Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 04 mars 2007

Joséphin Soulary, un poète lyonnais (2)

Je reproduis ici, après le rappel du texte de quatrième de couverture, l'introduction de cet ouvrage publié en 1997 aux Editions lyonnaises d'art et d'histoire, et aujourd'hui « définitivement indisponible ». J'en publierai bientôt d'autres extraits, ainsi qu'une sélection de poèmes de Soulary, et mettrai en ligne une émission de radio consacrée à ce livre, enregistrée avec Louis Muron sur RCF.


Lorsqu’on évoque la littérature à Lyon, on pense immanquablement à l’époque de la Renaissance, où la ville d’entre Rhône et Saône fut un temps la capitale poétique de la France. Louise Labé, la belle cordière, qui nous a laissé d’impérissables sonnets de passion violente, tenait salon dans sa somptueuse demeure près de l’Hôtel-Dieu. Elle y reçut Marot et les plus grands poètes de son temps. Maurice Scève, auteur de La Délie, fut le Mallarmé de son siècle ; Pernette du Guillet, son inspiratrice, eut le temps, avant sa mort prématurée à l’âge de vingt-cinq ans, de composer des vers douloureux et fragiles, dans un Lyon où les imprimeurs, Jean de Tournes ou Sébastien Gryphe entre autres, attiraient les plus beaux esprits. Le magnifique musée de l’imprimerie (l’un des trois seuls en Europe) que l’on visite dans cette ville témoigne de la formidable vitalité de cette période. En 1532, Rabelais, qui exerçait la médecine à l’Hôtel-Dieu, fit imprimer chez le libraire lyonnais Claude Nourry, dit « Le Prince », son fameux Pantagruel, Les horribles et espoventables faictz et prouesses du très renommé Pantagruel, Roy des Dipsodes, filz du Grand Géant Gargantua, composez nouvellement par maistre Alcofribas Nasier. Deux ans plus tard, il publie dans la même ville La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel.

Cette période faste, d’une densité extraordinaire, a éclipsé tous les autres moments de l’histoire littéraire de Lyon. Ainsi, de la poésie lyonnaise du siècle passé, peu de noms sont aujourd’hui connus du public, si ce n’est celui de Pierre Dupont, resté dans la mémoire populaire pour ses chansons et ses sympathies révolutionnaires. La ville de la soie connut pourtant une vie littéraire active au dix-neuvième siècle. Deux poètes, Victor de Laprade, titulaire d’une chaire à la Faculté des Lettres, et Jean-Jacques Ampère (le fils du physicien), professeur au Collège de France, entrèrent à l’Académie française. Louisa Siéfert, Paul Marieton, les trois frères Tisseur, Barthélémy, Jean et Clair (ce dernier encore localement célèbre pour ses livres d’histoires lyonnaises parus sous le pseudonyme de Nizier du Puitspelu) laissèrent des oeuvres poétiques de grande qualité. Mais la figure dominante de cette période fut sans conteste celle de Joséphin Soulary, apprécié alors par Sainte-Beuve, Baudelaire et Barbey d’Aurevilly, et aujourd’hui assez injustement oublié.

Que reste-t-il en effet de Soulary dans sa ville ? Le nom d’une rue dans le quartier de la Croix-Rousse, un buste de bronze jadis édifié place Saint-Clair et qui se retrouva, suite au percement d’un tunnel routier, sur sa tombe au cimetière de la Croix-Rousse. 1991 a vu le centenaire de sa mort, mais nul n’a songé à le célébrer. Et cependant, cent ans plus tôt, ses funérailles furent officielles et grandioses !

Les oeuvres de Soulary, jamais rééditées depuis le siècle passé, sont malheureusement aujourd’hui introuvables ; il ne reste qu’à les consulter au fonds ancien des bibliothèques. Aucun éditeur local n’a eu l’idée de republier quelques-uns de ses sonnets, alors que Pierre Dupont est fréquemment cité, réédité ou chanté. Seuls, de-ci, de-là, paraissent quelques articles rédigés par des chroniqueurs en mal du passé, qui exhument parmi d’autres personnages trop morts pour se plaindre la figure de Soulary, recopiant les mêmes anecdotes, les mêmes historiettes, et taxant au passage de mineure ou démodée une oeuvre qu’ils n’ont probablement jamais lue !

Cette lecture vaut cependant le détour. Certes, comme chez tout auteur, de nombreuses pièces ont mal vieilli. C’étaient souvent les préférées de son époque, et elles apparaissent les plus datées. Mais au fil des pages, on rencontre de purs chefs-d’oeuvre, qui nous parlent encore et ne méritent pas d’être oubliés.

Cet ouvrage comprend une anthologie qui donne à lire une cinquantaine de pages de Soulary. Sous le classicisme impeccable de la forme, le lecteur aimera à découvrir l’humour si particulier, amer et désabusé, du poète croix-roussien. Une première partie aborde la vie de Soulary, presque entièrement passée à Lyon et dans le Bugey, puis tente d’analyser et de situer son oeuvre parmi celles de son siècle.


Que ce livre puisse remettre en circulation une oeuvre ensevelie sous le temps, et rendre à la mémoire un auteur important du patrimoine culturel lyonnais - telle aura été mon ambition, modeste mais têtue.

 

 

Voir aussi :

Joséphin Soulary (1)

Joséphin Soulary (3)

Joséphin Soulary (4)

 

dimanche, 25 février 2007

Les livres, les revues et la Poste

Les éditions de l'Atelier du Gué ont récemment mis en ligne une pétition pour réclamer un tarif préférentiel pour les livres et les revues. Si ma mémoire est bonne, une telle demande revient à l'occasion de chaque élection présidentielle. Cette pétition s'intitule : "Soutien aux éditeurs indépendants et aux revues littéraires - Pour la libre circulation des idées".

 

 En voici le texte :

"La Poste est un des outils privilégiés de diffusion des livres et revues littéraires des éditeurs indépendants, auprès des libraires, des bibliothèques et du public.

Or, les transformations de La Poste, l'abandon des tarifs particuliers ou intermédiaires, la libéralisation des services, les fermetures de bureaux, mettent aujourd'hui leur existence en danger. Ceci porte préjudice aux écrivains, à la création littéraire, aux éditeurs, aux libraires, aux lecteurs, comme à toute la chaîne du livre (graphiste, photographe, imprimeur...).
Des tarifs postaux abusifs, la réduction programmée à l'accès des tarifs "presse" par de nouvelles contraintes administratives, l'abandon des tarifs réduits ("coliéco" "sacs postaux de librairies"... le refus de La Poste d'appliquer le tarif "livres et brochures" sur le territoire national), etc... remettent en question la pérennité de l'édition indépendante, et par voie de conséquence, entravent le droit d'expression, réduisent l'économie du livre et affaiblissent la démocratie.

Des centaines de petites structures éditoriales sont aujourd'hui contraintes à réduire ou à cesser leur activité.

Les soussignés s'inquiètent de cette situation et demandent à l'Etat, aux ministères concernés et à la direction de l'entreprise publique La Poste de créer un tarif préférentiel pour les livres et les revues (indépendamment, pour celles-ci, de l'attribution, ou non, d'un numéro de commission paritaire), afin de garantir pour demain la diversité culturelle et la libre circulation des idées. »

 

Les personnes désireuses de signer cette pétition peuvent se rendre sur la page suivante :

http://www.cynthia3000.info/petition/index.php?petition=3

 ou sur le site de l’Atelier du Gué :

www.atelierdugue.com

jeudi, 22 février 2007

Revues littéraires

Réorganisation (et simplification) de la rubrique "Catégories" (colonne de gauche) :

ne subsiste qu'une seule entrée "Revues littéraires", dans laquelle ont été incluses les notes de "Revue de détail".

Ainsi, sur une seule page, le lecteur a désormais l'intégralité des ressources sur les revues, notes spontanées ou mises en ligne de mes chroniques dans La presse littéraire ou dans d'autres publications.

 

 

samedi, 17 février 2007

La Petite Revue de l'Indiscipline

Christian Moncel, sur le blog qu’il consacre à sa publication La Petite Revue de l’Indiscipline, évoque le souvenir de la revue Casse, disparue voici dix ans.


A la différence de Casse, La Petite Revue de l’Indiscipline dure et couvre maintenant deux siècles ! Les derniers numéros parus : Claudel récupérateur de Rimbaud ; Verlaine et Rimbaud ; un choix de poèmes de Gabriel Le Gal. Sur 13 ans d'existence, on retrouve une grande unité de ton et une constance de pensée (pensée à laquelle j'ai parfois du mal à adhérer : vénération pour Rimbaud, détestation du catholicisme...) Mais la machine intellectuelle est rigoureuse et efficace.


Voici l’article que j’avais consacré il y a déjà quelques années à cette publication, dans le magazine Ecrire & Editer :


Depuis 1993, dans son coin lyonnais [aujourd’hui déménagé à Charlieu, dans la Loire], paraît deux à trois fois par an, au gré des envies et du temps libre de Christian Moncel, La Petite Revue de l’Indiscipline. On est d’abord frappé, séduit par le titre. Un titre assez génial, et qui n’est pas gratuit, puisque le contenu lui correspond. Une revue petite par la taille, d’une présentation modeste (refusant tout effet), mais un de ces rares lieux où l’esprit souffle dans une liberté salubre et revigorante. La PRI n’est pas une revue purement littéraire mais « traite de littérature, de poésie, d’antipublicité et de bien d’autres choses ». En témoignent des numéros sur la Guerre d’Algérie, la critique littéraire, l’art contemporain. Mais l’animateur se recentre actuellement sur la littérature et le dernier numéro paru est consacré à l’une de ses grandes passions : Fernando Pessoa. A l’instar du poète de Lisbonne, Moncel se veut d’ailleurs inventeur de destins et au fil des pages, des chroniqueurs imaginaires et hétéronymes se mêlent à des chroniqueurs bien réels, jusqu’au vertige.

D’une grande rigueur de langue et de pensée, libertaire et austère, sobre et intransigeante, la revue sait associer art, culture et intelligence. L’abonnement relève d’un mode original : 17 € pour 20 unités, l’unité étant le numéro simple, mais les numéros récents souvent des quadruples ! Un peu complexe, mais n’ayez crainte, le rapport qualité/prix est excellent. Goûtez ces germes de lucidité. Vous n’y perdrez que des illusions. L’indiscipline a encore de beaux jours devant elle.

 

Christian Moncel, La Petite Revue de l’Indiscipline, B.P. 124, 42190 Charlieu. http://indiscipline.hautetfort.com


mardi, 06 février 2007

Ainsi va le poème, de Gabriel Le Gal

 

Les poèmes seraient

Parmi les brumes et les haies

Ce rouge tenu

Rouge d’hier en sursis

Ou bien baies d’églantier

Luisantes

Coriaces à garder

La floraison de demain

Ces points de rouge

Dans le gris des journées



« Qu’est-ce qu’un poème/ où le monde/ ne viendrait pas/ commencer ? » Un nouveau recueil de Gabriel Le Gal, à mi-voix, chaque mot posé dans sa plénitude, vient de paraître.


Ainsi va le poème, Jacques André éditeur, 5 rue Bugeaud, 69006 Lyon. 70 pages, 11 €

http://www.jacques-andre-editeur.eu/

samedi, 27 janvier 2007

Agir ou ne pas agir

« Les personnes qui n'agissent jamais veulent croire que l'on pourrait choisir en toute liberté l'excellence de ceux qui viendront figurer dans un combat, de même que le lieu et l'heure où l'on porterait un coup imparable et définitif. Mais non : avec ce que l'on a sous la main, et selon les quelques positions effectivement attaquables, on se jette sur l'une ou l'autre dès que l'on aperçoit un moment favorable ; sinon, on disparaît sans avoir rien fait. »

 

Guy Debord



podcast

 

09:10 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, Culture

samedi, 20 janvier 2007

L'adieu près du pont du Change

(Démoli en 1974, ce pont de pierre à Lyon traversait la Saône à hauteur des quais de la Pêcherie et de Bondy.)

 

Jacques remonte la rive. Il retourne vers la scène finale, au bord de la Saône. Le jour est presque anniversaire, à en juger par la lumière d’un même degré d’or, à la couleur des platanes, au poids des ombres. Ils s’étaient séparés sur le quai de Bondy. La dernière étreinte, les pleurs, les silences pires que les pleurs. Elle partait à l’autre bout du monde, à deux océans de distance. Le quai de Bondy. Jacques est sûr du nom du quai, du côté droit de la rivière, de la Saône en contrebas, mais il ne peut fixer qu’approximativement la place de leurs deux corps. D’après son souvenir, ils s’étaient dit adieu entre le pont La Feuillée et le pont du Change, très près de ce dernier. Depuis, le pont du Change avait été démoli. Le repère le plus visible de la scène n’existait plus. Le temps se plait à briser certaines piles matérielles du souvenir, comme pour le noyer. Mais il ne fait rien que rendre les contours plus estompés ; il ne peut rien contre la pile de la souffrance qui soutient le souvenir tout entier.

Jacques a cherché le pont du Change, il l’a cherché en fermant les yeux, dans les images d’archives de la mémoire. Il revoit un pont de pierre, bas, d’aspect solide. Près du pont La Feuillée mais non parallèle à celui-ci, il s’en écartait vers la rive gauche. Mais il ne parvient plus à situer le lieu précis du drame. La mémoire est incertaine. La ville s’est déplacée. Sa douleur est devenue diffuse dans le brouillard du temps.

 

Ce court texte est paru dans l’anthologie Ecritures en confluences que vient de réaliser l’UERA (Union des Ecrivains Rhône-Alpes). Cet annuaire 2007, qui présente une cinquantaine de membres de l’association, a été édité chez Jacques André éditeur.