jeudi, 26 mai 2005
La fureur des blogs littéraires
Dans Le Nouvel Observateur de cette semaine (26 mai - 1er juin), Anne Crignon livre un article sur les blogs littéraires :
http://www.nouvelobs.com/articles/p2116/a269263.html
Une étude assez chaleureuse qui est une première reconnaissance de l'importance des blogs littéraires, et de la qualité de certains d'entre eux, même si, précise-t-elle, "le meilleur voisine avec le pire".
Dans son choix, j'ai retenu 3 blogs qui sont pour moi parmi les meilleurs du moment :
Du coq à l'âne
Stalker, Dissection du cadavre de la littérature
Christian Cottet-Emard
20:35 Publié dans Annexes et dépendances | Lien permanent
vendredi, 29 avril 2005
Un article du Magazine littéraire
Dans le Magazine littéraire de mai, sous la signature de Claude Mourthé, un article sur Le nom :
"De nos jours, après avoir longuement contemplé les rayons de sa bibliothèque souvent embryonnaire et assisté à quelques émissions pseudo-littéraires à la télé, l'auteur débutant s'installe bravement devant son ordinateur, acheté à crédit, et fouille dans ses souvenirs d'enfance ou ses expériences amoureuses pour transcrire deux cents pages qu'il envoie ensuite en moult exemplaires aux éditeurs dont il a répertorié les noms. Avant de se morfondre durant des mois dans l'attente d'une réponse généralement négative.
Jean-Jacques Nuel, lui, n'a pas d'inspiration. Tel Jean-Pierre Léaud articulant inlassablement le sien devant la glace, dans Baisers volés, tout ce qu'il trouve à confier à son cahier A4 à spirale et à grands carreaux, c'est son nom, sans se lasser d'admirer l'équilibre de ses deux consonnes et de ses deux voyelles. En espérant qu'il figurera un jour dans Le Petit Larousse et dans le Who's who. Le nom est l'oeuvre du temps. Ne peut-on pas rêver qu'il soit aussi un mot de passe vers la gloire ? Ne ferait-il pas bonne figure sur la couverture d'un livre, ce nom, qui n'est pas un nom commun ? Mais qu'écrire au-dessous ? L'oeuvre peut-elle se limiter à ces quatre lettres somme toute banales ? Eh bien, le miracle, c'est que l'auteur, Nuel donc, arrive à maintenir l'attention durant 140 pages avec son seul patronyme, ce "moëllon élémentaire", et une virtuosité que n'eût pas reniée Perec. Nom-brilisme ? Si l'on accepte de le suivre jusqu'au bout, et c'est facile car il écrit bien, on se rend compte qu'il s'agit là d'un véritable roman, avec un univers précisément décrit. La première personne incarnée. Mais l'égotisme dont on aurait pu l'accuser au début n'est qu'une façade, son prétendu manque d'inspiration un leurre. En se livrant, sur quatre lettres, à une multitude de variations, il parvient à créer une oeuvre véritable, avec à la fin une bonne petite morale s'inscrivant tout naturellement dans le seul décor où le nom subsiste, gravé : un cimetière. Ainsi nous nous trouvons à la fois sur la tombe de la littérature - car Nuel en profite pour tailler un costume aux éditeurs potentiels - et aux sources mêmes de l'écriture. C'est ce que l'on appelle un tour de force, et l'auteur va sûrement s'en faire un. De nom."
Le nom, Jean-Jacques Nuel, Éd. À Contrario, 16 €.
20:45 Publié dans Annexes et dépendances | Lien permanent
mardi, 26 avril 2005
Ateliers d'écriture (suites)
Certaines de mes notes (et pourtant, je m'autocensure !) provoquent des réactions violentes, passionnées. Comme j'ai choisi de ne pas ouvrir l'espace des commentaires, je reçois des messages d'internautes, ou je vois mes idées discutées en d'autres lieux virtuels quand un blogueur les a citées.
Mon dernier article consacré aux ateliers d'écriture, dans lequel j'exprimais une opinion négative sur ces pratiques, m'a valu, comme je m'y attendais, des protestations. Je reproduis ci-dessous deux messages reçus :
"Aux détours de liens, je viens de lire votre propos sur les ateliers d'écriture. Comme pour beaucoup de choses, il y a en ce domaine aussi matières à plusieurs paniers. L'angle par lequel vous percevez cette pratique tendrait à la rendre très critiquable. Vous devriez jeter un oeil sur le site du GFEN (groupe français d'Education Nouvelle). Leur credo, tous capables. En poésie également ! Il s'agit pour eux de faire partager l'idée qu'il n'existe pas de figure tutélaire du poète. Le poète en tant qu'artiste extrait du monde n'existe pas. Certains écrivent de la poésie, le prétendent en tous les cas ; d'autres le pensent impossible pour eux-mêmes. L'atelier d'écriture est un lieu et un dispositif qui s'interdit ces barrières. L'objectif n'est pas de révéler en chacun de nous le poète du siècle, mais de placer ceux qui le souhaitent dans la posture du poète, qui est une apropriation de la langue. Une utopie ? Oui, mais belle ! Et, partant de là, bien réelle ! Tous les ateliers d'écriture ne procèdent pas de ces principes éducatifs (à distinguer de l'enseignement !) ; certains sont effectivement bien critiquables, voire condamnables, pas ceux-là à mon sens."
Olivier Bastide
"C'est dommage qu'on ne peut pas commenter dans ton blog.
C'est pourquoi j'écris.
Et ne te hérise pas aussitôt : ma langue maternelle est hongroise, même si je vis en France depuis quarante ans.
Les ateliers d'écritures servent à donner de courage à ceux qui ont envie de s'exprimer.
Sont-ils écrivains pour autant ? Vont-ils devenir jamais ? Ce n'est pas important. De tout façon, ma définition de l'écrivain est celui qui écrit régulièrement, pas la vedette ou celui qui publie ou ...
Maintenant, nos blogs nous aident à nous exprimer.
Plus ou moins bien.
Nous nous exprimons mieux, quand on a réussi à comprendre certains techniques et trucs des écrivains, et cela, oui, on peut l'apprendre, tant des livres que des ateliers d'écriture. Regarder les textes différemment aussi.
J'aurais voulu laisser cette note sur le blog, mais les commentaires ne sont pas hélas admis à ce que je vois."
Judith Kertesz
Oui, je mesure bien l'intérêt que l'atelier d'écriture peut revêtir pour certains, je respecte leur démarche. Ce que je voudrais expliquer, c'est que la vérité est individuelle, que je n'ai jamais eu la prétention de délivrer une vérité universelle, mais que, ma vie déjà bien entamée m'apparaissant comme un chemin obscur et détourné, et largement une énigme, je tente, en formalisant des idées qui peuvent paraitre excessives, de comprendre ce que je suis et comment j'en suis arrivé là. Lorsque j'ai récemment écrit que j'étais fier d'avoir mené une longue recherche d'écriture tout en travaillant pour subvenir à mon existence au lieu de vivre aux crochets d'une famille, d'une femme ou de la société - ce qui a provoqué sur le blog de Joseph Vebret un tollé - je ne cherchais pas à remettre en cause les choix d'autres auteurs, lesquels sont tout aussi légitimes que le mien, mais je cherchais ma propre logique. De la même façon, pour les ateliers d'écriture, je ne peux que relater mon expérience : je n'ai jamais appris à écrire, j'ai tâtonné, dans la solitude, j'ai perdu apparemment beaucoup de temps, mais au final, c'est une chance, dans ma conception de la littérature, de ne pas avoir été formé par une pratique collective.
Et tant pis, encore une fois, pour ceux que ces propos dérangent.
*
Et sur ce dernier billet, réactions en cascade, celle du Stalker.
20:55 Publié dans Annexes et dépendances | Lien permanent
vendredi, 15 avril 2005
Les ateliers d'écriture
Les ateliers d’écriture, j’en ai toujours détesté le principe, je n’ai jamais compris leur utilité. Comme je demandais à Abdelkader Djemaï, lors d’un festival du livre à Saint-Claude, à quoi pouvaient bien servir ces ateliers d’écriture qu’il animait avec constance en France et à l’étranger, il me répondit « Surtout pas à faire des écrivains ! », confortant ainsi ma conviction. Il me donna ensuite, car l’homme est subtil, des justifications (communiquer l’amour des mots, de la littérature, le goût de la lecture, développer les facultés créatrices, etc.) qui ne suffirent pas à me convaincre. Mon avis reste que cela ne peut servir qu’à assurer un revenu complémentaire à des écrivains nécessiteux (et par définition, presque tous le sont). A de très rares exceptions près, les auteurs ne peuvent vivre de leur écriture qu’à la condition de consacrer du temps, à côté de leur œuvre, à des activités para-littéraires (interventions en milieu scolaire, ateliers d’écriture, résidences d’auteurs, piges diverses pour des magazines, etc.) dont certaines sont largement aussi prenantes et assommantes que le second métier que nos aînés pratiquaient et que la plupart d’entre nous pratiquent encore. A toutes ces corvées subventionnées ou chichement rétribuées, que l’on obtient essentiellement par relations, en étant introduit et bien vu par certains donneurs d’ordre, je préfère infiniment le second métier (et d’ailleurs dans mon cas l’unique métier, mes droits d’auteurs ayant été dérisoires) que j’ai exercé dans le privé puis dans l’administration, lequel avait au moins l’avantage de me rendre libre de toute attache, indépendant, sans comptes à rendre. La liberté n’a pas de prix.
Pour en finir avec les ateliers d’écriture, je pense que l’écriture créatrice ne s’enseigne pas, car elle n’est pas réductible à des procédés. Leur danger est de donner à certains candidats à l’édition l’illusion qu’elle les transformera en écrivains. Si Raymond Carver fut un génie, les ateliers qu’il fréquenta n’y sont pour rien.
20:30 Publié dans Annexes et dépendances | Lien permanent
lundi, 11 avril 2005
Une leçon de lucidité
A l'opposé de certains raseurs phraseurs qui se croient obligés de nous pondre chaque matin une crotte stylisée ou une perle de culture sans le moindre intérêt, Christian Cottet-Emard mène à son rythme l'un des meilleurs blogs littéraires du moment.
Son feuilleton "Tu écris toujours ?" nous livre les tribulations d'un auteur en quête d'éditeur, en quête de ce minimum de reconnaisssance qui permet de survivre. C'est une vraie entreprise de lucidité, de démystification, et il est à conseiller à tous les jeunes auteurs qui se font encore des illusions sur le monde des lettres (les questions du compte d'auteur et des bourses littéraires y sont notamment abordées avec réalisme).
J'attends avec impatience la suite, les suites, des pérégrinations de cet auteur au sein du monde littéraire réel, partiellement désenchanté - mais encore plein de ressources. Car ce journal, s'il explique les pièges, les déceptions, propose aussi des solutions, modestes mais jouables.
Ecrivain véritable, fin critique, Christian Cottet-Emard se révèle désabusé sans être amer. Et le tout, pour ne rien gâter, avec humour.
Extrait :
Bien que je ne m’exprime pas depuis longtemps sur la toile, je m’y suis déjà fait copieusement insulter par des gens que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam, la plupart du temps par des écrivassiers ne jurant que par la liberté d’expression tout en regrettant de ne pas en être les seuls bénéficiaires. Ils font partie du bataillon des petits censeurs que j’évoquais plus haut.
Dernièrement, l’un d’eux, grâce aux moteurs de recherche, a exhumé une de mes vieilles notes de lecture, certes un peu vache, à propos d’un livre qui ne m’avait pas plu. Aucune réaction de l’auteur du livre (j’aurais adopté la même attitude à sa place) mais un gros caca nerveux de son lecteur ulcéré par cette fameuse note qui m’a menacé par blog interposé de je ne sais quelle vengeance en me traitant au passage de “chétif salopard”. Cet imprudent ignore que je pèse quatre-vingt-six kilos tout nu. Alors, “salopard”, peut-être, mais “chétif” non !
20:00 Publié dans Annexes et dépendances | Lien permanent
samedi, 05 mars 2005
Etes-vous people ?
Passablement inquiétant, édifiant, cet éditorial d’Epok, le magazine culturel de la Fnac, dont voici un extrait :
« Les romans de Jules Verne auraient-ils eu le même succès si ses contemporains avaient mieux connu sa personne ? Aurait-il surmonté l’épreuve d’une médiatisation dévoilant un notable des lettres empâté, là où on attendait un croisement de Nicolas Hulot et des frères Bogdanoff ? Ce n’est pas sûr. La personnalité d’un écrivain est devenue un argument déterminant dans la vente de sa prose : il court les salons, dédicace, confère, s’expose à la télévision, parraine des causes, alimente les pages people. Un auteur doté d’une solide repartie et d’un look en adéquation avec sa prose aura une bonne longueur d’avance sur ses concurrents timides, démodés ou sans histoire, quelle que soit par ailleurs la qualité de leurs œuvres respectives. Il faut désormais un talent littéraire exceptionnel pour, comme Modiano, comme Kundera, s’imposer sans se mettre soi-même, en permanence, sur le marché. »
Ainsi, le « succès » d’un livre se mesure à ses chiffres de vente, comme celui d’une émission de télé à son audimat. Rien de bien nouveau certes, mais qu’un magazine dit « culturel » semble trouver ça naturel, voilà qui laisse rêveur… On se prendrait presque à regretter le 19e siècle. Car pour un écrivain, la seule réussite qui vaille n’est-elle pas de rencontrer – non le public – mais son public ; et un lectorat attentif, un carré de mille fidèles ne vaut-il pas mieux qu’un éphémère succès gagné sur un malentendu, un mal-vu, un mal-lu ?
Conseil aux aspirants écrivains du 21e siècle : Ne passez plus autant de temps à lire et à écrire, ça empâte, soignez la représentation : mettez-vous au régime, à la gym, à la chirurgie esthétique, quelques stages de maintien, d’improvisation théâtrale, et foncez ! Je ne veux voir plus qu’une tête, la vôtre, à la télévision.
11:05 Publié dans Annexes et dépendances | Lien permanent
lundi, 21 février 2005
L'oeuvre cachée
Rendant compte, dans le dernier Figaro littéraire, de l’ouvrage L’affaire Paméla publié aux éditions Paris-Méditerranée, Jacques de Saint-Victor nous relate une bien étrange histoire. Un universitaire, André Magnan, a retrouvé un ouvrage perdu de Voltaire, livre que l’on avait coutume d’appeler le « Paméla », car le philosophe l’aurait écrit à la façon du Paméla de Richardson, une « histoire en lettres ». En fait, cet ouvrage se trouvait déjà publié dans la Correspondance de Voltaire ; il se composait d’une série de lettres éparses écrites à Mme Denis, sa nièce et amante, et relatives à son séjour à Berlin chez l’empereur Frédéric II. Une œuvre dispersée, éclatée, que M. Magnan a su retrouver, rassembler, recomposer comme un puzzle.
Cette idée d’une œuvre absente, perdue, que l’on cherche partout hors des œuvres complètes, qui se trouve cachée dans l’œuvre même, que l’on a sous les yeux sans pouvoir la reconnaître, est assez vertigineuse.
06:23 Publié dans Annexes et dépendances | Lien permanent


