésistiblement attirés par les jeux et les jouets sur lesquels ils se précipitaient, et je devais me battre toute la journée pour les empêcher de s’en emparer. J’avais horreur de cette œuvre, comme j’ai toujours eu horreur des enfants, et j’étais chargé de protéger l’une contre les assauts des autres. Moi qui avais quitté l’enseignement pour ne plus avoir à faire la discipline, j’étais réduit au rôle de garde-chiourme ! À l’origine, la composition artistique ne devait rester exposée que le temps de la biennale, soit quatre mois, mais le musée envisageait maintenant d’en faire l’acquisition, et je craignais d’avoir à la surveiller jusqu’au jour encore lointain de ma retraite.

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Descriptif et bon de commande de "Courts métrages"

 

mercredi, 01 mai 2013

Lettres de cachet

Vient de paraître :

JJNconfetticouv.jpgLettres de cachet, éditions Asphodèle, collection confettis.

Un micro-recueil de 12 pages, format 10 x 15 cm. 2 €.

Il contient quatre textes sur le thème de la prison et de l'enfermement.

Les premières lignes :

"LES REDRESSEURS DE LETTRES

Ayant répondu à la lettre enthousiaste de l’un de mes admirateurs par quelques mots de remerciement écrits rapidement sur une carte de visite, je fus arrêté la semaine suivante et placé en détention provisoire. Je compris alors que l’on m’avait tendu un piège et que le soi-disant admirateur était en réalité un auxiliaire de la police. Dans ma hâte à lui répondre, je n’avais pas pris garde à la graphie de mes lettres : mon message était tracé à l’écriture cursive. Or – et nul n’est censé ignorer la loi – un décret interdisait depuis le premier janvier l’usage et la diffusion de l’écriture cursive, jugée archaïque et illisible par les nouvelles générations. "


En vente sur le site des éditions Asphodéle.

jeudi, 18 avril 2013

Un article dans Fluide Glacial

Dans le numéro 443 de Fluide Glacial (mai 2013), un article sur "Courts métrages" paraît dans la rubrique "Lisez plus fort", d'Hannibal Lecteur. Obtenir pour un même recueil un article à la fois dans "Recours au poème" et dans "Fluide Glacial", voici le genre de grand écart qui me réjouit !

Tout le dossier critique de "Courts métrages".

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lundi, 28 novembre 2011

A tire-larigot

Une nouvelle revue trimestrielle vient de paraître en Belgique, A tire-larigot, sous la direction de Roland Counard et de James. Son but : faire connaître des écrivains francophones de toutes origines, qu’ils soient poètes, romanciers, nouvellistes, pamphlétaires ou dramaturges. Confirmés ou débutants.

Chaque auteur dispose d’un espace sous la forme d’un feuillet égal pour tous (un feuillet replié donnant 4 pages format 15 x 15 cm). Les contributions volantes sont rassemblées dans un emboîtage.

Au sommaire de ce premier numéro : Luc Baba, Jean-Michel Bongiraud, Brigitte Corbisier, Colette Decuyper, Serge Delaive, Nathalie Gassel, Karel Logist, André Romus, Jeanine Salesse et… Jean-Jacques Nuel (Roland Counard a eu en effet l’amabilité de republier l’un de mes textes, L’adieu près du pont du Change, que l’on pourra lire sur cette page.)

La revue, qui prévoit de publier également à l’avenir des interviews sur des sujets qui provoquent débat, est publiée avec le soutien de la Ville et de la Province de Liège.

 

A tire-larigot, Boumboumtralala éditions, 57 avenue des Côteaux 4030 Liège, Belgique. 5 €. Abonnement 4 n°s frais d’envoi inclus 25 €.