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samedi, 17 mai 2008

Quelques revues littéraires...

(Voici trois chroniques que j'avais composées il y a plus d'un an pour le numéro 22 du magazine Salmigondis, mais celui-ci n'est jamais paru. Je les mets donc en ligne avant qu'elles ne soient trop périmées...)

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L’ANACOLUTHE n° 12 (Le Roc du cavalier, 12430 Ayssènes). 6 €. Abonnement 2 n°s 11 €.  http://lanacoluthe.user.fr

Cette « revue littéraire de création » prend son temps, va à son rythme. Créée en 1992, elle sort seulement son 12e numéro en 2006 : « Comme d’habitude L’Anacoluthe se fait attendre. C’est ainsi. Mais l’important n’est-il pas de durer ? Et puis la lenteur, n’est-ce pas le propre de la littérature de création ? Lente à écrire, lente à lire, lente à diffuser, elle passe dans le public comme à travers un filtre très fin. »

Nouvelles, réflexions, extraits de romans, poèmes, poésie en prose, textes courts… L’Anacoluthe aime la recherche, mais pas le recherché, préférant la simplicité de ton et l’originalité du style. Michel Gremeaux anime ce beau lieu (impression en Garamond sur papier vélin ou vergé, ici sur Centaure offset 120 g ivoire) qui reçoit pour cette livraison Régine Detambel, Cécile Graindorge, Pascale Petit, Luc Louwette, Estelle Folscheid, Lionel Pfister. Tableaux et dessins accompagnent ces textes d’une bonne tenue, subtils, délicats et charmeurs, magnifiquement mis en valeur par la typographie et le support. Cette réussite illustre l'originalité irréductible de la revue papier et la nécessité de sa survivance, la littérature gagnant à être lue ainsi matérialisée plutôt que sur l’écran de la revue virtuelle.

 

LE JETE DU MATIN n° 9, (Jan Bardeau, 67 rue Berbisey, 21000 Dijon). Gratuit.

Publication de l’association Cachouz Product, Le Jeté du Matin renaît de ses cendres et entame sa troisième formule (lancé une première fois en 1995, jeté aux orties en 96, relancé en 2001 puis rejeté), sous la forme d’un fanzine trimestriel aux pages grisées. Pourquoi revenir ? Par nécessité : « Face à la médiocrité des publications actuelles, il fallait que brillent à nouveau l’étoile du talent et la fureur de la création. » ! On retrouve l’humour de Jan Bardeau, qui pose en 2e de couv’ dans le rôle de Jean-Gaston Sacquavaing, maire de Cachow-City et gouverneur de la vallée de la Cachouzienne ! Bandes dessinées, jeux, nouvelles du terroir délirantes, petits textes fantaisistes (dont une histoire de « Tête de cochon » illustrée d’une véritable tête de cochon photographiée à la cuisine, à la salle de bains, dans le salon) voisinent sans esprit de sérieux. « La rédaction est totalement solidaire des propos tenus par les auteurs, quoiqu’elle reconnaisse que certains ne devraient plus circuler en liberté depuis longtemps, et que les autres, s’ils ne sont pas irrémédiablement crétins, sont alcooliques. » Vous voilà prévenus !

 

ICIELA, iciélà n° 3 (La Maison de la Poésie, 10 place Pierre Bérégovoy, 78280 Guyancourt). 10 €.

Sous l’enseigne de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, où Roland Nadaus occupe des fonctions électives, paraît cette revue belle et luxueuse, et néanmoins pleine et passionnante. Dans l’édito, Marc Gial-Miniet précise : « On demande à l’art un moyen d’évasion… Et bien non ! ! Surtout pas ! ! L’art doit rendre visible ce qui ne l’est pas, et il ne doit pas masquer justement ce qui fait mal. Il doit rendre à tous une meilleure lisibilité du monde dans ses beautés comme dans ses horreurs. »

Un dossier sur la poésie québécoise d’expression française, un entretien avec Eugène Savitzkaya, à l’occasion de la remise du prix des Découvreurs en 2004 pour « Exquise Louise », et des textes et poèmes d’Albane Gellé, Gabriel Lalonde (Le plus beau poème/ c’est celui que je n’ai pas encore écrit/ Le plus beau poème/ c’est celui que peut-être je n’écrirai jamais). La revue rend un hommage à Jacques Simonomis, poète et revuiste (Le Cri d’Os) mort à 64 ans, le petit dossier comprend des poèmes de cet auteur, un texte fraternel de Roland Nadaus, « J.S. ne nous a pas quittés », et une photo belle et émouvante de Jacques, portrait empreint de sa bonhomie et de son humanité. L’allée qui longe la Maison de la Poésie à Guyancourt porte désormais son nom.

 

samedi, 08 mars 2008

Revue de détail n° 11

(Ces chroniques sont parues dans La Presse Littéraire n° 12.)

 

 

HARFANG n° 31

Constance, rigueur et fidélité : telles sont les qualités qui animent cette revue de nouvelles depuis l’origine. Près de 300 nouvelles de 220 auteurs publiées en 15 ans, voilà qui atteste du beau travail de déchiffreur et de passeur que peut revendiquer Harfang, animée par Joël Glaziou et éditée par l’association Nouvelles R. Le numéro 31 publie des nouvelles de Patricia Chauvin-Glonneau, Annick Demouzon, Dany Grard, Ghyslaine Le Dizès, (chaque auteur étant présenté avec force détails bibliographiques) et présente un dossier « Georges-Olivier Châteaureynaud ». Au moment où cet auteur publie son nouveau roman « L’autre rive », somme aboutie de son œuvre, nourrie de toutes les nouvelles précédemment publiées, Harfang lui donne la parole sur son travail de nouvelliste et de romancier et sur sa conception du fantastique. Châteaureynaud définit d’abord les genres : « La nouvelle s’écrit dans l’évitement, dans le refus – non, on n’écrira pas ça, ni ça, ni ça, parce qu’on s’éloignerait du sujet. En revanche le roman accueille a priori tout ce qui se présente à l’esprit de l’auteur – quitte à faire le tri ensuite. Au roman tout fait ventre, à la nouvelle tout fait bosse. », puis précise ce qui l’unit aux membres du groupe informel « Nouvelle Fiction » : « un certain sentiment de la littérature, et au-delà d’une conception de la fiction, la conviction que l’imagination en est le vrai moteur, qu’il n’y a de sage et de sagace en nous que la folle du logis ». Suit une nouvelle inédite de cet auteur, et deux articles critiques sur son dernier roman.

En partenariat avec la ville d’Angers, la revue organise tous les deux ans un concours de nouvelles qui a pour but de récompenser et diffuser un recueil inédit d’un auteur contemporain. L’intérêt de ce concours est que le lauréat voit son recueil publié par les éditions Siloë. Une autre façon pour les responsables de cette revue à l’enseigne de la chouette blanche (« harfang ») de contribuer au mouvement de réhabilitation et de promotion de la nouvelle, un mouvement patient, têtu, entamé depuis au moins deux décennies et qui commence à porter ses fruits, puisqu’il existe désormais des best-sellers de ce genre (Gavalda, Quin, Pavloff…), la bourse Goncourt de la nouvelle, et des espaces qui s’ouvrent pour les nouvellistes dans la grande presse et les magazines.

 

Harfang, 13 bis, avenue Vauban, 49000 Angers. 110 pages, 12 €.

 

POESIE PREMIERE n° 39

Les revues de poésie souffrent en général d’une diffusion restreinte et d’une présentation sommaire. Il faut reconnaître à Poésie/première, revue fondée par Robert Dadillon et pilotée depuis quelques années par Emmanuel Hiriart, le mérite d’avoir su réunir un fond riche et une forme impeccable. Dotée d’un solide comité de rédaction, elle propose trois fois par an des dossiers de fond (Lionel Ray dans ce numéro, qui donne de nombreux poèmes inédits), elle présente nombre de poètes étrangers (un choix de poèmes d’Alan Sillitoe, plus connu comme romancier, avec « Samedi soir, dimanche matin » ou « La solitude du coureur de fond », traduit par Michèle Duclos), des entretiens et des études. Outre les deux auteurs précités, Ernest Pépin, Sali Bashota, Geneviève Roch, Ariane Dreyfus figurent au sommaire. Ce numéro se veut et se titre un « Eloge de l’autre », comme l’indique Emmanuel Hiriart dans son édito : « Poésie/première a décidé d’accompagner plusieurs poètes dans leurs traversées, quêtes ou déracinements, à la rencontre de l’altérité…  C’est en rencontrant l’autre en lui-même, en traversant l’espace intérieur jusqu’à ses plus lointains continents que le poète se découvre étrangement universel. » Cette revue de poésie publie à chaque numéro une nouvelle (Florence Ride), montrant ainsi son ouverture à un autre genre, et offre d’abondantes notes de lecture.

Poésie première, Maison Allegera, Lot. Ibai Ondoa, 64220 Ispoure. 112 pages, 12 €. http://poesiepremiere.free.fr

 

LA PETITE REVUE DE L’INDISCIPLINE n° 165

Une « revuette », comme la nomme avec modestie le secrétaire de rédaction Christian Moncel, mais qui s’impose par sa constance infatigable et par la qualité de sa pensée. Après s’être intéressée à des sujets extra-littéraires (l’anti-publicité, l’art moderne), elle se consacre à ses auteurs de prédilection, Baudelaire, Pessoa et Rimbaud. Les derniers numéros 161 et 165 s’intitulent « Rimbaud : des secrets pour changer la vie ? » et rassemblent des textes de Maurice Hénaud. Sa thèse est originale, surprenante (Rimbaud est pour lui le successeur de Voltaire) mais intéressante et argumentée. « Le renoncement à la crédulité et à la religion, le progrès des sciences et de la philosophie, la marche des peuples, les tyrans mis en fuite, le travail humain, le développement et la mise en œuvre de toutes les facultés humaines, le renoncement au mensonge et à l’erreur, la recherche de l’amour vrai, la poursuite de la vérité, voilà de vrais moyens et de vrais secrets pour, dans une certaine mesure, changer la vie. » De beaux poèmes d’Anne-Lise Blanchard et de Gabriel Le Gal complètent ce numéro.

 

La petite revue de l’indiscipline, B.P. 124, 42190 Charlieu. 40 pages, 3, 40 €. http://indiscipline.hautetfort.com

 

jeudi, 24 janvier 2008

Mercure, une nouvelle revue

Naissance d'une nouvelle revue, dirigée par Anthony Dufraisse : Mercure, les médias autrement.

(Je lui consacrerai prochainement une chronique dans La Presse Littéraire.)

 

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Sommaire :

POSITIONS
Christian Ruby, Vladimir Bertrand : Qu’est-ce qui nous regarde ? (I)
Jacques Attali : Penser labyrinthe.
Manuel de Dieguez : Internet et la nouvelle élite mondiale.
Claude Régy : Des médias au médiat.
Didier Nordon : L’information est une désinformation.
Vangelis Athanassopoulos : Notes sur l’artiste médiatique.

SITUATIONS
Fatima Ait Bounoua : Beurettes sur le net.
Rodolphe Adam : Malaise dans l’e-culture.
Daniel Sibony : Les enfants devant la télé.
Cyril Thomas, entretien avec Agnès de Cayeux : Expériences d’intrusion.

RADIOGRAPHIE
Gil Jouanard : Radio, art de l’intime.
Olivier Pascault : Émission(s) philosophique(s), suivi de : Jaspers, Adorno, Anders... Des philosophes allemands sur les ondes.

FIGURES LIBRES
Franck Derex : Dernière édition de l’homme.
Jacques Rigaud : Monsieur l’Intran.
Christian Cottet-Emard : Souvenirs d’un localier.

Abonnement à MERCURE :
Mercure paraît quatre fois par an. Pour toute correspondance : revuemercure@free.fr
Abonnement pour 1 an (4 numéros) : 35 euros.

Abonnement de soutien : montant libre.
Prix d’un numéro : 10 euros.
Règlements à établir par chèque à l’ordre de l’Association Mercure et à adresser à Anthony Dufraisse, 14 avenue Foch, 95100 Argenteuil.

 

mercredi, 05 décembre 2007

Revue de détail n° 10

(Ces chroniques sont parues dans La Presse Littéraire n° 11)

 

CODEX ATLANTICUS n° 16

586e6d3fd14608d8104fff69327b00b8.gif« Le Codex Atlanticus paraît théoriquement une fois l’an, au solstice d’été, quand tout va bien. » Après être passée par différentes présentations et avoir connu des périodicités très diverses, la revue animée par Philippe Gindre est désormais devenue une anthologie fantastique annuelle. Des auteurs contemporains, des nouvelles courtes et, chaque fois, un ou deux textes d’auteurs anciens, oubliés ou méconnus car l’oubli ne doit pas être une sorte de sanction, et le passé contient des trésors à exhumer.

On retrouvera entre autres dans cette 16e livraison Philippe Gontier, Timothée Rey, Kevan Stevens, Sylvie Huguet, Léonor Lara, l’espagnol Santiago Eximeno, et en invités du passé, Maurice Level et Charles Asselineau, ce dernier resté principalement dans la mémoire littéraire pour son amitié avec Baudelaire. Les illustration sont signées Dominique Laronde, Ferran Clavero, Philippe Gontier et Daria Bianchi.

L’éditeur de cette belle revue, qui allie la qualité des textes et des dessins et le soin apporté à la réalisation, est la Clé d’Argent, association créée en 1987. Celle-ci doit son nom à une nouvelle de l’écrivain américain Lovecraft, ce qui, pour les fondateurs Philippe Gindre et Philippe Dougnier, est une manière de rendre hommage à ce personnage littéraire hors normes et d’indiquer que c’est la littérature fantastique au sens large qui les intéresse. Ni l’horreur purement physique, ni le merveilleux ou l’imaginaire pur, mais tout ce qui se trouve à mi-chemin, tout ce qui bouleverse subtilement le réel, ou notre perception du réel.

La Clé d’Argent publie également des auteurs classiques et contemporains du fantastique, des essais, et deux collections d’ouvrages populaires Ténèbres & Cie, et Le Club Diogène. Son site internet vaut le détour, il est riche, agréable, bien structuré, et surtout il permet aux visiteurs acheteurs de commander directement et de payer en ligne grâce au système PayPal, une manière de compenser l’absence de diffusion en librairies. Car, dit Gindre, « Combien de petits éditeurs se sont effondrés financièrement ces dernières années pour avoir voulu à tout prix se faire diffuser par les réseaux classiques ? » Mais depuis 20 ans, l’affaire tourne, à son rythme. « Jusqu’à présent nos livres ont toujours fini par trouver leurs lecteurs, c’est l’essentiel. »

 

Codex Atlanticus, La Clé d’Argent éditeur, 22 avenue Pompidou, 39100 Dole. 80 pages, 10 €.

www.codex-atlanticus.org

 

 

CONTRELITTERATURE n° 19

 

f371b919f12a0dcb35f8f118a34a762e.jpg« Non pas une littérature contraire, mais le contraire de la littérature » est-il précisé en sous-titre de cette revue qui s’inspire du mot de Joseph de Maistre : « Le rétablissement de la monarchie, qu’on appelle contre-révolution, ne sera point une révolution contraire, mais le contraire de la révolution. » Sur le thème du « Théâtre du Verbe », ce numéro 19 met en scène Antonin Artaud, Valère Novarina, Malcolm de Chazal, Roberto de Simone, Fabrice Hadjadj, Henry le Bal. Suit un dossier poésie consacré à Patrice de la Tour du Pin, une étude sur la musique de Philip Glass et les actes de la journée Talvera du 9 décembre 2006.

Alain Santacreu opère le rapprochement Novalis/Novarina en nous rappelant d’abord le texte fondamental et énigmatique de Novalis, écrit en 1798, « Le monologue » : « C’est une drôle de chose que de parler et d’écrire ; la vraie conversation, le dialogue authentique est un pur jeu de mots. Tout bonnement ahurissante est l’erreur ridicule des gens qui se figurent parler pour les choses elles-mêmes. » Novarina, l’un des dramaturges les plus novateurs du théâtre contemporain avec une vingtaine de pièces, affirme parallèlement qu’écrire est une « cure d’idiotie » et cherche le moment « où la parole a lieu toute seule ». Françoise Bonardel livre un article intéressant sur Antonin Artaud et la tragédie du Verbe : « Artaud aurait-il intenté au langage un si virulent procès s’il n’avait été assuré de l’existence d’un autre langage, plus organique d’ailleurs que verbal ? »

Définissant la « contrelittérature », Alain Santacreu précise qu’elle n’est pas un mouvement artistique mais un état d’esprit à la fois réactif et progressiste : « Réactif, parce qu’il repose sur une anthropologie ternaire fondamentale qui inclut le spirituel dans l’homme ; et progressiste, parce qu’il se fonde sur une positivité du temps ». Pour les tenants du Manifeste Contrelittéraire, qui veulent se situer dans une « écologie de l’esprit », la littérature est apparue au 18e siècle et correspond à l’émergence de l’esprit philosophique de la modernité ; elle fut le choc en retour du rejet de la dimension mystique par le christianisme occidental, et se caractérise aujourd’hui par la littérature du moi, la platitude narcissique et le nombrilisme des egobiographies. La contrelittérature veut réintroduire la mystique dans l’œuvre artistique, renouer avec la tradition du Livre et une antériorité oubliée. En théâtre, elle cherche un dépassement du spectacle et des simulacres de l’acteur, le corps du spectateur devenant le lieu dramaturgique de la dépossession, et se réclame des principes d’Antonin Artaud. L’action créatrice est donnée à l’homme, comme par surcroît, après effacement de son ego.

Même si sa vision peut paraître radicale, cette revue ambitieuse, exigeante, ouvre des chantiers de réflexion passionnants en convoquant de grands noms de la littérature et de la pensée.

 

Contrelittérature, L’Ancien Presbytère, 28170 Saint-Ange. 44 pages, 6 €. http://talvera.hautetfort.com

 

samedi, 13 octobre 2007

Le site de La Presse Littéraire

Joseph Vebret vient d'ouvrir le site de La Presse Littéraire.

"Quant aux auteurs de la revue, que forment-ils ? Un groupe, un cercle, une bande, un réseau ? On pourrait parler de mouvance ; Gide préférait le mot « circuit » qui suggère bien l’existence de cercles concentriques et communiquant.
La presse Littéraire entend modestement, et à son niveau, se positionner comme un lieu de passages et de convergences, voire même de divergences profondes. Elle se revendique ouverte, tolérante, nécessairement subjective, passionnée, sans ligne préétablie et sclérosante, mais avec une ambition : donner à voir et à penser."

 

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dimanche, 09 septembre 2007

Revue de détail n° 9

(Ces chroniques sont parues dans La Presse Littéraire n° 10) 

 

e42aa35a344ec5b037d9e6ee13cedb53.jpgCARBONE n° 1 et n° 2

Les éditions Le Mort-Qui-Trompe, parallèlement à leurs ouvrages, publient Carbone, une revue pluridisciplinaire au petit format poche, agréablement mise en pages, et dirigée par Axelle Felgine. Carbone se définit comme une « revue d’histoire potentielle, pour animer le souffle des futurs possibles, pour sonder le réel à la lumière de ses récits ». Espace de réflexion et de création, elle réunit trois fois par an des artistes, des écrivains et des penseurs de tous horizons pour offrir un regard original sur de grandes problématiques contemporaines. Chaque numéro s’ouvre sur un entretien, puis rassemble récits et textes critiques sur un même thème, créant des passerelles entre les genres.

Le numéro 1, consacré au thème de l’Esclave, démarre très fort par une rencontre avec Juan Asensio, le créateur du site « Stalker, Dissection du cadavre de la littérature », que Laurent Schang présente ainsi : « Grand contempteur du cirque médiatico-littéraire devant l’Eternel, Juan étrille ou encense, vitupère ou porte aux nues, éreinte ou étreint. Au risque, assumé, de verser parfois dans l’outrance verbale, lorsque par exemple il s’en prend à la personne plutôt qu’à l’écrivain. Les livres sont sa religion et sa foi a l’ardeur des fanatiques. » Le tenancier de « Stalker» (http://stalker.hautetfort.com), site devenant au fil du temps une impressionnante base de connaissances et de critiques alimentée par Asensio et ses invités, nous entretient, avec sa passion érudite et éclairée, de ses auteurs de prédilection : Bernanos, Bloy, Gadenne, Conrad, Faulkner, Broch, Sabato… et redonne ses lettres de noblesse à la fonction critique : « Un critique est d’abord un filtre, c’est là son office, complétant la mission de vigie que Sainte-Beuve lui avait assignée. »

Le numéro 2 s’organise autour du thème de la fin (fin du monde, fin de civilisation, fin de vie, fin de partie, fin de l’histoire…) et s’ouvre par un entretien avec Jean-Pierre Andrevon, figure phare de la littérature de science-fiction française, mais aussi peintre, dessinateur et compositeur : « Peu importe que l’homme disparaisse, tant que la Terre demeure ». L’auteur de « Le Monde enfin » parle des espèces qui ont disparu, bientôt, sur cette fâcheuse lancée, d’autres disparaîtront. « Pourquoi pas l’Homme ? Nous sommes des animaux comme les autres, accrochés à la branche ultime. Elle est fragile, du fait même de notre propre poids. »

Lucien Suel, Jean-Claude Tardif, Marc Alpozzo, Hélèna de Angelis, entre autres participants, apportent leur concours à cette entreprise prometteuse.

 

Carbone, 1 chemin de la Pelouse, 54136 Bouxières-aux-Dames. 128 pages, 8 €. www.le-mort-qui-trompe.fr

 

 

LE CANARD EN PLASTIC n° 2

Semestrielle, cette « petite revue de littératures et d’images » a belle allure, sous sa couverture pimpante colorée ocre et bleu, et son logo rigolo de canard. Elle s’ouvre en fanfare par l’édito d’Edith (référence involontaire à feue la revue Casse dont l’intro était signée Edith O. ?) Elle met en scène des auteurs reconnus et publiés chez de grands éditeurs (Pierre Autin-Grenier, Jacques Gélat, Georges Picard) et de jeunes auteurs en devenir, « plus verts, ayant peu ou n’ayant jamais rien publié » (Allain Robert, Jean-Michel Binsse, Gustave Shadek, Thomas Leclere). Entre chacune de leurs contributions, on retrouve les élégants dessins de rues de Rozenn Brécard, ce qui donne une unité à l’ensemble. « Rozenn Brécard n’est pas née à Paris en 1972. Elle n’est ni tout à fait gauchère, ni tout à fait droitière. Elle n’est pas non plus tout à fait ambidextre et s’est mise à dessiner pour des raisons pratiques indépendantes de sa volonté. » Toutes les petites notices bio-biblio sont du même tonneau, privilégiant l’humour et le recul. Une revue qui ne se prend pas au sérieux, mais dont le projet éminemment sérieux, solide et à suivre, est ainsi défini sur son site internet : « Sans vouloir faire chapelle : une littérature généreuse et cultivant volontiers le décalage, une littérature un peu drôle, un peu noire, un peu bizarre, paradoxale ou fantastique. »

 

Le canard en plastic, 91 rue de la Fraternité, 93100 Montreuil-sous-Bois. 128 pages, 12 €. www.lecanardenplastic.net

 

 

LE GROGNARD n° 1

Cette nouvelle revue trimestrielle, publiée en partenariat avec le site Georges Palante et Le Grenier des Insoumis, illustre la crise que traverse actuellement la revue papier, que le web concurrence et fragilise sans la remplacer vraiment. Le Grognard (Littérature, Idées, Philosophie, Critique et Débats) est une revue disponible uniquement sur internet, mais sa présentation se veut « à l’ancienne ». Stéphane Beau, instigateur du projet, précise que son optique esthétique louche résolument vers les revues des années 1900 : Le Mercure de France, La Revue Blanche, La Plume, ainsi que vers les revues anarchistes et individualistes qu’ont été L’En Dehors, L’Unique, L’Ordre Naturel, La Mêlée… Dernier né de cette famille, Le Grognard s’adresse aux nostalgiques de ces volumes anciens que l’on coupe au couteau avant de les lire, aux amateurs de culs-de-lampes, de fleurons et de lettres ornées, et à tous les amoureux des vieux papiers, « des pages jaunies et cassantes que l’on manie avec délicatesse et tendresse. Bref, à tous ceux qui, bien que fermement convaincus des merveilleuses opportunités offertes par l’univers internet, continuent à vouer aux livres et au support papier une adulation sans réserves ». La déclaration est séduisante, comme l’aspect sur écran (où le texte s’encadre entre lettrines et vieilles illustrations), mais quand on imprime la revue pour avoir la « version papier », on se retrouve tout bêtement avec sa pile de feuilles de papier blanc A4 80 grammes, bien loin du support ancien, de la typographie sur papier bouffant, du format original, et de tous les charmes de l’objet revue. C’est la contradiction d’un tel projet.

Le contenu est intéressant, mêlant textes actuels (Christine Lartigue, Vincent Dubuc, Thierry Guérin, Olivier Brochiera) et textes oubliés, ainsi un article de Frantz Jourdain paru en 1901 dans La Plume. Ygor Yanka publie dans cette livraison un extrait de son roman inédit Eros cui-cui.

 

Le Grognard, Gratuit, 32 pages. http://perso.orange.fr/legrognard

 

jeudi, 14 juin 2007

Revue de détail n° 8

(Ces chroniques sont parues dans La Presse Littéraire n° 9.)

 

LA SŒUR DE L’ANGE n° 4

b0293fa0ff60a956a3834ba9b67cd819.jpgLes éditions Le Grand Souffle ont eu l’heureuse initiative de faire renaître la revue semestrielle de philosophie et de littérature La Sœur de l’Ange, prématurément disparue suite au dépôt de bilan de son précédent éditeur « A Contrario ». On se souvient de ces belles et imposantes livraisons, la qualité le disputant à la quantité, et qui s'articulaient sur un thème : A quoi bon l'art ? A quoi bon la nation ? A quoi bon mourir ?

Le 4ème numéro a pour thème : « A quoi bon Dieu ? », et l'ambition est toujours la même : poursuivre une aventure intellectuelle et humaine indispensable à la vie culturelle menacée de notre temps. « En philosophie comme en littérature, contre la culture du consensus et l’idéologie molle du spectre démocratique, La Sœur de l’Ange allume le feu de la vie ascendante en rappelant la vertu de la confrontation créatrice. « Que chacun sache en quoi il n’est pas d’accord avec l’autre » est l’une des conditions pour qu’un parlement textuel se rende capable d’ouvrir de nouveaux horizons. »

L'introduction de Debord donne le ton : « Les personnes qui n'agissent jamais veulent croire que l'on pourrait choisir en toute liberté l'excellence de ceux qui viendront figurer dans un combat, de même que le lieu et l'heure où l'on porterait un coup imparable et définitif. Mais non : avec ce que l'on a sous la main, et selon les quelques positions effectivement attaquables, on se jette sur l'une ou l'autre dès que l'on aperçoit un moment favorable ; sinon, on disparaît sans avoir rien fait. » Frédéric Houdaer présente un texte savoureux d'Alexandre Vialatte, « La religion veut entrer dans un cercle carré », dans lequel le sage auvergnat nous explique par un humour des plus convaincants pourquoi la religion est fondée sur un dogme immuable : « On voudrait un cercle carré. « Tout change, pourquoi pas la religion ? » Parce qu'une circonférence est forcée de rester ronde. Parce qu'elle y est tenue par sa définition. »

Au sommaire encore : Didier Bazy, Andrée Chédid, Alain Jugnon, Falk van Gaver, André Chouraqui, Philippe Corcuff, Yannis Constantinidès, Ludwig Feuerbach, Michel Crépu, Jean Luc Moreau parmi bien d’autres contributions et des lettres inédites d’André Rolland de Renéville, René Daumal et Roger Gilbert-Lecomte.

La Soeur de l'Ange matérialise un espace où s'expriment philosophes, théologiens, écrivains, où l'on convoque Abellio, Bernanos, Nietzsche. Confrontées, juxtaposées, sans guerre ni concession, les paroles des athées et celles des croyants se rencontrent dans ce chantier ouvert, d'une réelle démocratie. Un espace unique où chaque pensée est libre d'exister, en relation avec l'altérité. Voilà qui nous change heureusement du militantisme excommunicateur.

La Sœur de l’Ange, Le Grand Souffle éditions, 24 rue Truffaut, 75017 Paris. 252 pages, 18,50 €. http://revuelasoeurdelange.hautetfort.com

 

 

MERCURE LIQUIDE n° 4

Cette revue littéraire et graphique semble revenir de loin. On peut lire en effet dans le dernier numéro paru : « Vous tenez entre vos mains Mercure liquide n° 4, dernier numéro de la revue à se produire sur papier. »  Mais l’aventure, assurent les responsables, continuera sur le web, une revue en ligne enrichie de musique, de vidéo, de portraits des artistes publiés, d’un espace de résidences online… Fidèle au principe même du mercure, matière inaltérable symbole de transformation, la revue espère se prolonger sous d’autres formes. Mais ce n'était qu'une fausse alerte. Mercure liquide annonce désormais sur son site que le numéro 5 paraîtra en février 2007, grâce à une subvention accordée par la région Rhône Alpes, la première depuis le début de cette aventure éditoriale. Le numéro 4 est un superbe objet, dont la conception graphique est due à Safran. L'ensemble vaut par ses textes (trois des auteurs présents, Samuel Gallet, Silvère Valtot, Thibaut Fayner sont passés par les classes d'écriture dramatique de l'ENSATT) mais surtout par ses collaborations artistiques, dont les photos réalisées par Franck Boutonnet dans les bidonvilles de la banlieue lyonnaise, conciliant art et humanité. La revue, moins littéraire qu'artistique, a une réelle unité, probablement due à la complicité et à la communauté d'esprit des contributeurs.  

Mercure liquide, 21 rue Duhamel, 69002 Lyon. 84 pages, 7€. www.mercureliquide.com

 

 

PASSAGE D’ENCRES n° 26

 8231c52b3064917549f88452957009b6.jpgSous titrée art / littérature, cette revue de prestige, d'un grand format original quasi carré, faisant la part belle au dessin et à la photographie, est éditée par l’association Passage d’encres, dont le but est la promotion, le développement et la diffusion des arts graphiques. Animée par Christiane Tricoit, et forte d’un solide comité de rédaction, elle sort 3 numéros par an. « Nulles parts » est le thème de ce dernier numéro, coordonné par Yves Boudier et Jean-Claude Montel. Dans l'introduction, « Sur le carnet de l'arpenteur », Boudier présente l'axe de réflexion : « S'il est un domaine de notre présence au monde qui conjugue au plus étroit politique et ressenti naturel, c'est bien celui que l'on nomme paysage. Lié à notre histoire commune, indéfectiblement uni à nos vies, il est avant tout culture. Il se constitue et se révèle à travers l'ensemble des actes par lesquels notre volonté l'impose, le construit, le détourne, l'altère, le transforme, souvent même le détruit. » Suivent de superbes photos noir et blanc d'Andoche Praudel, des paysages naturels corréziens qui « semblent vibrer d'une attente de l'impossible » selon la juste formule de Didier Laroque. Robert Groborne est l'artiste invité et livre un ensemble intitulé « L'ordre minéral », une série de lithographies alternées avec des poèmes de Joseph Guglielmi. Précisons que des petits livres sont également édités par l’association, dans les collections Traces, Trait court, Tiré à part, toutes dans l'alliance ou le dialogue de l'art et de la littérature.

Passage d’encres, 16 rue de Paris, 93230 Romainville. 104 pages, 19 €  www.passagedencres.org