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samedi, 24 mars 2007

Bukowski lit ses poèmes

Les fanatiques de Bukowski peuvent trouver sur le site Youtube plusieurs vidéos montrant l'auteur lisant ses propres poèmes.

Un exemple parmi bien d'autres :

 

Bukowski reads "The Secret of My Endurance"

samedi, 10 mars 2007

Joséphin Soulary, un poète lyonnais (4)

Petite anthologie



SONNET DE DECEMBRE


L’hiver est là. L’oiseau meurt de faim; l’homme gèle.

Passe pour l’homme encor ; mais l’oiseau, c’est pitié !

Dans un bouquin rongé des rats plus qu’à moitié

j’ai lu qu’il paie aussi la faute originelle.

 

La bise a mangé l’air, durci le sol, lié

Les ruisseaux. - Temps propice aux heureux ! La flanelle

Les couvre ; au coin du feu le festin les appelle.

Mais les autres ?.. Sans doute ils auront mal prié !

 

Le soleil disparaît sous la brume glacée ;

C’est l’acteur des beaux jours qui, la toile baissée,

Prépare sa rentrée au prochain renouveau ;


Et, tandis qu’on grelotte, il vient, par intervalle,

Regarder plaisamment, l’oeil au trou du rideau,

La grimace que fait son public dans la salle.

 

in La chasse aux mouches d’or



 

*

 

 

 

LES IRONIES DE LA MORT

 

Enfant mal accueilli, comme un fardeau qui gène,

« O madame la Mort, disais-je, à mon secours ! »

Mais elle : - « Cher baby, j’aime à trancher des jours

Pleins d’azur ; j’attendrai que le ciel t’en amène. »

 

A vingt ans, rebuté par la beauté hautaine,

« Cette fois, c’en est fait, criai-je à l’autre, accours ! »

Mais elle : - « J’ai souci des coeurs pris à leur chaîne ;

J’attendrai que tu sois aimé de tes amours. »

 

Plus tard, nouveaux appels (je débutais poète) ;

Mais elle : - « Je fais cas d’un laurier sur la tête ;

J’attendrai qu’on t’imprime et que tes vers soient lus. »


Aujourd’hui, las de tout, je l’implore ; mais elle :

- « Non pas ! ton âme aspire à l’heure solennelle ;

J’attendrai pour venir que tu n’y songes plus. »


in Les diables bleus


 


*

 

 


DANS LA BRESSE AU SOL GRIS

 

Dans la Bresse au sol gris coupé d'étangs limpides,

Saint Hubert a souvent ri de me voir chasser ;

Car le râle me nargue en ses crochets rapides,

Et le lièvre, bien coi, me regarde passer.

 

Un jour, las et fourbu, les flancs du carnier vides,

Je m'étendis à l'ombre et cessai de penser.

Deux bouleaux balançaient sur moi leurs voix timides,

Et je crus les entendre en ces mots converser :

 

«Comprends-tu, disait l'un, qu'on soit assez poète

Pour venir de si loin dormir, et qu'on s'entête

A poursuivre un gibier qu'on veut ne pas tenir ?»

 

Et l'autre : « Mon avis est que cet imbécile,

Ennuyé de sa femme, aura quitté la ville

Pour s'ennuyer tout seul, et n'en pas convenir.»

 

in La chasse aux mouches d'or


 

 

*

 


 

UNE GRANDE DOULEUR

 

Comme il vient de porter sa pauvre femme en terre,

Et qu’on est d’humeur noire un jour d’enterrement,

Il entre au cabaret ; car la tristesse altère,

Et les morts sont bien morts ! - c’est là son sentiment.


l se prouve en buvant que la vie est sévère ;

Et, vu que tout bonheur ne dure qu’un moment,

Il regarde finir mélancoliquement

Le tabac dans sa pipe et le vin dans son verre.

 

Deux voisins ses amis sont là-bas chuchotant

Qu’il ne survivra pas à la défunte, en tant

Qu’elle était au travail aussi brave que quatre.


Et lui songe, les yeux d’une larme rougis,

Qu’il va rentrer ce soir, ivre-mort, au logis,

Bien chagrin - de n’y plus trouver personne à battre.

 

in Les diables bleus



 

*

 



SUB SOLE QUID NOVI ?

 

Sous mes yeux vainement tout se métamorphose,

L’enfance en la vieillesse, et le jour en la nuit ;

Dans ce travail muet qui crée et qui détruit,

C’est toujours même loi, même effet, même cause.

 

Aujourd’hui vaut hier. Comme un collier morose

L’Ennui soude le jour qui passe au jour qui suit ;

Et l’immobile Dieu gouverne ce circuit,

Où l’acteur machinal quitte et prend même pose.


Sur le rayon de l’heure et dans le bruit des jours,

La vie a beau tourner, rien ne change son cours ;

Le pendule uniforme au front du Temps oscille.


N’est-il donc nulle part un monde où l’inconnu

Déconcerte l’attente, où, sur le cadran nu,

La Fantaisie en fleur fasse la folle aiguille ?

 

in Papillons noirs



 

 *



 


FEBRIS ACCESSIO

 

Je me sentais descendre, emporté dans le vide,

Les spirales sans fin d’un abîme sans fond ;

J’entendais clapoter, dans l’inconnu profond,

Comme les caillots lourds d’une flaque sordide ;

 

Rien ne faisait lueur dans cette nuit livide ;

Rien ne ralentissait mon élan furibond ;

Mon corps frappait, aux flancs de l’entonnoir avide,

De seconde en seconde une plainte par bond !


Désespoir insensé ! mes deux mains frémissantes

Vainement s’incrustaient dans les parois glissantes ;

Le sol railleur fuyait sous mon ongle tendu !


Et j’écoutais pleurer, à distance infinie,

Une voix qui disait : « Le pauvre homme est perdu !

Le voyez-vous froisser son drap dans l’agonie ? »


in Papillons noirs


 

 

*



 

LE FAISEUR DE CERCUEILS


Le charpentier des morts sommeille. Il est minuit.

Tout à coup l’établi poudreux craque, et les planches

S’agitent çà et là comme autant d’ombres blanches.

« Oh ! dit-il fou de peur, qui fait ce méchant bruit ? »


Là-bas, dans ce coin sombre où leur acier reluit,

Grincent la lime rude et la scie aux dents franches ;

les ciseaux dans le bois ont fait crier leurs tranches ;

Le rabot a sifflé ; mais qui donc les conduit ?

 

Le sapin s’équarrit, se charpente et se change

Sous d’invisibles mains en quelque chose étrange ;

C’est long, lourd, et béant. - Un fantôme apparaît :


« Ohé ! maître, debout ! Tes morts t’ont fait ta bière ! »

Le coq chante. Il s’éveille. - Il est au cabaret.

« Debout ! criait sa femme ; ohé ! vieux sac à bière ! »


in Papillons noirs




*



 

JUSTICE BOITEUSE


Par ces temps de rancune, un jour ne passe guère

Que le couteau ne fasse à l'écart quelque mort.

Quand on aime le sang, par l'enfer ! on a tort

De naître dans la peau d'un meurtrier vulgaire.


Celui qui tue un peuple au grand jour, et s'endort

Calme, aux râles humains que son genou fait taire,

Celui-là porte haut la gloire du sicaire :

C'est bien plus qu'un héros, c'est le bras droit du Sort.


Il me manque le sens de l'abstrait, je l'avoue !

Entre le gueux qu'on blâme et le brigand qu'on loue

La nuance m'échappe. - Ah ! si j'avais pouvoir !


J'aurais tôt condamné, confondant mes colères,

A la peine d'amour le bandit du trottoir,

Et l'assassin royal à celle des galères !


in Les rimes ironiques

 

 


*




REVES AMBITIEUX

 

Si j’avais un arpent de sol, mont, val ou plaine,

Avec un filet d’eau, torrent , source ou ruisseau,

J’y planterais un arbre, olivier, saule ou frêne,

J’y bâtirais un toit, chaume, tuile ou roseau.


Sur mon arbre, un doux nid, gramen, duvet ou laine,

Retiendrait un chanteur, pinson, merle ou moineau;

Sous mon toit, un doux lit, hamac, natte ou berceau,

Retiendrait une enfant, blonde, brune ou châtaine.


Je ne veux qu’un arpent ; pour le mesurer mieux,

Je dirais à l’enfant la plus belle à mes yeux :

« Tiens-toi debout devant le soleil qui se lève;


Aussi loin que ton ombre ira sur le gazon,

Aussi loin je m’en vais tracer mon horizon. »

- Tout bonheur que la main n’atteint pas n’est qu’un rêve !


in Pastels et mignardises

 

 

Voir également :

Joséphin Soulary (1)

Joséphin Soulary (2)

Joséphin Soulary (3)

 

mardi, 06 mars 2007

Joséphin Soulary, un poète lyonnais (3)

Après l'introduction de l'ouvrage, je republie un extrait de la dernière partie "Une oeuvre à redécouvrir".

 

Si l’oeuvre de Soulary est aujourd’hui oubliée, elle connut dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle un grand succès et une renommée qui ne fut pas que locale. Baudelaire, dont on a toujours salué, parallèlement à son génie poétique, l’intelligence critique, écrivait dans une lettre à Armand Fraisse du 18 février 1860 : « Que M. Soulary soit un grand poète, cela est évident aujourd’hui pour tout le monde, et cela a été évident pour moi dès les premiers vers que j’ai pu lire de lui. »

En introduction à ses Oeuvres poétiques, publiées chez Lemerre, Soulary a reproduit la lettre que lui avait adressée Sainte-Beuve le 8 janvier 1860.

« Monsieur,

«  J’ai un remerciement, déjà bien ancien, mais bien sincère, à vous adresser pour le présent qui m’a été fait en votre nom par M. Delaroa du charmant volume de vos admirables sonnets. Je ne serai content que lorsque j’aurai dit tout haut ce que j’en pense.

« J’ai quelque droit sur le sonnet, étant des premiers qui aient tenté de le remettre en honneur vers 1828 ; aussi je ne sais si je mets de l’amour-propre à goûter cette forme étroite et curieuse de la pensée poétique, mais je sais bien (et je crois l’avoir écrit) que j’irais à Rome à pied pour avoir fait quelques sonnets de Pétrarque, et maintenant j’ajoute : - quelques sonnets de Soulary. »

L’un des plus célèbres critiques du temps égalait ainsi Soulary aux plus grands.


*


Certes, toute l’oeuvre du poète n’est pas d’un égal intérêt. La cinquantaine de pages qui composent la partie anthologique de cet ouvrage est extraite de nombreux recueils différents, non seulement parce que nous avons voulu extraire le meilleur de chacun d’eux, mais aussi parce qu’aucun recueil ne peut se lire entièrement avec plaisir par un lecteur contemporain. De très nombreuses pièces apparaissent mièvres et emberlificotées. Il est à ce sujet curieux de constater - mais cela se vérifie chez bien d’autres écrivains, dont de très célèbres - que les poèmes les plus appréciés de son temps sont précisément ceux qui nous touchent le moins aujourd’hui, comme si notre sensibilité s’était transformée, déplacée.

 

On a vu, dans les précédentes pages, à quel point Soulary avait été éprouvé par l’éreintement implacable auquel se livra Jules Lemaître, l’un des critiques de l’époque qui faisait autorité - éreintement dont notre poète ne se remit jamais.

« Toute chose, en passant par les mains de M. Soulary, se rapetisse, s’amignote, s’amenuise, s’amignardise. »

Après de multiples exemples, parfois mal choisis, destinés à montrer les défauts du poète, Lemaitre achève par des propos plus constructifs et pertinents.

« Soulary est un italien. Ses aïeux littéraires sont les poètes de la Pléiade, les précieux du dix-septième siècle et les concettistes italiens, Guarini ou Le Tasse de l’Aminta. Son sonnet des Rêves ambitieux rappelle par la facture tel sonnet de Joachim du Bellay ; ses Métaux font songer aux Pierres précieuses de Rémy Belleau. Il a, comme Ronsard, un fonds gaulois qui perce çà et là sous la mignardise transalpine. Et par delà ces poètes raffinés il se rattache aux troubadours. Il est dans notre siècle le représentant inattendu du gai savoir et de la poésie menue des cours d’amour. Bref, et pour ne retenir que ses traits essentiels, M. Soulary est un concettiste et un provincial. »

« Il se pourrait bien que M. Soulary fût le roi des poetae minores. Et n’allez pas croire que ce soit peu de chose ! »

Cette fin ne sauve rien, au contraire, et l’on comprend que Soulary en ait été si abattu.


Une large part de l’inspiration de l’auteur ne correspond plus du tout à ce qu’un lecteur de poésie moderne aime à lire aujourd’hui. Soulary se situait même largement à part du mouvement poétique de son temps, n’ayant que très peu subi l’influence de ses contemporains, et se rattachait à une veine italienne, qui venait de la Renaissance ; il avait une vision panthéiste de la Nature et s’inspirait plus d’Horace et d’Anacréon que de Lamartine ! L’oeuvre des poètes de la Pléiade nous est étrangère pour les mêmes raisons.


*


La caractéristique première de Soulary, c’est la perfection de la forme, parfois la virtuosité. Tous les articles du temps consacrés au poète le définissent comme un "ciseleur", un "orfèvre", et on le compare à d’autres grands sculpteurs de vers qui lui sont contemporains : Théophile Gautier, Leconte de Lisle. On ne saurait réduire Soulary à un pur tenant de l’art pour l’art (car son art, nous le verrons, n’était pas vide de sens) mais il a mérité sa réputation de "plus grand sonnettiste du siècle" et non pas, comme le disait méchamment Lemaitre, parce qu’il en a écrit plus que les autres, mais bien parce qu’il a écrit le plus grand nombre de chefs-d’oeuvre du genre.

Dans un poème intitulé Le sonnet, Soulary expose son art poétique et ses « doux combats » avec la Muse, d’abord rétive :

Je n’entrerai pas là, - dit la folle en riant -

Je vais faire éclater cette robe trop juste !

mais la patience du poète, son travail sans cesse recommencé viennent à bout de cette résistance.

Là, serrant un atour, ici le déliant,

J’ai fait passer enfin tête, épaules et buste.

Cependant le résultat, s’il est obtenu à force de travail, n’a rien de laborieux ni de pesant : Soulary construit une poésie simple, gracieuse et attentive au détail concret. L’oeuvre est toujours solidement et parfaitement construite. L’opposition (nous en avons vu un bon exemple avec Les deux cortèges) est le procédé favori du poète, et on le voit tour à tour conjuguer vie et mort, jeunesse et vieillesse... Son sens de la construction confine parfois à la virtuosité ; ainsi dans Le faiseur de cercueils, il effectue un ingénieux montage entre le rêve et la réalité : le menuisier est endormi ; tout-à-coup, ses outils, animés par d’invisibles mains, découpent les planches et assemblent un cercueil.

Un fantôme apparaît :

Ohé ! maître, debout ! Tes morts t’ont fait ta bière !

Le coq chante. Il s’éveille. - Il est au cabaret.

« Debout ! criait sa femme ; ohé ! vieux sac à bière ! »


Baudelaire, dans sa lettre précitée à Armand Fraisse, fait un éloge de Soulary et dresse à son propos une magnifique étude de l’art du sonnet :

« Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense. Tout va bien au sonnet : la bouffonnerie, la galanterie, la passion, la rêverie, la méditation philosophique. Il y a là la beauté du métal et du minéral bien travaillés. Avez-vous observé qu’un morceau du ciel, aperçu par un soupirail, ou entre deux cheminées, deux rochers, ou par une arcade, etc., donnait une idée plus profonde de l’infini que le grand panorama vu du haut d’une montagne ? Quant aux longs poèmes, nous savons ce qu’il en faut penser ; c’est la ressource de ceux qui sont incapables d’en faire de courts.

« Tout ce qui dépasse la longueur de l’attention que l’être humain peut prêter à la forme poétique n’est pas un poème. »


Ces considérations de forme une fois énoncées, on doit continuer de lire aujourd’hui Soulary pour d’autres excellentes raisons - raisons qui ne sont plus les mêmes qu’au dix-neuvième siècle.

Si une large partie de son inspiration nous est aujourd’hui étrangère, il reste heureusement des domaines où les poèmes sont portés par un sentiment qui n’est pas mièvre ni désuet. Il échappe alors à ses défauts, entraîné par une violence d’émotion qui nous touche encore.

Lorsque Soulary s’emporte contre les injustices, contre la bêtise humaine, il le fait avec une rare violence verbale.

Il dénonce les catholiques trop zélés :

« Je hais ces preux portés à faire entrer leur foi

Dans le ventre des gens, comme une arme aiguisée,

Et j’entends qu’on me laisse agir à ma visée,

Dieu seul nous jugeant tous , chacun plaidant pour soi. »

(Je hais ces preux, in Les diables bleus)

les horreurs de la violence et de la guerre :

« Soit qu’il lave un affront, soit qu’il venge un Etat,

Qu’il dresse un guet-apens ou gagne une bataille,

Sous la balle qui troue ou le couteau qui taille,

L’assassinat toujours est un assassinat ! »

(Ira, in L’hydre aux sept têtes)

ou le patriotisme :

« Il n’est qu’un sol, le globe ; il n’est qu’un Dieu, l’Amour,

Confins des nations, croulez ! fuis sans retour,

Dernier culte imposteur, culte de la patrie. »

(Pro Aris et focis, in Ephémères)


Le Soulary le plus émouvant est celui qui dépeint la misère des pauvres gens, leur désespoir, leur dénuement, leur envie de révolte. Sonnet de décembre nous apparaît ainsi comme l’un de ses plus beaux textes, et peut-être son plus pur chef-d’oeuvre. Ajoutons Au dehors, c’est l’hiver, dans lequel mère, enfants, affamés même en rêve / Songent de pains volés et de vins défendus. Et cette magnifique introduction à Nunc Vivendum :

J’ai souvent admiré que la pauvreté fière,

Quand le travail lui manque, et que la faim la mord,

Ne sache pas gaîment se ruer à la mort

Dans un beau suicide en bloc, par rue entière.

Cette attention aux pauvres gens ne se limite pas à la ville de Lyon et aux canuts, la campagne aussi connait ses pauvres. Dans Le vieux pauvre (in Paysages), Soulary dresse un tableau poignant et nous donne en même temps, chez un poète dont on a souvent dénoncé le maniérisme et l’affectation, un exemple d’une belle sobriété verbale :

Pour ne regretter rien je n’ai rien désiré ;

Où la mort me prendra, là je m’endormirai,

Sans vouloir qu’après moi ce bon soleil s’éteigne.

Cette attention chaleureuse pour les pauvres gens s’accompagne d’une dénonciation des puissants. Sans admirations évoque les "assis au large"et les "haut perchés" pour les traiter de "fantoches" et de "fanges"; on ne peut s’empêcher de penser que Soulary, dans son poste de secrétaire particulier du préfet, devait les voir de bien près ! Ephémérides, Justice boiteuse, Gula (tous reproduits dans l’anthologie) contiennent la même dénonciation des grands personnages, depuis le bourgeois "auguste pourceau" jusqu’aux rois, "qui ne daignent signer l’histoire / qu’avec du sang au bout des doigts".

Il y a chez Soulary des accents très libertaires. Son ami Vingtrinier dit qu’il se proclamait libre-penseur et qu’il ne voyait dans le monde que des loups, des ingrats et des méchants.

Dans un tel rôle, et à la même époque, les lyonnais ont un autre poète, Pierre Dupont. On connaît encore quelques-unes de ses chansons, et Charles Baudelaire lui a consacré des articles élogieux, dont deux études reproduites dans L’Art romantique. Dupont reste une figure très vivante à Lyon ; malgré la qualité souvent médiocre de son oeuvre, il n’est pas oublié comme Soulary. Probablement bénéficie-t-il, à travers le temps, d’une image toujours vivace de poète prolétarien.

Bien loin des ingéniosités et des préciosités qui le rapprochent des poètes de la Pléiade, nous rencontrons aussi chez Soulary des poèmes de l’ennui de vivre et d’élans vers l’infini, dont l’inspiration nous fait penser à Baudelaire, le poète du Voyage, qui voyait notre existence comme "une oasis d’horreur dans un désert d’ennui".

Relisons Charles Baudelaire :

O Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !

Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !

(...)

Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?

Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !

Rapprochons ce texte de Sub sole quid novi ? où nous retrouvons les mêmes thèmes, les mêmes accents :

Aujourd’hui vaut hier. Comme un collier morose

L’Ennui soude le jour qui passe au jour qui suit ;

A la description de l’ennui (le spleen baudelairien), succède le même appel vers l’inconnu :

N’est-il donc nulle part un monde où l’inconnu

Déconcerte l’attente, où, sur le cadran nu,

La Fantaisie en fleur fasse la folle aiguille ?


Mais ce qui apparaît au lecteur moderne comme la plus grande richesse de Soulary, son originalité et sa meilleure veine, reste l’humour. Cette dimension, certes remarquée à son époque, n’avait pas été suffisamment perçue, et on aimait Soulary pour d’autres raisons. Le sonnet le plus célèbre, Les deux cortèges, n’est-il pas de l’anti-humour par excellence ? Du bon sentiment, un peu risible, comme toute naïveté. Si l’on en rit, c’est aux dépens de l’oeuvre, et de l’auteur.

Mais, comme disait Lemaitre, « heureusement pour lui, il a fait beaucoup mieux » ; le meilleur est dans d’autres pièces, dans l’humour précisément. Soulary le revendiquait d’ailleurs : n’a-t-il pas titré l’un de ses ouvrages Sonnets humouristiques ? Et un autre Les rimes ironiques ? Les pièces humoristiques, très nombreuses dans ses recueils, sont autant de chefs-d’oeuvre que l’on admire sans réserve. Ces tableaux parfaits, finement observés, solidement construits, sont servis par la forme sans faute. La construction est souvent la même, une large exposition, descriptive ou narrative - et le dernier vers, en rupture absolue, décoché comme un trait, vient éclairer ou contrecarrer tout le reste du poème.

Certes le fond de cet humour n’est pas gai : présence de la mort, inconstance féminine, amertume... « L’humour chez lui est un composé de fantaisie italienne et de brume lyonnaise qui découle le plus souvent d’une veine d’amertume. » (Marieton) Le meilleur de Soulary est ainsi imprégné de tristesse et de l’idée de la mort :

Pour chaque enfant qui naît ici-bas, Dieu fait naître

Un petit fossoyeur expert en son métier,

Qui creuse incessamment sous les pieds de son maître

La place où l’homme un jour s’abîme tout entier.

(Le fossoyeur, in Pastels et mignardises)

ou encore dans ce credo philosophique :

Le germe est la marche vers l’être,

Et l’être est l’essor vers souffrir ;

Souffrir, c’est commencer de naître,

Et naître, c’est déjà mourir.

(Le gland, in Poésies diverses)


Ces mots sont ceux d’un blessé de la vie. « La dure condition de sa vie, écrit Marieton, a toujours pesé sur son oeuvre ; elle y a marqué d’autant plus profondément qu’il y avançait davantage. » Il ajoute que la lecture du poète, pour riche et intéressante qu’elle soit, n’est pas un exercice de sérénité : « après une fréquentation assidue du poète, on découvre en lui un humoriste, et sous cet humoriste un attristé. »

Les constantes de Soulary, ce " fond de tristesse", produit de son enfance malheureuse et de sa vie grise, le désenchantement, se retrouvent dans ses poèmes, font un excellent et subtil ménage avec l’humour, pour composer une peinture un peu amère de la vie. De la tristesse est né l’humour, sombre et violent parfois, mélancolique en général. Et cette note finale, drôle et désabusée, éclaire le poème, le sauve de l’académisme de sa forme et nous rapproche de son auteur.

 

Voir également :

Joséphin Soulary (1)

Joséphin Soulary (2)

Joséphin Soulary (4)

 

dimanche, 04 mars 2007

Joséphin Soulary, un poète lyonnais (2)

Je reproduis ici, après le rappel du texte de quatrième de couverture, l'introduction de cet ouvrage publié en 1997 aux Editions lyonnaises d'art et d'histoire, et aujourd'hui « définitivement indisponible ». J'en publierai bientôt d'autres extraits, ainsi qu'une sélection de poèmes de Soulary, et mettrai en ligne une émission de radio consacrée à ce livre, enregistrée avec Louis Muron sur RCF.


Lorsqu’on évoque la littérature à Lyon, on pense immanquablement à l’époque de la Renaissance, où la ville d’entre Rhône et Saône fut un temps la capitale poétique de la France. Louise Labé, la belle cordière, qui nous a laissé d’impérissables sonnets de passion violente, tenait salon dans sa somptueuse demeure près de l’Hôtel-Dieu. Elle y reçut Marot et les plus grands poètes de son temps. Maurice Scève, auteur de La Délie, fut le Mallarmé de son siècle ; Pernette du Guillet, son inspiratrice, eut le temps, avant sa mort prématurée à l’âge de vingt-cinq ans, de composer des vers douloureux et fragiles, dans un Lyon où les imprimeurs, Jean de Tournes ou Sébastien Gryphe entre autres, attiraient les plus beaux esprits. Le magnifique musée de l’imprimerie (l’un des trois seuls en Europe) que l’on visite dans cette ville témoigne de la formidable vitalité de cette période. En 1532, Rabelais, qui exerçait la médecine à l’Hôtel-Dieu, fit imprimer chez le libraire lyonnais Claude Nourry, dit « Le Prince », son fameux Pantagruel, Les horribles et espoventables faictz et prouesses du très renommé Pantagruel, Roy des Dipsodes, filz du Grand Géant Gargantua, composez nouvellement par maistre Alcofribas Nasier. Deux ans plus tard, il publie dans la même ville La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel.

Cette période faste, d’une densité extraordinaire, a éclipsé tous les autres moments de l’histoire littéraire de Lyon. Ainsi, de la poésie lyonnaise du siècle passé, peu de noms sont aujourd’hui connus du public, si ce n’est celui de Pierre Dupont, resté dans la mémoire populaire pour ses chansons et ses sympathies révolutionnaires. La ville de la soie connut pourtant une vie littéraire active au dix-neuvième siècle. Deux poètes, Victor de Laprade, titulaire d’une chaire à la Faculté des Lettres, et Jean-Jacques Ampère (le fils du physicien), professeur au Collège de France, entrèrent à l’Académie française. Louisa Siéfert, Paul Marieton, les trois frères Tisseur, Barthélémy, Jean et Clair (ce dernier encore localement célèbre pour ses livres d’histoires lyonnaises parus sous le pseudonyme de Nizier du Puitspelu) laissèrent des oeuvres poétiques de grande qualité. Mais la figure dominante de cette période fut sans conteste celle de Joséphin Soulary, apprécié alors par Sainte-Beuve, Baudelaire et Barbey d’Aurevilly, et aujourd’hui assez injustement oublié.

Que reste-t-il en effet de Soulary dans sa ville ? Le nom d’une rue dans le quartier de la Croix-Rousse, un buste de bronze jadis édifié place Saint-Clair et qui se retrouva, suite au percement d’un tunnel routier, sur sa tombe au cimetière de la Croix-Rousse. 1991 a vu le centenaire de sa mort, mais nul n’a songé à le célébrer. Et cependant, cent ans plus tôt, ses funérailles furent officielles et grandioses !

Les oeuvres de Soulary, jamais rééditées depuis le siècle passé, sont malheureusement aujourd’hui introuvables ; il ne reste qu’à les consulter au fonds ancien des bibliothèques. Aucun éditeur local n’a eu l’idée de republier quelques-uns de ses sonnets, alors que Pierre Dupont est fréquemment cité, réédité ou chanté. Seuls, de-ci, de-là, paraissent quelques articles rédigés par des chroniqueurs en mal du passé, qui exhument parmi d’autres personnages trop morts pour se plaindre la figure de Soulary, recopiant les mêmes anecdotes, les mêmes historiettes, et taxant au passage de mineure ou démodée une oeuvre qu’ils n’ont probablement jamais lue !

Cette lecture vaut cependant le détour. Certes, comme chez tout auteur, de nombreuses pièces ont mal vieilli. C’étaient souvent les préférées de son époque, et elles apparaissent les plus datées. Mais au fil des pages, on rencontre de purs chefs-d’oeuvre, qui nous parlent encore et ne méritent pas d’être oubliés.

Cet ouvrage comprend une anthologie qui donne à lire une cinquantaine de pages de Soulary. Sous le classicisme impeccable de la forme, le lecteur aimera à découvrir l’humour si particulier, amer et désabusé, du poète croix-roussien. Une première partie aborde la vie de Soulary, presque entièrement passée à Lyon et dans le Bugey, puis tente d’analyser et de situer son oeuvre parmi celles de son siècle.


Que ce livre puisse remettre en circulation une oeuvre ensevelie sous le temps, et rendre à la mémoire un auteur important du patrimoine culturel lyonnais - telle aura été mon ambition, modeste mais têtue.

 

 

Voir aussi :

Joséphin Soulary (1)

Joséphin Soulary (3)

Joséphin Soulary (4)

 

mardi, 06 février 2007

Ainsi va le poème, de Gabriel Le Gal

 

Les poèmes seraient

Parmi les brumes et les haies

Ce rouge tenu

Rouge d’hier en sursis

Ou bien baies d’églantier

Luisantes

Coriaces à garder

La floraison de demain

Ces points de rouge

Dans le gris des journées



« Qu’est-ce qu’un poème/ où le monde/ ne viendrait pas/ commencer ? » Un nouveau recueil de Gabriel Le Gal, à mi-voix, chaque mot posé dans sa plénitude, vient de paraître.


Ainsi va le poème, Jacques André éditeur, 5 rue Bugeaud, 69006 Lyon. 70 pages, 11 €

http://www.jacques-andre-editeur.eu/

samedi, 21 octobre 2006

La voix de nos maîtres

Questions :

Où peut-on écouter et télécharger gratuitement

Guillaume Apollinaire récitant Le pont Mirabeau,
Louis-Ferdinand Céline poussant la chansonnette,
James Joyce lisant Anna Livia Plurabelle, extrait de Finnegans Wake,
Gherasim Luca articulant ses poèmes,
André Breton déclamant L'union libre,
Antonin Artaud gueulant ou sussurant le texte radiophonique de Pour en finir avec le jugement de dieu ?
Où peut-on voir des films de Bunuel, Debord, Man Ray ?

Réponse : sur Ubuweb, site américain non commercial spécialisé dans la résurrection numérique de ressources avant-gardistes (mp3, vidéos et pages scannées), fondé en 1996 par le poète et critique musical Kenneth Goldsmith.
Ubuweb, consacré surtout à l'avant garde et à la poésie concrète et sonore, reproduit généralement des documents sans autorisation pour les mettre à la disposition de tous, et recèle dans ses vastes réserves de vraies perles qui viennent illustrer l'histoire de la littérature.

dimanche, 27 août 2006

Hommage à Jacques Simonomis, par Georges Cathalo

(Cet article est paru dans la revue Poésie première n° 35.)

 

Un grand singulier pas ordinaire du tout

 

En 1976, en ouverture à son deuxième recueil, Simonomis écrivait : "Avec l'amitié du papier, j'ai voulu rester propre et entier, dosant VISCERALEMENT la fraternité et la méfiance, la foi et le doute, la voix des foules et la solitude". On pouvait déjà noter l'insistance avec laquelle il avait tenu à isoler en lettres majuscules l'adverbe de cette phrase. Mieux qu'un symbole : une orientation pour toute une œuvre à venir. Un peu plus loin dans ce recueil de jeunesse, il écrivait encore : "Si tu n'apportes rien / pourquoi veux-tu que l'on te donne." Avec cette affirmation, Simonomis prolongeait ses choix, en parfait autodidacte généreux, indépendant, libertaire.

Authentique humaniste, il se voulait aussi "irrégulier du langage". Son œuvre qui comporte actuellement 33 titres compose une mosaïque originale dans le pâle concert des publications contemporaines. Pourtant, Simonomis n'a jamais cherché à construire une œuvre : les choses se sont faites peu à peu, dans une diversité d'intérêts et de passions, sans calcul, pour aboutir finalement à un ensemble inclassable, véritable casse-tête pour les étiqueteurs patentés.

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"Les poètes marchent à l'amitié" écrivait Simonomis, et il était l'un des plus assidus à user de ce carburant écologique, générateur d'enthousiasme et de vitalité. Les gens de sa parentèle, on les connaît, on les devine : ce sont Rabelais, Corbière et Cros, mais aussi Rictus, Couté et Bizeau. Dès ses débuts, il avait été reconnu par quelques grands aînés tels que Jean Cassou, Marcel Béalu ou Jean Rousselot. Autour de lui, il avait su créer un réseau d'amitiés pour construire une réserve privée autour de dizaines de poètes actuels tels que Chatard, Huglo, Despert, Monnereau, Taurand et de tant d'autres encore que les distingués intellocrates sorbonnards s'ingénient à ignorer lors de leurs recensions et célébrations poétiques, occupés qu'ils sont à examiner leur nombril.

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Quand il décida, en 1993, de se lancer dans l'aventure revuistique, Simonomis n'imaginait pas du tout dans quelle voie il s'engageait. "Le Cri d'Os", titre étonnant et un tantinet provocateur emprunté à Tristan Corbière, allait devenir sa "chose". La diriger seul pendant dix ans relevait de la folie et du sacerdoce. Seul, sans aide d'aucune sorte, envers et contre tous les importuns et les grincheux, il allait poursuivre sa route avec inconscience et courage, avec folie et témérité. Puis, alors que tout allait bien, il décida d'interrompre la publication, usé par l'égocentrisme et la mégalomanie de beaucoup de prétendus poètes.

"Je ne suis ni aigri, ni amer. Mais soulagé", écrivait-il. Qui connaît le fonctionnement d'une revue comprendra facilement cette décision. L'animation d'une publication périodique exige un travail de titan : des centaines et des centaines d'heures bloquées sur les écrits des autres, tenir à jour le courrier, relancer les abonnés oublieux…. Sa revue, Simonomis la voulait, dès l'éditorial du n° 1, "modeste mais fervente". Cependant, il ne perdait jamais sa belle lucidité puisqu'il écrivait : "Je ne veux pas mourir dans la peau d'un revuiste mais dans celle d'un poète indépendant". On voit bien en cela qu'il avait su rester fidèle à ses convictions de jeunesse, à ses passions, à ses amours et au grand amour de sa vie : Yvette.

"Ma balise de survie est un couple uni" : c'est à partir de cette solide fondation affective que Simonomis a réussi tout ce qu'il a entrepris. Sa seule inquiétude, disait-il, était la peur de laisser Yvette seule, démunie face à la dureté de la vie. Il savait à quel point il lui était redevable et que, sans sa présence fervente et rassurante, il n'aurait jamais pu aller jusqu'au bout de ses folles entreprises. Yvette, c'était pour lui bien plus que l'épouse patiente et attentionnée. Yvette, surnommée le Colibri, c'était toute sa vie, celle, disait-il, "sans laquelle je ne serais pas tout à fait".

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Le dernier courrier qu'il m'avait adressé, en date du 22 janvier 2005, était rempli d'ombres et de non-dits. Toujours actif et généreux, il me remerciait pour un article sur "Claudication du monde", article paru dans le n° 99 de Rétro-Viseur. Un peu plus loin, il poursuivait :"J'ai frôlé la camarde après mon opération du 30/11. Je continue le combat. J'aimerais encore vivre quelques années." Ces paroles résonnent désormais dans un terrible silence.

Georges Cathalo - octobre 2005

 

 

(ultime courrier à Jacques Simonomis)

Cher Jacques,

nous sommes le lundi 21 février 2005. Il est 16 heures. Avec Marie-Claude, nous nous sommes arrêtés sur une aire d'autoroute après un périple de 600 kilomètres. Depuis notre Citadelle, nous sommes en transit vers la Normandie, le Pays d'Auge où nous attendent nos enfants et petits-enfants. Tu sais que nous avions prévu de nous retrouver du côté de Villers-sur-mer où tu as un pied-à-terre. Oui, nous avions prévu cela, mais ce ne sera plus possible…

En effet, à l'heure qu'il est , quelque part dans Paris, du côté du Pére-Lachaise, tu es conduit, comme l'on dit, vers ta dernière demeure, entouré, je le devine, par des proches et par des amis. En cet instant terrible, des dizaines d'images me passent par la tête : tes livres, tes revues et leurs coups de gueule, tes courriers et les qualités humaines qui transpiraient à chaque ligne.  A ce moment précis, je voudrais tant être chez moi, pouvoir retrouver tout cela, des mots et des images, des souvenirs et des illusions. Retrouver tout cela et une lettre en particulier, un courrier lumineux dans lequel tu écrivais qu'il fallait faire les choses quand il le fallait, profiter de la vie au moment où elle nous sourit.

Alors, assis bêtement sur un sinistre banc, je pense à ce rendez-vous manqué sur la côte normande…                                              

A bientôt, cher Jacques, ici, ailleurs, nulle part,…

Georges

 

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Voir également sur ce blog :

Souvenir de Jacques Simonomis

 

Sur le blog de Casse :

Textes de Simonomis parus dans Casse