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vendredi, 04 novembre 2005

La Faute à Rousseau n° 40

Paraissant trois fois l’an, La Faute à Rousseau, revue de l’APA (association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique) est diffusée aux adhérents et cherche maintenant à être distribuée en librairies. Elle rend compte des activités de l’association, offre des notes de lectures et présente un dossier. Celui de ce numéro 40 est consacré aux Croyances, soit aux rapports entre la foi et le journal intime, a priori antinomiques, puisque le moi est méprisable au regard de Dieu. Le dossier prouve que les choses sont plus complexes, montrant l’influence des Confessions de Saint-Augustin, reproduisant des extraits d’Ignace de Loyola, de Sainte Thérèse d’Avila.

Une note de lecture signée Philippe Lejeune, « Au goulag pour son journal intime », rend compte du Journal d’une écolière soviétique (Robert Laffont, 2005). Lycéenne, Nina Lougovskaïa tient un journal intime de 1932 à 1937, dans lequel elle ne mâche pas ses mots envers Staline et les bolcheviks. Sa famille étant arrêtée, son journal est découvert, devient pièce à conviction (l’édition reproduit les soulignements de textes par la censure) et elle est envoyée cinq ans dans un goulag. L’auteur étant morte en 1993, elle n’a jamais su que son journal serait finalement redécouvert après la chute du communisme dans les archives du NKVD et édité. L’ironie assez tragique de cette histoire, comme le souligne Lejeune, est que « le NKVD, qui voulait écraser cette vie, en a sauvé la trace, trace qui revient aujourd’hui comme pièce à conviction dans son procès à lui ».
Adresse : La Grenette, 10 rue Amédée-Bonnet, 01500 Ambérieu-en-Bugey. Tél 04 74 38 37 31. Courriel : grenette@wanadoo.fr Site internet : http://sitapa.free.fr
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medium_amberieu-apa.2.gifRappelons que l’APA, fondée en 1991 par Chantal Chaveyriat-Dumoulin et Philippe Lejeune, réunit actuellement plus de 800 membres adhérents. Son premier objectif est d’assurer la conservation des textes autobiographiques inédits rédigés par des personnes de tous milieux sociaux. La plupart de ces textes, malgré leur intérêt, ne pourraient pas trouver d’éditeur en raison du manque de notoriété des auteurs. Beaucoup d’entre eux, dispersés dans les archives familiales, sont menacés de disparition à plus ou moins long terme. Le lieu de cette conservation est le beau bâtiment de la Grenette, médiathèque municipale, dont une partie est mise à la disposition de l’APA par la municipalité d’Ambérieu-en-Bugey, près de Lyon.
L’APA accepte de lire tous les textes autobiographiques reçus. Elle en publie des comptes rendus (les échos) dans son « Garde-mémoire ». Elle conserve son fonds, riche de plus de 2000 dépôts inédits, et l’offre en lecture à la Grenette. Certains de ces textes circulent et peuvent être lus dans des bibliothèques amies, les « Prête-mémoire ».
L’APA publie une revue trisannuelle, la Faute à Rousseau, ainsi que des cahiers thématiques. Une fois par an, elle organise « Les Journées de l’Autobiographie », temps fort de la vie de l’association. Au cours de l’année 2005, elle mettra en ligne son catalogue qui pourra être consulté grâce à un moteur de recherche.
Plus d’infos sur le site :
http://sitapa.free.fr

mardi, 01 novembre 2005

ARPO

Je viens de recevoir le dernier bulletin de liaison (n° 56) de l’association ARPO. Voici ce que j’écrivais de cet organisme dans mon guide La Revue mode d’emploi édité par le Calcre en 1999 :

« Créée en 1985, l’association ARPO (Animations-Revues-Rencontres en Poésie, 3, avenue Roger Salengro, 81400 Carmaux) est présidée par Jean-Lucien Aguié. Ce n’est ni un syndicat, ni une revue, mais une association au service de toutes les revues (plus de 200 sont adhérentes). Elle édite un bulletin de liaison riche d’informations.
ARPO organise chaque année, fin mars début avril, « Tarn en Poésie », une semaine de rencontres, de débats, de spectacles et de lectures. Une revue invitée fait le compte rendu de cette manifestation dans son prochain numéro, qui est envoyé par Arpo gratuitement à tous les adhérents.
Par ailleurs, ARPO a créé en 1992 et gère le Conservatoire des revues de poésie, situé au Centre culturel Jean-Baptiste Calvignac, salle Jean Malrieu, 24, avenue Bouloc Torcatis, à Carmaux. (Tél : 05 63 76 85 85 ; fax 05 63 76 88 07. Heures d’ouverture : mardi, jeudi, vendredi de 14 à 18 h ; mercredi, samedi de 10 à 12 h et de 14 à 18h).
On trouve dans ce conservatoire, qui offre deux belles salles intégrées dans la bibliothèque municipale, une exposition permanente des revues adhérentes (200 titres) et un fonds de conservation de revues plus anciennes. C’est un endroit unique pour les chercheurs et les passionnés de poésie.
Le montant de la cotisation est libre, elle peut se verser en nature par l’envoi d’un abonnement ou d’exemplaires gratuits.
Afin de rester indépendants, les responsables d’ARPO, membres fondateurs, s’engagent à ne pas diriger de revues. L’association se consacre sans exclusive ni parti-pris à la défense de la poésie et à la promotion de l’ensemble des revues adhérentes. »
Ces informations restent valables, mais il convient d’ajouter l’ouverture d’un site internet, encore largement à l’état de chantier :
http://www.arpo-poesie.org
E-mail : contact@arpo-poesie.org

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Dans ce dernier bulletin, Jean-Lucien Aguié s’interroge sur le maintien du bulletin de liaison, qui représente beaucoup de travail, ainsi qu’un coût élevé de fabrication et d’expédition. De plus, bien des informations (publications, annonces de concours…) arrivent après la bataille ou après les dates de forclusion. Dans ces conditions, ne vaudrait-il pas mieux diffuser toutes ces infos sur le site internet ?
Les doutes d’Aguié sont ceux de tout responsable de revue littéraire à l’heure d’internet. Longtemps les revues ont été, outre des creusets de création, des supports d’information. Cette dernière fonction est largement assurée désormais par le net, qui par sa réactivité, son immédiateté, son interactivité, sa gratuité, a supplanté la source papier.
Bien des revues gagneraient à passer en ligne (site ou blog) et à ne livrer sous forme papier que des numéros spéciaux élaborés. Plus largement, je crois qu’un certain type de revue littéraire – que l’on a connue dans les années 70 à 90, photocopiée, agrafée, à la réalisation médiocre, ne peut plus subsister très longtemps. La revue n’a plus de sens que si elle se pense comme telle - fond et forme -, que si elle offre un contenu dense, cohérent, et constitue un objet, un bel objet de pensée et de création.

samedi, 29 octobre 2005

Brèves et la CPPAP

Après la disparition de Nouvelle Donne, Brèves reste la dernière grande revue de nouvelles en France qui soit assez largement diffusée. Depuis 1975, Brèves était inscrite à la CPPAP (commission paritaire des publications et agences de presse) et bénéficiait de ce numéro qui donne droit aux tarifs postaux préférentiels. Sur injonction de la Poste, la revue a dû demander un réexamen de sa situation. Et la réponse de la CPPAP  a été négative, Brèves ne remplissant plus la condition fondamentale : paraître au moins quatre fois par an.
Deux autres raisons ont été données au rejet du dossier par la commission :
- plus de 50 % des pages sont consacrées à la publication de nouvelles ;
- les ventes réalisées dans un délai de six mois après parution sont insuffisantes compte tenu du tirage initial.
Ces deux dernières raisons sont assez surprenantes car elles assimilent la revue de nouvelles à des publications de grande presse ; elles ne tiennent pas compte de la spécificité de la revue culturelle ou littéraire, et pourraient, en cas de recours devant le Conseil d’Etat, n’être pas retenues.
Lorsque je dirigeais la revue littéraire Casse, j’avais rencontré également des difficultés avec la CPPAP : mon inscription, bien que le dossier remplissait toutes les conditions réglementaires, avait été refusée par la commission au motif que « la revue ne présentait pas un lien suffisant avec l’actualité ».
J’avais alors engagé un recours devant le Conseil d’Etat en octobre 1993, lequel se conclut heureusement par l’annulation de cette décision injuste ; mais un an et demi s’était écoulé et ma décision était déjà prise d’arrêter la publication de la revue, pour d’autres raisons.
On trouvera cet arrêt du 17 mars 1995 (n° 152982), rendu en section du contentieux et publié au recueil de jurisprudence Lebon, sur le site Legifrance :
En voici le passage essentiel :
« Considérant que si la commission paritaire des publications et agences de presse a pu, sans commettre d'erreur de droit, rechercher si la publication "Casse" présentait par l'ensemble de son contenu un lien suffisant avec l'actualité pour être regardée comme une publication périodique pouvant bénéficier du régime économique de la presse, il résulte des pièces du dossier que les numéros de cette publication littéraire contenant des articles, des poèmes, des entretiens avec des auteurs et écrivains présentaient un tel lien avec l'actualité qui doit être apprécié compte tenu de la nature de la publication en cause ; que, par suite, la décision du 24 juin 1993, par laquelle la commission a refusé de délivrer un certificat d'inscription à la publication "Casse" et la décision du 16 septembre 1993 rejetant le recours gracieux formé contre cette décision par le motif que cette revue ne présentait pas le caractère d'une publication périodique sont entachées d'excès de pouvoir ; » Decide : « les décisions de la commission paritaire des publications et agences de presse en date des 24 juin 1993 et 16 septembre 1993 relatives à la publication Casse sont annulées. »
Fort de cette expérience, je conseillerais bien à Brèves de tenter le recours en Conseil d’Etat ; mais la première raison de refus invoquée par la commission, qui tient à la périodicité minimale (que les textes réglementaires prévoient au moins trimestrielle), serait certainement confirmée par la juridiction administrative.
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Pour connaître Brèves et le catalogue de l'Atelier du Gué, rendez-vous sur le site www.atelierdugue.com

mercredi, 28 septembre 2005

Salmigondis au Salon

medium_salmisalon.2.jpg15 et 16 octobre 2005, Espace des Blancs Manteaux, 75004 Paris.

Pour se faire une pub pareille, ils doivent être sponsorisés !

 

 

 

 

 

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mardi, 20 septembre 2005

Le Journal de la Culture n° 16

medium_jdc16.2.jpgCe dernier numéro, qui commence par une rencontre sans grand intérêt avec Chloé Delaume, s’anime en ouvrant un dossier Houellebecq : est-il un génial imposteur ? (cet énoncé laisse supposer qu’il est soit un génie, soit génial…). Deux critiques s’affrontent : d’un côté, Jean-François Patricola, auteur d’un pamphlet « Michel Houellebecq ou la provocation pemanente », dont les pages extraites et reproduites dans la revue ne sont qu’un creux verbiage peu convaincant, dénonce un « tsunami » qu’il est l’un des premiers à grossir par son propre ouvrage (et à en profiter, recueillant quelques miettes de la gloire et de l’argent liés au phénomène) ; de l’autre côté, Pierre Cormary livre une défense énamourée certes intéressante, mais si excessive et personnelle (« Merci d’être né, Michel. ») qu’elle risque de ne prêcher que les (déjà) convaincus. Donc, le mieux, c’est tout simplement de relire l’oeuvre, celle-ci valant infiniment mieux que les remous qui l’accompagnent.

On retrouve les contributions de qualité et les chroniques d’Eli Flory, d’Anthony Dufraisse. Raphaël Juldé nous entraîne sur les pas des écrivains en prison, de Villon à Genet, donnant une belle page d’histoire littéraire. De nombreuses critiques, par ailleurs, fouillées sur Louis Gardel, Pierre Jourde, Renaud Camus, Michel Déon, Muriel Cerf, Didier Daeninckx, Carole Zalberg, la réédition d’un texte de Jean-Edern Hallier paru dans Tel Quel en 1960, montrent l’esprit d’ouverture qui reste la marque du Journal de la Culture.

L’originalité de la revue est de proposer aussi la publication de nouvelles, qui mettent généralement en scène des écrivains, ici Roger Nimier et François Villon, sous les plumes de Patrick de Retonféry et Amadeo del Duca. Une façon de lier la création et la critique, pour mieux embrasser la littérature.

 

En kiosques, 19, 50 €.

08:50 Publié dans Revues littéraires | Lien permanent

mardi, 28 juin 2005

La Soeur de l'Ange n°3

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Une revue monstrueuse, comme dit Juan Asensio, en ce qu'elle est hors normes, et d'abord, hors format : 400 pages en petits caractères. Avant d'y revenir, une fois pris le temps de la lire, une première idée de cet objet par le simple énoncé du sommaire du numéro 3, montrant sa richesse et sa variété :

La Sœur de l’Ange - SOMMAIRE du numéro 3 - juin 2005

Ouverture

Image de la pensée du n°3 : Bernard Stiegler
Editorial : Jean Paulhan Didier Bazy
Antonio Carvajal « Rouen, 2004 »
Claude Mourthé « Jouissif »

Dossier : à quoi bon mourir ?

François Richard « Négatives »
Michel Host « Fragments de pensées de l’impensable »
Alain Jugnon « Faire le mort, une simple vie humaine contre dieu et tous les saints »
Bertrand Vergely « Penser la mort »
André Klarsfeld « L’immortalité biologique : luxe inutile, excès nuisible ou impossibilité matérielle ? »
Patrick Laude « Nigra sum sed formosa : Mort et vie spirituelle chez Frithjof Schuon »
Bruno Doucey « Corps beau – corps bot : le bestiaire obsessionnel de Denis Rivière »
Anne Brouan-Bourquin « Gérard de Nerval, Dans la nuit du tombeau, l’autre rive des Chimères »
Annick de Souzenelle « Muter, c’est aller vers la vérité »
Françoise Dastur « L'angoisse, la mort et le rire »
Jérôme Gofette « M.O.R.T. »
Bernard Andrieu « Impossible de mourir »
Frédéric Saenen « Monsieur Moreau »
Martine de Borde « Alcoolonialisme »
Thierry Maré « Lettre édifiante et curieuse à La Sœur de l’Ange du Japon »
Charles Wolfe "La mort de La Mettrie"
Stéfan Leclercq « L’être est la détermination de l’éternité »
Claude Tannery « Pourquoi mourir ? Pour quoi ? »
Benoît Virole « Un ange à Stromboli »
André Duprat « Une césure de rappel »
Bernard Ginisty « La mort ou la condition du passant »
Fabrice Midal « La patience du regard »
Christian Ganachaud « Quand la mort viendra elle ne trouvera personne »
Didier Bazy « Joie de vivre »
Jean-Marc Vivenza « Le sens spirituel de la mort selon la doctrine de l’Illuminisme mystique »
Nathalie Chadeuil « Drieu La Rochelle : un mystique sans la grâce »
Gwen Duguy « Le vœu de Thanatos »
Michel Surya «La mort de Georges Bataille »
Matthieu Baumier « Expérience de la peur »

Rhizome(s)

François Casteleyn « Toni Negri : ontologie et politique »
Jean-Laurent Poli « Panégyriques 2 »
Stéfan Leclercq « Le droit naturel : passage, puissance, immanence »

Inédit(s)

Elie-Charles Flamand « Poèmes »

Silhouette(s)

Marc Kober « Dans le verger de la salamandre (Elie-Charles Flamand) »
Francis Moury « Actualité ou inactualité de Max Scheler »
Sébastien Mathieu « Novalis, Dieu et Moi »

Etat(s) du lieu : Révolution ? Révélation ?

Alain Jugnon « Nous sommes la terre décisive (Pour la révolution humaine, matériellement et immédiatement)»
Matthieu Baumier « Pour une Théologie politique Chrétienne »

Cahier Pierre BOUDOT

Olivier Germain-Thomas « Dans le feu, l’encre de ses livres»
Matthieu Baumier « Au commencement était Pierre Boudot »
Philippe de Saint Robert « Pierre Boudot, philosophe engagé »
Jean-Luc Moreau « Le libertin des grandes profondeurs »
Alain Jugnon « Boudot et Baubô, présentation du corps glorieux du philosophe en Thérèse Nietzsche révolutionnaire »
Lettre inédite de Pierre Boudot à ses enfants sur De Gaulle
Adieu à Pierre Boudot de Marcel Conche

Pour quitter

Christophe Spielberger « L'homme au cruchon »

Plus d'info sur le blog de La Soeur de l'Ange.

13:20 Publié dans Revues littéraires | Lien permanent

lundi, 13 juin 2005

Le Salmigondis nouveau est arrivé

medium_salmi21.gif18 mois pour sortir une publication trimestrielle, voici une sorte de record à l’envers, un "éloge de la lenteur", pour parler comme certains poètes ; mais plus sérieusement, ce retard est révélateur des difficultés que connaissent les responsables de revues. Pour concurrencer les webzines, il faut faire de gros, de beaux numéros, mariant richesse du contenu et élégance du contenant, donc, engager des fonds. Investir en temps, en argent, en énergie – ressources loin d'être inépuisables.
On n’est pas déçu d’une si longue attente, car la table est bien garnie. Textes et nouvelles, dossiers, interviews nous plongent au cœur d’une création intéressante et souvent peu visible ailleurs. Avec aussi la présence de quelques « poids lourds », dont Abdelkader Djemaï, qui nous régale de son texte « Le tueur », nouvelle d’une écriture économe et rigoureuse, que j’ai eu le plaisir d’entendre lire par son auteur au festival de Saint-Claude.
Salmigondis confirme son statut de découvreur, en nous donnant à lire des auteurs prometteurs : Isabelle Sojfer, ses histoires brèves et cruelles, et Nicolas Puzenat, qui signe une nouvelle magnifique, d’un absurde consommé, « Grandeur des corpuscules ».
Originalité de Salmigondis, le dessin et la BD sont bien représentés. Didier Millotte, qui livre de nombreuses illustrations de ce numéro, répond aux questions de Fuentès : « Par un rejet des produits Disney, entre autres, certains produisent de la boue, sans se rendre compte que ce n’est pas mieux d’un poil. Pour vraiment faire de bons livres pour enfants, il faut avant d’avoir le désir de faire des albums, aimer les enfants. » Ce même jeune dessinateur, qui ne lit « pratiquement plus que la Bible », « le texte le plus fascinant et le plus enthousiasmant de l’humanité », nous sert quelques déclarations réjouissantes et roboratives, à contre-courant, à mille lieues de la vague du « politiquement correct », vague sur laquelle a su surfer Franck Pavloff (également présent dans ce numéro), avec l’invraisemblable succès de Matin brun.
La rubrique Passeurs présente Philippe Gindre, traducteur, rédacteur en chef de la revue Le Codex Atlanticus, responsable des éditions La Clef d’Argent et surtout, passionné de littérature fantastique - et Georges Païta. Ce dernier a fondé la maison d’édition qui répond au beau nom de La Tour d’Oysel. Nouvelliste lui-même, il publie des recueils de nouvelles de belle facture et, n’ayant pas trouvé un accueil très favorable chez les libraires, a privilégié un mode original de diffusion : « Les recueils ont dès le début rencontré le meilleur accueil auprès des documentalistes et des professeurs de lettres des lycées et collèges, pourtant réputé lectorat difficile. A la suite d’une série d’articles parus dans la revue INTERCDI, l’officiel des documentalistes, conseillant la lecture de mes textes aux élèves du secondaire, de nombreuses commandes émanant d’établissements scolaires se sont bousculées sur mon fax… Interventions et rencontres avec les élèves ont suivi à cadence soutenue, générant de nouvelles commandes. Au point que j’ai dû entreprendre par trois fois la réédition de Piégés (4 000 exemplaires vendus à ce jour) et que le premier tirage de De plein fouet (3 000 exemplaires) est quasiment épuisé. »
Calou, responsable du site internet « Calou, l’ivre de lecture », dans son article en forme de confession « Lire est un métier difficile », fait part de son expérience de lectrice passionnée. Elle se heurte à deux types de fâcheux : les critiques professionnels qui méprisent les critiques amateurs (« Personne dans le monde littéraire actuel ne leur accorde un crédit authentique, leur autorise une ouverture, hormis celle parcimonieusement offerte à une poignée de chanceux : les jurés de prix littéraires populaires, libres de toute influence ») et les auteurs à l’ego démesuré, dont on ne dira jamais assez de bien dans les articles qui leur sont consacrés : « Je ne suis plus étonnée ni surprise aujourd’hui, simplement lasse devant les lettres prétentieuses et pédantes que je reçois. Ne perdons pas de vue que nous sommes tous absurdement humains, ce qui sous-entend lumières et paradoxes, tendresse et surprises – les bonnes comme les mauvaises -, et donc les « je sais écrire mais vous ne savez pas me lire ». Heureusement, Calou continue malgré tout, une critique de coup de cœur, indépendante et éclairée.
Un ensemble riche et cohérent, placé sous le signe de l’ouverture, de la curiosité, de la rencontre, complété par de nombreuses chroniques sur les livres et les revues. Espérons que Salmigondis ne cherchera pas à battre une nouvelle fois son record de non-parution !

Salmigondis n° 21, 10 €. Abonnement 4 n°s 35 €.
452 route d’Attignat, 01310 Polliat. Site www.salmigondis.com

12:50 Publié dans Revues littéraires | Lien permanent