mardi, 08 septembre 2026
Comment j'ai écrit mes polars
COMMENT J'AI ÉCRIT MES POLARS
Un entretien avec Jean-Jacques Nuel par Christian Martin
À l'occasion de la sortie de son nouveau polar « La Nuit de Cluny » aux éditions Héraclite, Jean-Jacques Nuel a répondu aux questions de Christian Martin.
CM : Vous venez de publier un quatrième livre aux éditions Héraclite, avec la mention POLAR sur la couverture. Peut-on vous définir comme un auteur de romans policiers ?
JJN : Je me considère d'abord comme un écrivain. En fait, j'écris depuis près de 60 ans – des récits, des nouvelles, des poèmes, des aphorismes – et je ne me consacre au polar que depuis une dizaine d'années. Ma première publication policière, « La malédiction de l'Hôtel-Dieu », dont l'action se déroule à Lyon, a paru en 2018.
CM : Pourquoi être venu au polar, sur le tard ?
JJN : L'idée, l'envie m'en sont venues au moment de ma retraite, lorsque j'ai décidé de quitter Lyon, ma ville de naissance et de longue résidence, pour aller vivre avec mon épouse en Bourgogne, près de Cluny. Je voulais écrire un livre sur Lyon, cette ville que j'ai adorée. Une façon de lui dire adieu, de lui rendre hommage. La forme qui s'est peu à peu imposée à moi a été celle du roman policier. Un genre dont je suis amateur depuis longtemps.
CM : C'est la première apparition de votre détective privé Brice Noval. Un enquêteur pas très conventionnel qui, à l'instar d'Hercule Poirot, se sert davantage de ses méninges que de ses muscles ou de ses armes. Comment vous est venue l'idée de ce personnage ?
JJN : Brice Noval me ressemble beaucoup, et l'emploi du « je » narratif aide à l'identification (un de mes amis écrivains pense même que j'écris des « autofictions policières » !) : il a (presque) mon âge, un peu d'embonpoint, il n'est pas très grand, et pas du tout sportif. Il compense le physique par le mental et l'humour. Je ne voulais pas un super héros, jeune, athlétique, armé, expert en arts martiaux, mais un homme ordinaire, âgé, amateur de bière et de bonne chère, bougon, très critique envers son époque – au risque de passer pour assez réac. Ce qui nous change des héros progressistes qui ont envahi le genre !
Je voulais surtout qu'il soit doué d'humour, ce qui est rare dans la littérature policière actuelle. La surenchère dans l'horrible, le glauque, le gore et le pervers interdit aux auteurs d'employer l'humour qui ferait retomber la tension. Mes polars restent légers, malgré les meurtres qui sont l'ingrédient obligatoire du genre.
Brice Noval est une sorte de Nestor Burma, en plus vieux et plus tranquille. J'ai été très influencé par les romans de Léo Malet et par son personnage de Burma. Comme les siens, mes polars sont écrits à la première personne et l'humour y tient une place importante.
CM : Avec le même enquêteur d'un livre à l'autre, peut-on parler d'une série ?
JJN : Effectivement. La Nuit de Cluny est le 7e livre mettant en scène Brice Noval. Il existe trois polars lyonnais, La malédiction de l'Hôtel-Dieu, Terminus Perrache ( tous deux d'abord édités par Germes de barbarie, la maison de Bernard Deson) et Balade funéraire. Les trois titres sont maintenant disponibles en auto-édition sur Amazon.
Par ailleurs, quatre polars bourguignons sont parus chez l'éditeur Héraclite : Avril à Cluny, Le puits des Pénitents, Décibels mortels et La Nuit de Cluny. L'ensemble constitue bien une série.
CM : Pourquoi être passé de Lyon à la Bourgogne ?
JJN : De Lyon au Clunisois, pour être plus précis. Pour une raison très simple : j'ai déménagé, et le détective m'a suivi ! Il a quitté Lyon, pris sa retraite et s'est installé dans le hameau de Lys, à Chissey-lès-Mâcon, à quelques kilomètres de chez moi ! Une retraite qui ne l'empêche pas de continuer ses enquêtes dans son nouveau décor, dans la région de Cluny. Une région dont je suis tombé amoureux – comme Brice Noval !
CM : On retrouve d'un livre à l'autre des personnages récurrents...
JJN : Oui, à Lyon, c'est le commissaire Alexandre Schweitzer, chef de cabinet du préfet de police, ou Laurent Thimonnier, un spécialiste de l'histoire lyonnaise ; à Cluny, le major Bruneau, commandant la brigade de gendarmerie, l'archiviste Hervé Glaber, immergé dans le passé, ou la séduisante Virginie de Lancharre, directrice de l'agence immobilière qui a vendu à Noval une ferme restaurée.
CM : Le détective ne semble pas insensible à ses charmes...
JJN : Que voulez-vous, Noval est vieux mais il reste un homme ! Cela me fait penser à la blague du vieillard qui dit « Avec l'âge ma vue a beaucoup baissé, mais je sais encore reconnaître les jolies filles !»
CM : En plus de l'intrigue policière, vos romans ont aussi un intérêt historique. Pourquoi accordez-vous cette place à l'Histoire et aux légendes ?
JJN : Bien que mes polars se déroulent à l'époque contemporaine, j'inclus toujours des rappels du passé. « Avril à Cluny » rappelle l'histoire de l'abbaye ; « Le puits des Pénitents » celle des convulsionnaires au temps du jansénisme ; « La Nuit de Cluny » nous apprend bien des choses sur Lamartine, à la fois écrivain et homme politique. Avant d'écrire un livre, je rassemble une documentation. Je veux que les lecteurs retrouvent non seulement leur décor familier, les paysages, les rues, les monuments, mais aussi une partie de leur histoire – et celle de Cluny, avec son abbaye millénaire, est exceptionnellement riche – que j'essaie de mêler à l'intrigue, sans la ralentir. Mon but est de distraire et instruire le lecteur en même temps.
CM : Combien de temps vous faut-il pour écrire un roman ?
JJN : Il y a plusieurs phases. Tout d'abord, un temps indéterminé, qui peut durer plusieurs mois, pendant lequel je réfléchis à l'intrigue, aux personnages, je rassemble la documentation nécessaire et j'écris sur un cahier tout ce qui me passe par la tête. Quand mon intrigue est au point, je tape ces notes sur l'ordinateur en les mettant en ordre, cela constitue une matrice que j'imprime. À partir de ce plan détaillé, partiellement rédigé, j'écris la première version de mon polar à la main, sur un cahier format A4 à grands carreaux, en écrivant uniquement sur la page de droite, la page gauche étant réservée aux corrections et ajouts. Tout un rituel ! Le roman terminé, je le tape à l'ordinateur en le modifiant, en l'augmentant. J'obtiens ainsi la version définitive, à moins que je ne décide de le réécrire à la main, si le résultat ne me satisfait pas.
Je crois beaucoup à l'intérêt de cette alternance écriture à la main / écriture au clavier. C'est du moins ainsi que je fonctionne.
CM : Écrivez-vous le matin ou le soir ?
JJN : Chacun sa méthode. Chacun son rythme. Ce qui vaut pour l'un ne vaut pas pour l'autre. J'écris le matin, après mon petit déjeuner, environ deux heures. Je parle bien sûr de la phase de création. Ensuite, recopier, corriger, je peux le faire à n'importe quel moment de la journée.
CM : Allez-vous poursuivre cette série ?
JJN : J'ai un manuscrit inédit (un livre d'avance !) Au delà, je ne sais pas. Il ne suffit pas de vouloir, encore faut-il que l'inspiration soit au rendez-vous. Le polar doit s'écrire tout seul, s'imposer ; ensuite je développe, je peaufine, je corrige, j'améliore.
CM : Vous avez publié par ailleurs des ouvrages plus littéraires, des récits, des nouvelles, de la poésie. Qu'est-ce que la publication des polars vous a apporté de nouveau ?
JJN : Le polar m'a gagné un nouveau lectorat, plus nombreux et diversifié que celui dont je bénéficiais. Et cela grâce à la diffusion opérée par mon éditeur Héraclite dans sa zone géographique, une diffusion dense et suivie en librairies et grandes surfaces. Grâce également à ma présence sur les réseaux sociaux (principalement Facebook), où j'informe sur mes publications et dialogue avec mes lecteurs. Je compte maintenant un certain nombre de « fidèles » qui me disent aimer mes polars et me demandent quand paraîtra le prochain. Ces retours sont très motivants pour poursuivre l'écriture.
CM : Quels sont vos auteurs de polars préférés ?
JJN : Des classiques, comme Simenon ou Arthur Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes. Michael Connelly, Jo Nesbo... Le dahlia noir, le chef d’œuvre de James Ellroy. J'ai une vraie dette envers Léo Malet. Lisant le Dictionnaire amoureux du polar, j'ai été consterné par le fait que Pierre Lemaitre – auteur de bons livres par ailleurs – ne parle pas de Burma (il consacre juste une page à un roman noir de Malet). C'est plus qu'un oubli : une injustice.
07:42 Publié dans Mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nuel, polar, noval, héraclite
lundi, 11 mai 2026
La Nuit de Cluny (parution)
Vient de paraître :
La Nuit de Cluny, de Jean-Jacques Nuel, aux éditions Héraclite.
C'est la quatrième enquête bourguignonne du détective Brice Noval.
La ville de Cluny est le théâtre de trois meurtres successifs, lors du grand gala des Arts et Métiers au sein de la prestigieuse abbaye et pendant le concours équestre de saut d'obstacles.
Au-delà des victimes, c'est la ville qui est visée. Le meurtrier, qui signe Abélard, va bientôt se manifester auprès des gendarmes et affirmer qu'il veut « plonger Cluny dans la Nuit ». Il défie les enquêteurs de le retrouver en leur proposant un jeu de piste sur des lieux lamartiniens.
Le détective Brice Noval, appelé en renfort par la gendarmerie, va traquer Abélard à Cluny, Mâcon et Saint-Point. Une enquête aux multiples rebondissements sur les pas de Lamartine.
07:58 Publié dans Livre, Mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nuel, la nuit de cluny, héraclite, polar
mercredi, 10 décembre 2025
Contresens, dossier critique
Le recueil de textes courts CONTRESENS, de Jean-Jacques Nuel, paru en 2025 aux éditions du Petit Pavé, a obtenu plusieurs articles critiques.
Ils sont reproduits ci-après, et accompagnés d'un lien vers leur publication d'origine.
Un article de Christian Cottet-Emard :
Jean-Jacques Nuel, maître du court
Romancier, chroniqueur, poète, éditeur, Jean-Jacques Nuel est aussi connu pour son excellence dans le texte court. Il a longtemps dispersé ces petits bijoux d’humour noir, d’ironie, d’absurde, d’impertinence « à froid » mais aussi de sobre mélancolie dans des revues et magazines ainsi que dans les catalogues de nombreuses maisons d’édition.
C’est avec délice que nous retrouvons sous le titre Contresens les pépites de cette veine littéraire rassemblées dans un fort volume des éditions du Petit Pavé élégamment illustré par Dominique Laronde. L’ensemble n’est pas sous-titré 180 courts métrages par hasard. L’écriture au cordeau, comme toujours chez Nuel, fait de ces billets caustiques autant de vignettes en harmonie avec les dessins en ligne claire de Laronde.
Ainsi s’anime sous nos yeux un monde dont les personnages, les paysages et les situations sont souvent poussés aux extrêmes de l’absurdité et du déterminisme, mais cet univers parfois aussi drôle que féroce est pourtant bien le nôtre. Il en émane même une étrange poésie où rôde parfois, dans les méandres du si particulier théâtre nuelien, l’ombre furtive d’un Dino Buzzati.
Jean-Jacque Nuel, maître du court : LE BLOG LITTÉRAIRE de Christian Cottet-Emard
Un article de Jean-Pierre Longre :
L'art du bref
Il y a plus de dix ans, j’écrivais ceci à propos des Courts métrages de Jean-Jacques Nuel : « Le texte bref, malgré les apparences, n’est pas un genre facile. Il n’est pas donné à tout le monde de réussir à dire (ou, le plus souvent, à suggérer) en quelques lignes ce que d’autres développent en plusieurs centaines de pages. Il faut pour cela non seulement le sens de la concision, la maîtrise du mot et de l’expression justes, l’art de la chute, mais aussi de l’imagination, beaucoup d’esprit et beaucoup de travail. »
Voilà qui se vérifie pleinement avec Contresens. Pleinement, et même au quintuple, puisque cet ouvrage reprend une bonne partie de cinq recueils précédemment publiés : Courts métrages, Lettres de cachet, Modèles réduits, Le mouton noir et Billets d’absence – le tout augmenté de quelques inédits et parsemé d’illustrations de Dominique Laronde donnant une belle touche théâtrale à la prose.
La brièveté textuelle favorise la diversité des tonalités et des sujets. Impossible de tout passer en revue, bien sûr. Si Jean-Jacques Nuel ne néglige pas, pour le plaisir de ses compatriotes, d’évoquer de-ci de-là la bonne ville de Lyon ou de faire quelques (vraies-fausses ?) confidences à caractère autobiographique et auto-ironique (sur son prénom par exemple), ses textes touchent à l’universalité de la vie et de la condition humaine. Il y a l’humour souvent noir, voire désespéré, des dystopies que l’on peut surmonter grâce à des solutions radicales ou douces (parfois) ; il y a, bien sûr, l’absurde kafkaïen de certaines situations, et pas mal de nostalgie bercée par de jolis souvenirs et un sens pénétrant de la poésie, mais aussi le sentiment du temps qui passe et de la vieillesse annonçant la fin ; n’oublions pas la verve satirique d’un auteur qui, entre autres, ne ménage pas l’administration, les petits chefs et les mauvais littérateurs.
On aurait envie de composer un florilège, mais que choisir ? Simplement, pour donner un avant-goût, reprenons ce qu’affiche la quatrième de couverture :
PHOTOMATON
La photo d’identité en noir et blanc, de mauvaise qualité, s’était estompée avec le temps : on ne distinguait plus que l’ovale du visage aux cheveux ras se détachant sur le gris plus sombre du rideau, et des traces de la bouche, du nez, des yeux, des sourcils aussi indistinctes que les taches des reliefs à la surface de la pleine lune. L’homme sur la photo était devenu méconnaissable, et cependant, de tous mes portraits, c’était celui qui me ressemblait le plus.
FAUSSAIRES
J’avais été invité dans un festival de poésie qui se tenait en été dans le midi de la France ; mon nom figurait au programme, au milieu d’une liste de poètes de diverses nationalités. Mais, tout en étant heureux de cette occasion de monter sur une scène, j’éprouvais une certaine gêne : n’ayant plus écrit de poésie depuis plus de vingt ans, je n’avais aucun poème à lire. Je me résolus donc à livrer au public un choix de mes textes en prose. Ils rencontrèrent un vif succès, et les organisateurs tentèrent de me persuader qu’il s’agissait là d’une forme de poésie. Je les laissai dire, par politesse, mais au fond de moi je savais bien que non. Mes textes n’étaient pas de la poésie, pas davantage que tous les prétendus poèmes de tous les prétendus poètes qu’il me fallut subir, avant et après mon intervention.
Et pour varier les attentes de lecture, ajoutons :
LE BUREAU DES ADMISSIONS
Les candidats attendaient toute la nuit dans la rue, sous la pluie ou dans le froid, devant les grilles de la préfecture, pour être certains d’obtenir dès l’ouverture du bureau ce précieux ticket, délivré en nombre limité, qui leur donnait le droit d’attendre, la nuit suivante, dans la rue, sous la pluie ou dans le froid, devant les grilles de la préfecture.
VOL AVEC TRANSFERT
[…] Si la traversée de la moitié du globe n’avait présenté aucune difficulté, le passage du terminal 1 au terminal 2 de cet aéroport s’avérait une épreuve interminable et peut-être insurmontable.
ÉCHEC DE LA POLITIQUE DE PROHIBITION
À plusieurs reprises, le gouvernement de ce pays, animé des meilleures intentions du monde et d’un idéal progressiste, a voulu interdire la mort. Peine perdue. Les gens continuaient de mourir, en cachette, et dans de très mauvaises conditions sanitaires.
À chacun de poursuivre…
L’art du bref : Notes et chroniques
Un article de Patrick Corneau :
Avec Contresens, paru dans la collection “Derrière les pages du Semainier” aux éditions du Petit Pavé, Jean-Jacques Nuel poursuit une œuvre singulière et discrète qui s’inscrit dans la grande tradition française du texte court, de la prose fragmentaire et de l’ironie à froid. Ce nouveau recueil rassemble près de cent quatre-vingts textes, dont certains inédits, illustrés par Dominique Laronde. C’est un ensemble d’une rare cohérence où se mêlent l’humour noir, la mélancolie légère et une lucidité sans pathos. Nuel a ce talent rare de faire tenir une vision du monde dans une page, parfois dans quelques lignes, sans jamais forcer l’effet. Sa langue est d’une précision élégante – jamais un mot de trop, toujours la juste économie – et son regard, tout en distance, enregistre les incongruités, les faux-semblants et les minuscules tragédies du quotidien avec un calme détachement. Derrière le sourire ou la chute ironique affleure une philosophie du désabusement heureux, une sagesse teintée d’amertume mais jamais désespérée. C’est une écriture d’après le vacarme, d’après les illusions, où l’ironie devient une forme de résistance douce, presque une politesse envers le monde tel qu’il est.
De poète à nouvelliste, Jean-Jacques Nuel n’a cessé d’explorer la forme brève comme un espace de liberté absolue. Ses textes, souvent publiés dans Europe, L’Atelier du roman ou Triages, ont la densité du haïku et la netteté du trait : ils frappent, puis se retirent, laissant dans l’esprit du lecteur une vibration indéfinissable. Il y a chez lui quelque chose de l’artisan minutieux, du maître horloger de la phrase brève, qui polit, coupe, ajuste jusqu’à ce que le texte tienne debout par la seule tension de son équilibre interne. Dans Contresens, chaque fragment fonctionne comme une petite chambre d’écho : un fait divers, un souvenir, une hypothèse absurde ou un paradoxe s’y déplient avec une grâce discrète.
L’auteur du Journal d’un mégalomane et de Chassez le mégalomane, il revient à vélo (éd. Cactus inébranlable, 2018 et 2020) n’écrit pas pour épater, mais pour donner à penser, doucement, sans insister. Ce qui séduit ici, c’est la retenue, la pudeur du ton, cette façon de tenir l’émotion à distance sans jamais l’éteindre. Contresens se lit comme un herbier d’instantanés, un cabinet de curiosités morales où l’humain se révèle dans son mélange d’absurde, de comique et de fatalité. On y retrouve le charme d’une littérature d’entre-deux, à la frontière du récit et de l’aphorisme, de la fable et du constat. Peu d’auteurs aujourd’hui cultivent avec autant de justesse cette écriture du peu, du presque rien, qui parvient pourtant à dire tant. Encore faut-il des lecteurs affinitairement complices…
Jean-Jacques Nuel, sans illusions mais sans amertume, reste un maître tranquille du désenchantement élégant. Dans la clarté bourguignonne où il vit et écrit, il poursuit l’œuvre d’un moraliste contemporain, à la fois drôle et grave, qui observe la comédie humaine à hauteur d’homme, avec un regard lucide, amical, légèrement désabusé. Contresens est un livre à feuilleter lentement, à laisser infuser : un recueil d’instants, de clins d’œil et de vérités minuscules, de ces “petits chefs-d’œuvre” qui réconcilient le lecteur avec la grâce du bref et l’art de penser sans lourdeur.
De tout, un peu (37) – Patrick Corneau
(Contresens est le 3e des 4 livres chroniqués.
Un article de Fabrice Trochet :
Avec Contresens, Jean-Jacques Nuel revient à ce qu'il sait faire de mieux : écrire court, écrire juste, écrire avec cette lucidité faussement désinvolte qui transforme l’anodin en petite énigme métaphysique. Ce nouveau recueil rassemble des textes brefs — anecdotes, fictions minuscules, instantanés de vie littéraire — où l’auteur observe le réel avec un léger décalage, ce fameux « biais » qui est presque sa signature. Tout commence par une voix calme, presque discrète, mais qui avance avec un humour sûr de lui.
Et s’il est un texte qui résume parfaitement l’esprit du livre, c’est Faussaires, placé en quatrième de couverture mais véritable clé de voûte. Jean-Jacques Nuel y raconte, avec une élégance dépourvue de complaisance, sa présence dans un festival de poésie… sans avoir écrit un seul vers depuis vingt ans. Il décide de lire de la prose. Le public adore, les organisateurs s’extasient, et l’on tente même de le persuader qu’il a réinventé la poésie. Le narrateur, lui, reste lucide : il laisse dire, mais il sait que ce n’en est pas. Et il ajoute, perfide comme il faut : « Mes textes n’étaient pas de la poésie, pas davantage que tous les prétendus poèmes de tous les prétendus poètes qu’il me fallut subir, avant et après mon intervention. »
Ce texte résume parfaitement la posture de Jean-Jacques Nuel : un regard clair, sans amertume, mais acéré. Il observe les rituels littéraires comme on observe un petit théâtre, amusé, légèrement désabusé, jamais dupe.
Les courts textes qui composent Contresens semblent parfois n’être que des anecdotes. Mais chaque fois, Jean-Jacques Nuel introduit un détail infime, un accroc, un grain de sable, et c’est par cette minuscule dérive que l’histoire bascule.
Dans Les Frères Boulette, il assiste incognito à la lecture scénique de ses propres textes — déformés, amplifiés, interprétés avec une emphase ridicule. Le public adore précisément les passages improvisés, ceux qui ne sont pas de lui. On rit, mais c’est un rire qui touche juste : la réputation littéraire, la réception de l’œuvre, l’ego de l’auteur, tout est remis en jeu en quelques lignes. Chez Jean-Jacques Nuel, la littérature n’est jamais un monument, c’est une matière vivante, fragile, risible parfois, mais qui continue de vibrer.
Dans un autre texte, un cahier rouge égaré prend soudain la dimension d’un absolu : l’auteur donnerait toute sa fortune pour retrouver ce journal intime qui n’avait pourtant « aucune valeur marchande ». La mémoire, chez Jean-Jacques Nuel, ne se monnaie pas : elle se perd, se retrouve, se reconstruit ou pas.
On retrouve aussi le Jean-Jacques Nuel joueur, celui qui pousse une idée jusqu’à son point de rupture. Dans La dérive des continents, ce n’est qu’un trait d’union qui commence à s’allonger inexorablement entre « Jean » et « Jacques ». D’abord un « underscore », puis une ligne, puis un gouffre typographique qui finit par menacer l’identité même du personnage. Ce qui, sous d’autres plumes, deviendrait grotesque, reste chez l’auteur parfaitement tenu : un absurde doux, maîtrisé, limpide.
Il y a aussi des textes plus graves, comme Le tombeau, où l’auteur, consacré dans la Pléiade de son vivant, comprend que sa propre « statue » littéraire l’a figé avant l’heure. Ici encore, une ironie discrète vient éclairer la mélancolie.
Ou encore cette splendide miniature qu’est Photomaton, où une photo fanée devient soudain le portrait le plus ressemblant — parce qu’elle ne montre presque rien. Une réflexion sur l’identité, le temps, la disparition : Jean-Jacques Nuel excelle dans ces éclats minuscules où le monde se révèle dans une image imparfaite.
Le texte qui donne son titre au livre attend le lecteur tout à la fin, comme une mise en abyme discrète. Jean-Jacques Nuel y raconte deux égarements successifs, la même erreur commise deux fois, dans la même rue, en allant à la même lecture de poésie. On pourrait croire à une anecdote, une banale erreur de direction. Mais non : une fois la lecture terminée, l’auteur découvre que l’affiche annonçait une intervention autour du recueil… Contresens.
C’est un clin d’œil délicieux : le titre du livre ne renvoie pas à un thème, mais à une expérience, à un geste involontaire, à une coïncidence troublante.
Par la nature même de l’ouvrage, certains textes paraîtront peut-être trop brefs, trop fugaces. On aimerait parfois que Jean-Jacques Nuel reste une page de plus, qu’il creuse, qu’il étire l’idée. Mais c’est aussi sa force : ce refus de s’appesantir, cette élégance du retrait, cette façon de laisser la place à l’imaginaire du lecteur.
Contresens est un recueil aussi discret que précieux. Avec humour, précision et une profonde humanité, Jean-Jacques Nuel explore la littérature, le quotidien, l’identité et leurs petites dérives. Il ne hausse jamais la voix, mais chaque texte sonne juste.
On referme ce livre avec le sentiment rare d’avoir vu le monde, le nôtre, se décaler légèrement, juste ce qu’il faut pour qu’on s’y retrouve mieux.
Jean-Jacques Nuel : Contresens
Avis de lecteurs
Bernard Granjean, auteur de polars délicieux et burlesques parus chez Héraclite :
J’ai dégusté avec un grand plaisir les 180 courts métrages de votre recueil CONTRESENS. (Un bien joli mot dont on ne peut savoir, quand il est énoncé seul, s’il est au singulier ou au pluriel !) Des textes délicieusement saugrenus, subtilement absurdes, qui pourraient paraître incongrus mais qui sont profondément justes et vrais. C’est la condition humaine dans toute son authenticité et sa complexité kafkaïenne mais vue avec humour et une bonne dose d’autodérision. Des textes qui, certes, réjouissent le lecteur solitaire mais qui sont chargés d’une force dramatique certaine qui les destinent tout autant à la scène : simple lecture en public par l’auteur ou un comédien, ou alors mise en scène avec plusieurs interprètes, plus compétents que les frères Boulette évidemment ! CONTRESENS, c’est aussi un vrai livre de chevet, un compagnon discret mais toujours disponible, une boite d’exquis chocolats qu’on picore au hasard, une histoire sans fin que l’on ne se lasse pas, jour après jour, de redécouvrir. Bernard Granjean
Avis de lecteurs
Bernard Granjean, auteur de polars délicieux et burlesques parus chez Héraclite :
J’ai dégusté avec un grand plaisir les 180 courts métrages de votre recueil CONTRESENS. (Un bien joli mot dont on ne peut savoir, quand il est énoncé seul, s’il est au singulier ou au pluriel !) Des textes délicieusement saugrenus, subtilement absurdes, qui pourraient paraître incongrus mais qui sont profondément justes et vrais. C’est la condition humaine dans toute son authenticité et sa complexité kafkaïenne mais vue avec humour et une bonne dose d’autodérision. Des textes qui, certes, réjouissent le lecteur solitaire mais qui sont chargés d’une force dramatique certaine qui les destinent tout autant à la scène : simple lecture en public par l’auteur ou un comédien, ou alors mise en scène avec plusieurs interprètes, plus compétents que les frères Boulette évidemment ! CONTRESENS, c’est aussi un vrai livre de chevet, un compagnon discret mais toujours disponible, une boite d’exquis chocolats qu’on picore au hasard, une histoire sans fin que l’on ne se lasse pas, jour après jour, de redécouvrir.
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vendredi, 17 octobre 2025
Contresens, de Jean-Jacques Nuel
Vient de paraître :
CONTRESENS, aux éditions du Petit Pavé.
Un ensemble de 180 textes courts, avec 10 illustrations de Dominique Laronde.
Ce volume reprend la plus grande partie de mes courts métrages précédemment parus en plaquettes ou en revues, accompagnés de quelques inédits.
Présentation de l'éditeur :
Contresens, de Jean-Jacques NUEL, est un copieux ensemble de courts textes délicieusement impertinents et insolites, parfois teintés d’une discrète mélancolie, mais plus souvent relevés d’humour noir, de comique de l’absurde, d’ironie à froid.
Jean-Jacques NUEL est, sans illusions mais sans amertume, un maître tranquille du désabusement heureux distancié, tonique, et particulièrement roboratif.
De surcroît, la langue – jamais un mot de trop – est ici d’une impeccable économie, et donc d’une parfaite élégance. Les proses ciselées de Contresens sont des « petits » chefs-d’oeuvre.
A commander en librairies ou sur le site de l'éditeur :
https://www.petitpave.fr/livre/contresens/
Un extrait :
LE DROIT D’AÎNESSE
Ma sœur aînée, je le sais, est née un an après moi et se prétend mon aînée. Je ne l’ai jamais contredite pour ne pas la contrarier car elle peut se montrer, dans ses accès de colère, d’une violence extrême. Et ma position de frère cadet, bien qu’elle repose sur un mensonge, m’arrange au fond : je n’ai jamais aimé les responsabilités, et laisse volontiers à ma sœur, depuis la mort brutale de nos parents, le rôle de chef de famille. Elle a de puissantes relations dans la haute administration, je sais qu’elle s’en est servi pour parvenir à une falsification du registre d’état civil. Mon acte de naissance a été trafiqué : on m’a rajeuni de deux ans pour me faire naître fictivement après elle. J’en veux secrètement à ma sœur. Elle aurait pu tout aussi bien ne pas toucher à mon année de naissance et reculer la sienne de deux ans, le résultat aurait été similaire. Mais sa coquetterie et sa peur de vieillir s’opposaient à cette solution, et elle a préféré attenter à mes jours.
*
17:51 Publié dans Mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nuel, petit pavé, contresens, humour, textes courts, nouvelles
mardi, 15 août 2023
Images d'archives (dossier critique)
En 2023 est paru mon recueil de poèmes "Images d'archives" aux éditions du Petit Pavé.
Ce recueil a obtenu 4 articles critiques :
un article de Christian Cottet-Emard ;
un article de Jean-Pierre Longre ;
un article de Patrice Maltaverne ;
un article de Denis Billamboz.
Ouvrage disponible sur le site du Petit Pavé.
16:50 Publié dans Mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : images d'archives, poésie, petit pavé, nuel
mardi, 08 août 2023
La malédiction de l'Hôtel-Dieu (réédition)
En 2018 paraissait mon premier polar lyonnais, La malédiction de l'Hôtel-Dieu, aux éditions Germes de barbarie. Ce roman a obtenu la même année le grand prix de la fiction décerné par l'association lyonnaise Selyre.
Le tirage étant épuisé, et l'éditeur m'ayant rendu mes droits, j'ai décidé de le republier en auto-édition. Les éditeurs lyonnais que j'ai contactés ne se bousculent pas pour donner une seconde vie à ce roman assez virulent, pas « politiquement correct » et très critique sur le projet de transformation de l'Hôtel-Dieu de Lyon. Quant au détective privé Brice Noval, il est à l'opposé des héros habituels : vieux (près de la retraite), dégarni, fatigué, en surpoids, plutôt réac, il s'en sort par l'intuition et n'est pas dénué d'humour.
J'ai profité de cette nouvelle édition pour revoir et augmenter le texte.
L'argument : le détective privé Brice Noval est engagé par le maire de Lyon pour résoudre l'affaire de l'Hôtel-Dieu. Le projet municipal de transformation du vieil hôpital en hôtel de luxe rencontre l'opposition d'un certain Childebert qui, évoquant une ancienne malédiction, fait tout pour empêcher sa réalisation, allant jusqu'à assassiner des conseillers municipaux pour faire pression sur le maire.
Une enquête menée tambour battant entre mairie, préfecture et Hôtel-Dieu, dans la ville chargée d'histoire et de mystère.
En vente sur la librairie en ligne ou me contacter.
La malédiction de l'Hôtel-Dieu, 180 pages, 16 €.
14:36 Publié dans Mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : polar, lyon, nuel, hotel-dieu, malediction
samedi, 07 juillet 2018
Extraits de Journal d'un mégalo
Je ne remercie pas mes parents pour l'amour qu'ils m'ont donné. Une enfance malheureuse aurait été un plus dans ma biographie.
*
Si par extraordinaire on trouvait quelqu'un qui me parvienne à la cheville, je l'écraserais sous mes talons.
*
Je ne suis pas raciste, car je n'aime personne.
*
Je ne suis pas misogyne, car je suis misanthrope.
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Dans votre intérêt je ne reste pas plus longtemps chez vous : vous pourriez être condamné pour recel de génie.
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Si les autres écrivains n'existaient pas, il faudrait tirer mes livres à des milliards d'exemplaires pour remplir tous les rayonnages des bibliothèques.
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Je me ferai enterrer avec mes bijoux et mes biens les plus précieux, pour être sûr d'avoir encore de la visite.
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J'ai trouvé le secret de l'immortalité, que j'emporterai dans la tombe.
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Pourquoi devrais-je remercier mon public ? Est-ce qu'un porcher remercie son troupeau de cochons ?
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Les intellectuels me prennent pour un comique, tandis que je prends les intellectuels pour des rigolos.
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Publié en Belgique, chez Cactus Inébranlable, le recueil est disponible en France auprès de la librairie en ligne Wallonie-Bruxelles.
Il peut être aussi commandé directement auprès de l'éditeur :
cactus.inebranlable@gmail.com
ou de moi-même au prix de 11 € (9 € + 2 € de port). M'écrire à jj.nuel @laposte.net
07:31 Publié dans Mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nuel, journal d'un mégalo, cactus inébranlable


