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mardi, 01 mai 2007

Rencontre avec La Nouvelle Tour de Feu

medium_ntdf44.jpgLa Tour de Feu a été une revue mythique, qui a compté dans l’histoire de la littérature. Elle survit et se renouvelle sous la direction de Michel Héroult, qui a créé La Nouvelle Tour de Feu. Une rencontre pour découvrir quelle est la part de la tradition, et celle de l’innovation.
(Cet entretien publié voici quelques années dans Ecrire & Editer a été actualisé par Michel Héroult en avril 2007.)

Jean-Jacques Nuel : Comment est née la NTDF ? Quelle continuité entretient-elle avec la mythique Tour de Feu ?
Michel Héroult : En 1981, Pierre Boujut annonce la fin de la Tour de Feu. Je propose, avec Liliana Klein, de continuer avec le titre « La Nouvelle Tour de Feu ». Je figure au comité de rédaction de l’ancienne Tour et j’ai fréquenté les congrès de Jarnac depuis 1961. Pierre Boujut donne son accord. Dans les premières années, la Nouvelle Tour de Feu publie surtout les collaborateurs de l’ancienne. Pierre Boujut meurt en 1992. La NTDF prend alors réellement son autonomie et accueille de nouveaux collaborateurs. Le ton change et une large ouverture vers la création contemporaine se fait. Il n’y a pas eu rupture avec la Tour de Feu de Pierre Boujut, mais lente évolution. A son tour, la NTDF entre dans le mythe.

JJN : La part des chroniques est importante. Une revue peut-elle se passer d’une partie informative ?
MH : Ce qui fait la spécificité d’une revue, par rapport à une anthologie par exemple, c’est justement d’informer. Les poètes se plaignent d’être mis à l’écart, mais les revues offrent une large compensation. Les « sacs à poèmes » sont illisibles. Il faut alterner les genres : critiques, courtes nouvelles, études, poèmes. De ce point de vue, la NTDF, je crois, a donné le bon exemple en diversifiant au maximum les signatures.

JJN : Pourquoi garder la même couverture à chaque numéro ?
MH : Il s’agit d’imposer une spécificité. Il suffit de la voir à deux mètres et la revue est tout de suite reconnue. Du point de vue technique, c’est plus pratique, mais je compense en variant les couleurs. Les illustrations à l’intérieur de la revue donnent de l’espace aux novateurs. L’acquisition d’un photocopieur en couleur a apporté une véritable révolution.

JJN : Comment diffusez-vous la revue ?
MH : Je suis parti du fichier de la Tour de Feu dont Pierre Boujut m’a fait cadeau en 1982. Des bibliothèques abonnées à l’époque le sont toujours. La Tour de Feu constituait une famille d’esprits et la plupart des abonnements se sont reportés sur la NTDF. Mais entre les « anciens » de la Tour et les « nouveaux », il y avait la différence d’une génération. Nombre des abonnés du début sont morts. Le fichier s’est renouvelé à l’image de la vie. L’essentiel des apports se fait par contacts directs et bouche à oreille. J’effectue un important service de presse.

JJN : La NTDF apparaît de l’extérieur comme un lieu d’amitié et de fidélité. Cette impression est-elle juste ?
MH : C’était vrai il y a vingt ans ; on se retrouvait une fois par mois, dans un restaurant parisien.
Bien avant, vers les années 60, il existait des rencontres hebdomadaires dans le Quartier Latin et des rassemblements à Jarnac vers le 14 juillet (Jean Follain voulait qu’on défile derrière la fanfare, mais ce n’était pas du goût de Pierre Boujut.) Des curieux passaient. Des drames se nouaient, se dénouaient. En fait, il y avait alors deux pôles de pouvoir : Jarnac où régnait Pierre Boujut et Paris où la fronde grondait souvent.
Depuis plus de vingt ans, la NTDF est toujours présente au Marché de la Poésie de la place Saint-Sulpice à Paris. Plusieurs rencontres ont eu lieu aussi à Guyancourt, où Roland Nadaus était maire. Il existe là-bas, ceinturant un plan d’eau, le chemin de la Tour de Feu et un édifice public porte le nom de Moreau du Mans. Ce dernier n’a jamais figuré dans le comité de rédaction de Pierre Boujut, mais la NTDF, depuis, a largement réparé cet oubli.
Un lieu, peut-être, reste à trouver. Voici la question : le train de la vie passe-t-il deux fois ? On peut penser que oui, puisque la NTDF compte maintenant un quart de siècle d’existence.

JJN : Répondez-vous aux envois de textes ? Quels conseils donneriez-vous aux jeunes auteurs désireux de publier ?
MH : Les courriers que l’on reçoit ne sont pas toujours « raisonnables ». Les Editions du Soleil natal ajoutent à la confusion. Quand on reçoit un pavé, est-ce pour la revue ? Pour un livre ? Parfois je téléphone et j’explique notre position : publication à dose modérée de poèmes à compte d’éditeur dans la revue ; refus de publication de poèmes à compte d’auteur. Dans la mesure où je fabrique moi-même les livres, la capacité de production est forcément réduite, d’autant plus que Soleil natal se retrouve aussi en position d’imprimeur ( revue A l’Index, que dirige Jean-Claude Tardif, et naguère recueil annuel d’un auteur décédé, et un bulletin municipal). Soleil natal publie à compte d’éditeur deux à quatre livres par an (Histoire en Essonne, ésotérisme et spiritualité). Les jeunes auteurs qui désirent publier ont intérêt à n’envoyer qu’une dizaine de poèmes à la fois auprès d’un maximum de revues et à recommencer tous les ans. A la fin du fin, ils se feront connaître.

*

Fiche signalétique

La Nouvelle Tour de Feu
Adresse : 8 bis rue Lormier, 91580 Etréchy
Tél : 01 60 80 24 33
Directeur de publication : Michel Héroult (en tant que président de l’association Editions du Soleil natal)
Rédacteur en chef : Liliana Klein
Membres du comité de rédaction : Pierre Chabert, Françoise Chauveau, Maurice Cury, Denis Emorine, A.D. Grad, Jean-Pierre Joyeux, André Lagrange, Bernard Landry, Roland Nadaus, Françoise Poirier, Pierre Roudy, Jean-Claude Roulet, Jean-Claude Tardif, Guy Valensol.
Année de création : 1982
Périodicité : trimestrielle
Nombre de pages : 110
Impression : duplicopie Riso à encre
Format : 24,2 x 16,7 cm
Brochage : dos carré collé
Couverture : 4 couleurs en 4 passages sur Riso
Illustrations : oui
Photos : noir et blanc et couleur
N° ISSN : 029 4409030
N° CPPAP : néant (perdu)
Prix au numéro : 8 €
Prix de l’abonnement : 25 € (France) – 30 € (étranger)
Tirage : 400
Nombre d’abonnés : 150 (dont bibliothèques universitaires étrangères)
Service de presse : 150
Diffuseur : CEDIF/Alpro (pour certains numéros spéciaux)

mardi, 20 mars 2007

Revue de détail n° 7

(Ces chroniques sont parues dans La Presse littéraire n° 8.)

 

LA FAUTE A ROUSSEAU n° 42

medium_Fauterousseau42.2.jpgRevue de l’APA (Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique, désormais reconnue d’intérêt général), La Faute à Rousseau paraît trois fois par an. Diffusée aux adhérents, elle commence maintenant à être distribuée en librairies. Elle rend compte des activités de l’association, offre des notes de lectures et présente un dossier. Celui du dernier numéro, dans la continuation du précédent consacré au « Nom », explore le thème des « Familles ». « Le 13 juillet 1980, Julien Green note dans son Journal : « Quand j’ai demandé à Mauriac pourquoi il n’écrivait pas son autobiographie, il m’a répondu : Impossible. J’ai une famille. » Sans doute les familles n’apprécient-elles guère les autobiographies de leurs membres, dès lors qu’ils cherchent à dire leur vérité plutôt qu’à fixer l’histoire collective du clan. Sans doute aussi chacun doit-il construire son identité, trouver sa voie, à partir des histoires, projets ou conflits des générations antérieures. »

Beaucoup de collaborations sur ce thème, couvrant la période contemporaine. Le plus intéressant est le dossier « Classiques », avec les contributions sur Hugo, Sartre, Gide, Virginia Woolf, Mauriac. Philippe Lejeune livre un bel article sur Jean-Jacques Rousseau : «  La faute à Rousseau, c’est d’avoir abandonné ses cinq enfants. La faute à Voltaire, c’est d’avoir révélé ce fait au public dans un pamphlet anonyme. Merci à Voltaire, qui poussa Rousseau à écrire, en réponse, ses Confessions. Merci à Rousseau de s’y montrer – c’était très nouveau pour l’époque – attentif à l’histoire de la personnalité, et sensible à l’existence de l’inconscient. »  Et d’ajouter : « Lecteur des Confessions, je vais donc jouer mon rôle en remarquant un « enchaînement d’affections secrètes » qui a échappé à Rousseau, un chaînon manquant, une « disjonction » étonnante. Jamais, dans les Confessions, Rousseau n’établit de lien entre les deux faits suivants : il a abandonné ses enfants, mais il avait été lui-même abandonné par son père, comme le Petit Poucet. »

Sans tomber dans le piège de la spécialisation universitaire ou de l’hermétisme, La Faute à Rousseau offre un contenu accessible, riche et varié - seul un effort de mise en page reste à faire, pour éviter l’impression d’empilement des articles. Rappelons que l’APA, fondée en 1991 par Chantal Chaveyriat-Dumoulin et Philippe Lejeune, réunit actuellement plus de 800 membres adhérents. Son premier objectif est d’assurer la conservation des textes autobiographiques inédits rédigés par des personnes de tous milieux sociaux. La plupart de ces textes, malgré leur intérêt, ne pourraient pas trouver d’éditeur en raison du manque de notoriété des auteurs ; dispersés dans les archives familiales, ils sont menacés de disparition à plus ou moins long terme. Le lieu de cette conservation est la médiathèque municipale de la Grenette, dont une partie est mise à la disposition de l’APA par la municipalité d’Ambérieu-en-Bugey, près de Lyon. L’APA publie des comptes rendus des textes autobiographiques reçus (les échos) dans son « Garde-mémoire ». Elle offre en lecture son fonds, riche de plus de 2000 dépôts inédits, dont l’intérêt, au-delà d’un genre littéraire, est également historique et sociologique.

 

La Faute à Rousseau, APA, La Grenette, 10 rue Amédée-Bonnet, 01500 Ambérieu-en-Bugey. 84 pages, 9 €. http://sitapa.free.fr

 

 

LES MOMENTS LITTERAIRES n° 15 et n° 16

Projet original que celui de cette belle revue semestrielle animée par Gilbert Moreau, d’une présentation sobre et classique, « à l’ancienne », qui privilégie l’écriture intime et publie journaux intimes, carnets, correspondances et récits autobiographiques… prolongeant chaque fois une riche réflexion sur la source et les rites de l’écriture. Des dossiers ont été consacrés à Annie Ernaux, Gabriel Matzneff, Hubert Nyssen, Charles Juliet, Henri Bauchau…

Le numéro 15 donne à lire un dossier Rezvani, avec une introduction de Bertrand Py, son nouvel éditeur, des extraits des Carnets de Lula, sa femme défunte, et une interview de l’auteur pleine de fulgurances : « Je ne prémédite pas mon travail. Je me sers de la peinture, de l’écriture ou même de la musique comme moyen d’extraction de ce qui se passe dans mon esprit. Ce qui m’intéresse, c’est ce que je ne sais pas. Du moment où l’on se met à écrire, il sort de vous des choses tout à fait inattendues. Dans une lettre à sa sœur, Kleist écrivait « les mots tirent la pensée. » C’est ça qui est passionnant. » Rezvani établit des rapprochements et des comparaisons entre les divers arts qu’il a pratiqués pour définir l’écriture : « Quand je me suis mis à écrire, je me suis cru délivré de la matérialité, je pensais pouvoir écrire dans un bistro, en voyage… En réalité, pas du tout, je me suis aperçu que l’écriture était beaucoup plus prenante, ritualisée, qu’elle vous enferme, vous rend maniaque. » et son approche de l’ordinateur et du traitement de texte est originale : « Depuis quelques années, je me suis mis à l’ordinateur. C’est un moyen extraordinaire. Etrangement je trouve que le travail d’écriture devient comme de la sculpture avec de la glaise. A l’ordinateur, les phrases deviennent une matière, il y a un côté plastique assez extraordinaire. » Signalons dans cette même livraison de savoureux portraits par Robin Wallace-Crabbe, peintre et écrivain australien.

Le numéro 16 est consacré à une longue expérience d’écriture à quatre mains (expression qui m’a longtemps hérissé du temps de l’écriture à la plume mais qui retrouve un peu de vérité avec l’écriture au clavier, le rapprochement avec le piano devenant légitime) menée par Daniel Zimmermann et Claude Pujade-Renaud. Une aventure bien exceptionnelle car l’écriture est par essence un exercice solitaire. Hugo Marsan présente l’histoire d’amour et de littérature de ce duo littéraire, « la danseuse et le funambule, la bourgeoise et le prolétaire ». Là aussi, une interview pleine d’enseignements sur les pratiques d’écriture en commun, conduite. par Gilbert Moreau, et illustrée par des extraits d’un « cahier des rêves ». Claude Pujade-Renaud revient sur la genèse de cette collaboration : « Nous avons continué à nous montrer les ébauches de ce que nous écrivions chacun de nôtre côté. L’essentiel était l’existence d’un destinataire immédiat, une écriture avec l’autre, pour l’autre et d’une certaine façon contre l’autre parce que, inévitablement, s’instaurait un rapport de rivalité, de défi. » Pour elle le travail d’écriture est « toujours très long, très laborieux » et est incomparable avec la musique : « dans l’écriture, le signifiant est là, bête, épais, incontournable. »

 

Les Moments littéraires, B.P. 175, 92186 Antony Cedex. 128 pages, 12 €

 http://perso.wanadoo.fr/les.moments.litteraires/

 

 

lundi, 12 mars 2007

Rencontre avec Passage d'encres

medium_couverture_Archipel_des_possibles_Berlin_70.2.jpgRevue d’art et de littérature de création, indissolublement, Passage d’encres affirme sa présence depuis plus de dix ans, parallèlement à une activité éditoriale – quatre collections : Trace(s), Trait court 1, 2 (en coédition avec la revue OX, dirigée par Philippe Clerc) et 3 (en ligne). Rencontre avec une revue originale et pas forcément élitiste.

 

(Cet entretien, précédemment paru dans Ecrire & Editer n° 36, a été réactualisé par Christiane Tricoit.)

 

Jean-Jacques Nuel : Quel était le projet de création de Passage d’encres, et pourquoi ce titre ?

Christiane Tricoit : Le projet était, au départ, de s’inscrire dans une tradition de travail étroit entre écrivains et artistes (édition de textes ou d’œuvres pour la plupart inédits), avec une optique résolument contemporaine et cela sans esprit de chapelle. Ce projet a pris corps en 1996.

Le titre Passage d’encres, au sens propre, est emprunté au vocabulaire des arts graphiques : s’agissant de couleurs (noir compris), on parle de « passages », et le logo original – passage d’encres – reflétait d’ailleurs cette dynamique du rouleau encreur. Mais ce titre renvoie surtout à une notion plus large, celle de go-between, de passeur ou de relais.

Pour chaque numéro, le thème est communiqué à un artiste invité (parfois plus) qui réalise une estampe ou une œuvre originale selon la technique de son choix ; celle-ci est encartée dans le tirage de tête Collector, vendu par abonnement (à un prix abordable). Sabine Jahn (sérigraphie) et Michael Würzberger (linogravure) ont ainsi collaboré au n° 27, « Archipel des possibles – Berlin » (février 2007).

Chaque livraison donne lieu à un événement pluridisciplinaire : exposition, concert, lecture (France ou étranger).

La revue Passage d’encres est éditée par une association loi 1901 éponyme qui accueille des écrivains, des artistes ou d’autres éditeurs pour des rencontres dans ses locaux, une grange réhabilitée de Romainville (Seine-Saint-Denis).

 

JJN : Le sous-titre est " art / littérature ". Comment s’organise la revue autour de ces deux pôles ?

ChT : Ces deux pôles sont à égalité. Il s’agit de les mettre en correspondance, en dialogue plutôt qu’en illustration, de manière que la revue soit un lieu de création où l’alchimie puisse se faire.

 

JJN : Quelles qualités recherchez-vous dans un texte ? Doit-il se raccrocher à un thème et acceptez-vous des textes théoriques ?

ChT : Le traitement de texte, par sa facilité, suscite les vocations littéraires... Il n’est que de voir le nombre de textes qui arrivent par la poste ou par courriel. Dans les Salons, on repère l’auteur potentiel à plusieurs mètres – lire, à ce sujet, Lettre d’un éditeur de poésie à un poète en quête d’éditeur (Ginkgo éd., 2006)... Certains ne s’intéressent même pas aux revues dans lesquelles ils veulent être publiés.

Et, là comme ailleurs, il existe des plagiaires, des faiseurs. Nous recherchons une écriture, une voix originale, qui se tienne. Le thème, traité librement, est un fil rouge (double) qui permet de garder une cohérence au numéro, même si les variations sont multiples, comme en musique, avec ses temps de respiration (blancs).

Passage d’encres publie aussi des critiques ou des essais. Le dernier en date, « Du sein de la fiction », de Pierre Drogi (n° 27), a même inauguré le feuilleton littéraire dans la revue.

 

JJN : Comment diffusez-vous la revue ?

ChT : La revue est diffusée par CDE/Sodis et par les Editions La Dispute.

Les sites Internet – www.passagedencres.org et www.elvir.org (université de Poitiers) ou www.arsc.be (Association des revues scientifiques et culturelles) sont précieux pour des structures comme la nôtre.

 

JJN : Pourquoi ne publiez-vous pas de chroniques sur les livres et les revues ?

ChT : Il existe déjà beaucoup de chroniques... avec, parfois, des renvois d’ascenseur quand ce n’est pas du copinage : Je parle de ton livre, tu parles du mien, etc. Le milieu littéraire, comme d’autres, fonctionne généralement en bandes. Par ailleurs, il est évident que certains chroniqueurs ne lisent pas toutes les revues qu'ils citent. Je tiens un journal (pas un blog) en ligne, King-Gong/Infos, régulièrement réactualisé.
La publication en ligne est plus souple et moins coûteuse. Depuis un an, les numéros sont doubles (papier/virtuel) avec des contenus différents. Enfin, Passage d’encres, comme c’est souvent le cas, fonctionne avec une équipe de bénévoles qui disposent de peu de temps.

 

JJN : Le coût de réalisation d’une revue luxueuse et originale doit être élevé. Parvenez-vous à l’équilibre financier ? L’aide des organismes publics vous paraît-elle suffisante ?

ChT : Passage d’encres n’est pas une revue luxueuse (pas de papier glacé, peu de quadri, sauf exception). Même si elle coûte toujours cher à fabriquer , elle reste dans la moyenne. Disons qu’une personne, relayée par quelques collaborateurs et amis fidèles (le noyau dur) – cumule plusieurs fonctions  (au moins cinq).

Faire une revue sans grands moyens et sans être adossé à un éditeur requiert pas mal d’énergie. Jusqu’à ces dernières années, les revues et éditeurs en région étaient bien mieux lotis, financièrement parlant, que leurs confrères d’Ile-de-France, même si la subvention du CNL, quand elle est octroyée, est précieuse. Les pouvoirs publics sont conscients de la nécessité d’une véritable diversité culturelle, et particulièrement du rôle de l’édition et la librairie indépendantes, dont le travail de défrichage (œuvres ou lecteurs) est primordial. Ainsi, la région Ile-de-France a-t-elle annoncé des aides pour ce secteur et œuvre-t-elle en ce sens en regroupant plus d’une centaine d’éditeurs sur son stand au Salon du livre, avec un catalogue commun, et en créant, entre autres, un centre de ressources.

 

JJN : Répondez-vous aux envois de textes ? Quels conseils donneriez-vous aux jeunes auteurs désireux de publier ?

ChT : 1. Autant que faire se peut. 2. Lire et encore lire ; envoyer un manuscrit sans fautes de français.

 

 

***

 

medium_couverture_NULLES_PARTS_68.2.jpgFiche signalétique

Revue : Passage d’encres

Adresse : 16, rue de Paris, F-93230 Romainville

Tél. : (33-1) 48 43 22 23

Fax : (33-1) 48 43 22 23

Courriel : passagedencres@wanadoo.fr

Directrice de publication et directrice artistique : Christiane Tricoit

Rédactrice en chef : Christiane Tricoit*
*Ponctuellement, carte blanche à un membre du comité de rédaction autre que Ch. T.

Membres du comité de rédaction : Yves Boudier, Jean-Claude Montel, Frater Rodriguez, Christiane Tricoit

Année de création : 1996

Périodicité : quadrimestrielle

Nombre de pages : une centaine en moyenne

Impression : offset

Format : 24 x 27,5 cm

Brochage : dos carré collé

Couverture (noir, quadri…) : variable

Illustrations : oui

Photos : oui

N° ISSN : 1271-0040

N° CPPAP :

Prix au numéro : 20 €

Prix de l’abonnement : 55 € (3 numéros)

ou 100 € (Collector : 3 numéros + 3 estampes numérotées et signées)

Tirage : de 500 à 700 ex.

Nombre d’abonnés : une centaine

Diffuseur : CDE/Sodis par La Dispute

 

samedi, 17 février 2007

La Petite Revue de l'Indiscipline

Christian Moncel, sur le blog qu’il consacre à sa publication La Petite Revue de l’Indiscipline, évoque le souvenir de la revue Casse, disparue voici dix ans.


A la différence de Casse, La Petite Revue de l’Indiscipline dure et couvre maintenant deux siècles ! Les derniers numéros parus : Claudel récupérateur de Rimbaud ; Verlaine et Rimbaud ; un choix de poèmes de Gabriel Le Gal. Sur 13 ans d'existence, on retrouve une grande unité de ton et une constance de pensée (pensée à laquelle j'ai parfois du mal à adhérer : vénération pour Rimbaud, détestation du catholicisme...) Mais la machine intellectuelle est rigoureuse et efficace.


Voici l’article que j’avais consacré il y a déjà quelques années à cette publication, dans le magazine Ecrire & Editer :


Depuis 1993, dans son coin lyonnais [aujourd’hui déménagé à Charlieu, dans la Loire], paraît deux à trois fois par an, au gré des envies et du temps libre de Christian Moncel, La Petite Revue de l’Indiscipline. On est d’abord frappé, séduit par le titre. Un titre assez génial, et qui n’est pas gratuit, puisque le contenu lui correspond. Une revue petite par la taille, d’une présentation modeste (refusant tout effet), mais un de ces rares lieux où l’esprit souffle dans une liberté salubre et revigorante. La PRI n’est pas une revue purement littéraire mais « traite de littérature, de poésie, d’antipublicité et de bien d’autres choses ». En témoignent des numéros sur la Guerre d’Algérie, la critique littéraire, l’art contemporain. Mais l’animateur se recentre actuellement sur la littérature et le dernier numéro paru est consacré à l’une de ses grandes passions : Fernando Pessoa. A l’instar du poète de Lisbonne, Moncel se veut d’ailleurs inventeur de destins et au fil des pages, des chroniqueurs imaginaires et hétéronymes se mêlent à des chroniqueurs bien réels, jusqu’au vertige.

D’une grande rigueur de langue et de pensée, libertaire et austère, sobre et intransigeante, la revue sait associer art, culture et intelligence. L’abonnement relève d’un mode original : 17 € pour 20 unités, l’unité étant le numéro simple, mais les numéros récents souvent des quadruples ! Un peu complexe, mais n’ayez crainte, le rapport qualité/prix est excellent. Goûtez ces germes de lucidité. Vous n’y perdrez que des illusions. L’indiscipline a encore de beaux jours devant elle.

 

Christian Moncel, La Petite Revue de l’Indiscipline, B.P. 124, 42190 Charlieu. http://indiscipline.hautetfort.com


dimanche, 10 décembre 2006

Revue de détail n° 6

(Ces chroniques sont parues dans La Presse Littéraire n° 7.)

 

L’ATELIER DU ROMAN n° 45

medium_ADR45.jpgFondée en 1993, cette revue trimestrielle, « intercontinentale», est désormais le fruit d’une collaboration entre les éditions parisiennes Flammarion et les éditions du Boréal à Montréal ; elle est diffusée dans une trentaine de pays. Exclusivement consacrée au roman, et faite principalement – c’est son originalité – par les romanciers eux-mêmes (et pas seulement par les critiques), elle part de la conviction que la parole de l’artiste est plus intéressante que celle des soi-disant spécialistes. Ses buts affichés : promouvoir un dialogue esthétique libre et indépendant, réagir à la sécheresse universitaire et, surtout, à la transformation des livres en produits saisonniers. Les plus grands écrivains contemporains ont collaboré à L’Atelier du roman : Milan Kundera, Günter Grass, Jose Saramago, Philippe Muray, Michel Déon, Fernando Arrabal, Michel Houellebecq…, des auteurs du monde entier, ce qui évite de s’enfermer dans la problématique d’un seul pays ou d’un seul courant littéraire.

Si l’essentiel de ce numéro est consacré à un dossier central, « L’Europe du rire », avec notamment des contributions de Fernando Arrabal, Benoit Duteurtre, Lakis Proguidis, Dominique Noguez, Petr Kral, Ion Mihaileanu, l’intérêt de cette livraison réside aussi dans un entretien avec l’écrivain prix Nobel Kenzaburo Oe, et surtout dans deux contributions libres de François Ricard et du regretté Philippe Muray, qui nous livrent des textes humoristiques sur un même thème : la dictature exercée par certaines minorités, jadis combattues et réprimées, lesquelles, aujourd’hui triomphantes, veulent imposer leurs normes de pensée au reste du monde. Si la contribution de Ricard évoque « la souffrance millénaire des victimes de l’hétérophilie » dont le combat permet l’émergence de « toilettes antihétérosexistes », le texte de Muray, « Enculés et Enculées », brillant et hilarant, met en scène une demande d’interdiction d’un roman par les tenants d’un nouvel ordre moral qui dénoncent « une enculophobie, de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine » : « D’ores et déjà Pervenche Crevillard, qui représente les intérêts de la Ligue des Droits de l’Humaine, Gabriel Dieurendu, secrétaire général de l’OBM (Observatoire des Bons et des Méchants), ainsi que Louis Decobu, avocat du collectif de Défense de l'Autre, viennent de solliciter le ministère de l’Intérieur. »

Et pour ne pas perdre de vue l’humour, qui est un autre regard à juste distance, tous les numéros de la revue sont abondamment illustrés par les dessins humoristiques de Sempé.

 

L’Atelier du roman, éditions Flammarion, 87 quai Panhard-et-Levassor, 75647 Paris Cedex 13. 224 pages, 15 €.

 

 

TISSAGE n° 4

medium_tissage4_couv.2.jpgMélange de fictions, d’essais et de critiques, Tissage est une revue rare (en moyenne, un numéro par an) éditée par l’association Metis avec le soutien de l’université Paris-Sorbonne, du Centre national du livre (CNL) et du Centre national des œuvres universitaires (CNOUS).

Cette quatrième livraison est consacrée toute entière à l’un des événements les plus marquants de la France d’après-guerre : Mai 68. « Quoique persiste encore, au sujet de Mai 68, une bonne dose d’hystérie, nous avons fait un pari à contre-courant : celui de l’héritage critique. Nous sommes allés enquêter : entretiens, propos recueillis et analyses nous ont permis de mieux comprendre l’un des événements qui structurent l’imaginaire des Français. », précise l’éditorial. « Mai 68, Mitterrand et nous » ou l’échange entre trois générations. On y lit les analyses et les témoignages souvent inédits de quelques-uns des grands acteurs de cette période d’agitation (dont la plupart, s’ils n’ont pas gagné tous les pouvoirs, ont largement investi depuis les médias et l’Université) : Sollers, Scarpetta, Wallet, Compagnon, Miller, Messac, Raynaud. Une histoire plurielle et singulière de 68 se dégage de ces entretiens, où la nostalgie teintée d’autocritique des anciens acteurs se frotte à la distance de la nouvelle génération, ou plutôt des deux générations suivantes : complexe d’infériorité pour la première, distance critique pour la seconde. Jean-Vincent Holleindre le précise bien : « La génération des années 80, dite aussi « génération Mitterrand », au lieu de s’autoglorifier pratique l’autoflagellation. Comme si à la génération héroïque succédait une génération de benets et de pleutres. » La dernière génération semble enfin avoir perdu ses complexes : Anthony Dufraisse dans une bafouille à Sollers fait un « bref éloge du retrait ».

Ce faisceau de contributions dresse un portrait d’une époque et de ses références intellectuelles, que rappelle Antoine Compagnon : « Notre génération a eu ses maîtres à penser, ses Taine et Renan, ses Barrès, Maurras et Bergson : c’étaient Lacan, Foucault, Barthes, Derrida, avec toute l’ambiguïté qu’implique le maître à penser, à la fois libérateur et despote. » Souvent passionnant, fourmillant d’anecdotes, de révélations, ce dossier manque cependant d’une véritable critique du mouvement de mai 68, car son utopie a généré bien des erreurs d’appréciation dont notre société peine aujourd’hui à se débarrasser. Certes, Christophe Premat fait allusion à la position de Luc Ferry et d’Alain Renaut montrant comment « le prétendu humanisme de Mai 68 s’est inversé en un anti-humanisme favorisant l’émergence d’une société de consommation », il n’empêche, c’est un peu court, l’interview prévue mais non réalisée de Denis Tillinac aurait constitué un excellent contrepoint.

 

Tissage, Mètis, 68 rue de l’Aqueduc, 75010 Paris. 192 pages, 10 €. www.publicmetis.org

 

 

INCULTE n° 9

medium_inculte8.jpgRevue littéraire et philosophique, à mi-chemin entre la revue et le magazine, Inculte (dont le comité de rédaction comprend notamment François Bégaudeau et Olivier Rohe) propose tous les deux mois un large panorama sur la littérature et la pensée contemporaines à travers un long entretien, des interventions d’écrivains, un dossier complet et des notes de lecture. On est d’abord séduit par son aspect : format très original, beau petit livre de poche 17 x 11 cm, la contrepartie est le très petit corps de caractère, réservé aux lecteurs aux yeux perçants !

Parmi les dossiers récemment traités : le ressentiment ; la récupération ; Mamans, putains et autres. Dans ce dernier, une contribution de Hélène Gaudy évoque en parallèle la vie de Griselidis Réal et le superbe film de Stephen Daldry, The Hours, subtile fiction entrecroisée où une femme au foyer, lectrice de Mrs Dalloway de Virgina Woolf, rate son suicide. « Et c’est son fils qui terminera à sa place le processus d’autodestruction. Atteint du même mal que sa mère sans doute, mélancolie chronique aggravée par l’abandon, c’est lui qui passe à l’acte ; lui et pas elle. Est-ce parce qu’une femme, dans l’Amérique des années cinquante en tout cas, ne serait même pas capable de se détruire elle-même ? Parce qu’au-delà de sa maison, cette sacro-sainte maison qu’elle se sera efforcée en vain de tenir, elle n’aurait plus de possibilité d’existence, ni même de non existence volontaire ? » Inculte republie des textes introuvables : « Cieux brûlants idiot » de William S. Burroughs, « Pour Denise » de Michel Butor. Quelques rares fictions complètent cette revue de grande tenue.

 

Inculte, 10 rue Oberkampf, 75011 Paris. 130 pages, 6 €. www.inculte.fr

 

jeudi, 12 octobre 2006

Renaissance de La Soeur de l'Ange

medium_a_quoi_bon_dieu.jpgLes éditions Le Grand Souffle ont eu l’heureuse initiative de faire renaître la revue La Sœur de l’Ange dont le 4ème numéro a pour thème : « A quoi bon Dieu ? ».
« Contribuer à la résurrection de la revue La Sœur de l’Ange, prématurément disparue suite au dépôt de bilan de son précédent éditeur « A Contrario », l’année dernière, c’est faire renaître une aventure intellectuelle et humaine indispensable à la vie culturelle menacée de notre temps. En philosophie comme en littérature, contre la culture du consensus et l’idéologie molle du spectre démocratique, La Sœur de l’Ange allume le feu de la vie ascendante en rappelant la vertu de la confrontation créatrice. « Que chacun sache en quoi il n’est pas d’accord avec l’autre » est l’une des conditions pour qu’un parlement textuel se rende capable d’ouvrir de nouveaux horizons. Chantier intérieur, château ouvert, « cet espace est celui d’une démocratie réelle, celui où chaque pensée est libre d’exister en relation, même conflictuelle, avec l’altérité. Aucun autre espace ne nous intéresse ».
Au sommaire :
Guy Debord, Didier Bazy, Andrée Chédid, Alexandre Vialatte, Alain Jugnon, Falk van Gaver, André Chouraqui, Philippe Corcuff, Yannis Constantinidès, Ludwig Feuerbach, Michel Crépu, Jean Luc Moreau parmi bien d’autres contributions et des lettres inédites d’André Rolland de Renéville, René Daumal et Roger Gilbert-Lecomte.

La Sœur de l’Ange
Revue semestrielle de philosophie et littérature
n° 4 : À quoi bon Dieu ?
ISBN 10 : 2-916492-07-0
Prix : 18,50 euros
 
Site de l'éditeur :  http://www.legrandsouffle.com/

mardi, 05 septembre 2006

Revue de détail n° 5

(Cette chronique est parue dans La presse Littéraire n° 6 )

 

BREVES n° 76 et 77

medium_breves.jpgDepuis la disparition du magazine Nouvelle Donne, Brèves reste en France la seule revue consacrée à la nouvelle qui bénéficie d’une véritable diffusion, puisqu’elle est distribuée en librairies par Dif’Pop. Elle se veut à la fois une anthologie permanente de la nouvelle et le reflet de son actualité. Son exceptionnelle longévité est le signe de sa qualité constante et du dynamisme de ses animateurs, Martine et Daniel Delort.

Le n° 76, entièrement consacré à la Norvège, à ses nouvellistes, fait partie de ces numéros spéciaux sur un seul pays (Chicanos d’origine mexicaine, Bulgarie..). On y découvre entre autres Laila Stien, Roy Jacobsen, Liv Koltzow et on apprend qu’il existe trois langues en Norvège : le bokmal, langue citadine fortement influencé par le danois, le nynorsk ou néo-norvégien fondé sur les dialectes locaux et parlé dans la plus grande partie du pays, le sami parlé par les Lapons. Sans compter l’anglais, présent quotidiennement dans la vie des Norvégiens. Cette livraison donne vraiment envie d’aller à la rencontre de ce pays indépendant depuis 1905 et dont la littérature reste dominée par la stature du dramaturge Henrik Ibsen.

Le n° 77 comprend un dossier spécial Sepulveda. Homme « engagé » qui écrit pour témoigner des périodes troubles de notre histoire, pour ne pas oublier, mais aussi parce que la langue est sa patrie, Luis Sepulveda ouvre ici « le plus infini des horizons : celui de la créativité littéraire ». Dans un entretien avec Boris Beyssi, il s’explique à l’occasion de la sortie de son dernier livre « Une sale histoire ». Sa déclaration sur l’engagement - même si on la comprend au regard des épreuves vécues par le Chili - peut être largement contestée : « On a d’abord des devoirs civils avant d’avoir des devoirs littéraires. C’est l’homme avant l’écrivain. Pour moi, ce qui est important, c’est que l’écrivain comprenne qu’il est d’abord un citoyen. » On pourrait lui opposer que l’écrivain, en guerre d’abord contre lui-même, mène un combat purement littéraire qui excède la politique.

Brèves comprend aussi une rubrique d’actualité critique « Pas de roman, bonne nouvelle ! », sur les derniers recueils de nouvelles parus, et des informations sur la vie littéraire. Un mini-dossier est consacré à l’aventure de Lekti-écriture et à une interview de son fondateur par Blandine Longre. Lekti-écriture, (www.lekti-ecriture.com) fondée en 2003 par Joël Faucilhon, propose des espaces aux éditeurs indépendants francophones : près d’une trentaine - dont l’Atelier du gué - sont aujourd’hui regroupés en collectif autour de Lekti, une démarche leur permettant de défendre leur travail de découvreurs et de passeurs, de mieux communiquer autour de leurs parutions et de leurs catalogues et de promouvoir ces derniers auprès du grand public (et pas seulement auprès de petits cercles de lecteurs déjà conquis). Lekti vient récemment de mettre en place sur son site un module commercial sécurisé qui devrait permettre aux lecteurs potentiels de commander les ouvrages proposés par les éditeurs membres (plus d’un millier de titres) auprès de la librairie indépendante Clair-Obscur à Albi ; Internet permet ainsi de contourner les difficultés actuelles de diffusion des petits éditeurs en librairies. L’expérience dira si ce n’est qu’un site marchand de plus, perdu dans la masse de l’Internet, ou si le bénéfice est réel en termes de visibilité pour les petits éditeurs.

Des auteurs français (Hélène Duffau, Philippe Saulle, Claire Julier, Jean Guiloineau, Jacques Bruyère) complètent cette livraison. Dommage que Brèves, ouverte sur l’international et le présent, n’explore pas aussi les auteurs méconnus de notre patrimoine (sauf une rubrique « Relire » assez rare et mince qui nous a fait redécouvrir Jean Richepin, par exemple) ; j’eus aimé découvrir ainsi par eux l’une des « histoires désobligeantes » de Léon Bloy.

Les éditions de l’Atelier publient depuis 1975 des recueils et des essais, dont un domaine important de littérature étrangère, notamment irakienne et mexicaine.

Brèves, Atelier du gué éditeur, 1 rue du Village, 11300 Villelongue d’Aude. 140 pages. 12 €. Diffusion en librairies Dif’Pop. www.atelierdugue.com

 

 

VOIX D’ENCRE n° 34

medium_voixencre.jpgSous une couverture originale bleu sombre et argent, cette revue semestrielle propose aux poètes français et étrangers un espace typographique ouvert à la création d’aujourd’hui, en vers ou en prose. Elle dépend de la maison d’édition Voix d’encre, animée par Alain Blanc, qui publie des recueils de poésie (notamment d’Alain Borne, une grande voix trop méconnue) et de nouvelles. Avec cette belle profession de foi : « Publiant, nous donnons à lire ce que nous aurions tant voulu écrire, ce qui se glisse jusqu’aux nappes profondes de notre être ; publiant, ce sont mille et mille miroirs que nous tendons. »

Denis Langlois nous livre ses aphorismes et pensées : « Il est heureux que Jésus soit mort jeune. Il aurait été capable de fonder une Eglise. » ; « Se demander ce qui aurait changé si l’on n’était pas né. Réfléchir longuement. Conclure que le supermarché du coin aurait eu un chiffre d’affaire légèrement inférieur. » On le voit, l’humour n’est pas absent, contrairement à d’autres revues poétiques qui cultivent l’austérité. Il voisine avec une poésie rigoureuse (Catherine Baptiste, Emmanuelle Rodrigues, Jean-François Perrin, Laurent Contamin, Pavie Zygas, Elaèle Monvalezan) que la mise en pages élégante et aérée met particulièrement en valeur. De belles photos de Philippe Thomassin occupent un cahier central « Le calcul, l’imprévu, l’irréel ». Au service de « l’utopie concrète », cette maison fondée en 1990 permet aux créateurs de dialoguer dans des livres à trois voix, celles de l’artiste et du poète, celle de l’éditeur.

 

Voix d’encre, B.P. 83, 26202 Montélimar Cedex. 64 pages, 10 €.