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mercredi, 12 juin 2019

Chroniques du Chat Noir, de Léon Bloy

Vient de paraître :

Chroniques du Chat Noir

de Léon Bloy

aux éditions Le Pont du Change.

(édition établie et présentée par Jean-Jacques Nuel)

 

Bloy-chroniques-couv2.jpg« S'il y eut jamais quelque chose de déshonoré, de méprisé, de croupissant, de pollué et de défoncé, c'est assurément le journalisme contemporain. Les bourgeois eux-mêmes, ces pourceaux augustes, commencent à ne plus vouloir de cette ordure pour leur dessert. Le talent qui n'a pourtant pas d'autre exutoire immédiat que ce cloaque du chantage et de la réclame est forcé de la traverser à la nage et s'y enlise neuf fois sur dix. »

Les treize chroniques rassemblées dans ce recueil sont extraites du livre Propos d'un entrepreneur de démolitions que Léon Bloy publia chez Stock en 1884. Ces articles avaient été d'abord publiés dans la revue Le Chat Noir, à laquelle Bloy collabora près de deux ans.

Un ouvrage 11 x 18 cm, 112 pages, 13 €.

 

En vente sur le site des éditions Le Pont du Change

Il peut être aussi commandé chez votre libraire habituel

ou sur Amazon.

Version ebook disponible.

*

 

Introduction, par Jean-Jacques Nuel

 

Les chroniques rassemblées dans ce recueil sont extraites du livre Propos d’un entrepreneur de démolitions que Léon Bloy publia chez Stock en 1884. La plupart de ces articles avaient été d’abord publiés dans la revue le Chat Noir, d’où le titre retenu pour la présente sélection.

Les éditions Le Pont du Change n'ont pas souhaité rééditer l'ouvrage original dans son intégralité, car il est très hétérogène, parfois d’inégal intérêt, ou trop lié à l’actualité de son temps. Au reste, Léon Bloy lui-même nous aurait peut-être donné l’absolution pour cette décision de ne publier qu’un choix de ses textes, lui qui désavoua devant son ami Charles Bisson ses Propos d’un entrepreneur de démolitions en déclarant  : « C’est mal fichu ; je me démolis moi-même. » (rapporté par François Bisson, in Cahiers de l’Herne Léon Bloy, 1988).

Le Chat Noir, auquel Bloy collabora près de deux ans, était la revue du célèbre cabaret créé par Rodolphe Salis, établissement immortalisé par les affiches de Steinlen, fréquenté par Toulouse Lautrec et de nombreux artistes de l'époque. Bloy doit à Salis les débuts de sa notoriété et lui en voue une immense reconnaissance : « J'étais dans l'obscurité, dans une crotte infinie, dans le néant. Tu m'as ramassé, essuyé, réconforté et me voilà quasi célèbre. Quelle que soit ma destinée d'écrivain, je n'oublierai pas que tu as été le généreux et le vaillant qui m'a ouvert la porte que tout le monde jetait à la figure du vagabond famélique, avec le fracas de l'épouvante ou le grincement du dédain. »

L’intérêt majeur de ces chroniques, outre le style polémique et flamboyant de Bloy, auteur injustement victime d'une « conspiration du silence » qui dura un siècle, est de nous donner sa vision, développée ailleurs dans Le Pal, du journalisme de la fin du XIXe siècle. « S'il y eut jamais quelque chose de déshonoré, de méprisé, de croupissant, de pollué et de défoncé, c'est assurément le journalisme contemporain. Les bourgeois eux-mêmes, ces pourceaux augustes, commencent à ne plus vouloir de cette ordure pour leur dessert. Le talent qui n'a pourtant pas d'autre exutoire immédiat que ce cloaque du chantage et de la réclame est forcé de la traverser à la nage et s'y enlise neuf fois sur dix. »

Le journalisme, tel qu'on le conçoit ordinairement, ne lui est pas possible. « Pour devenir l'ouvrier d'une besogne quelconque, il faut d'abord ne pas la mépriser et je méprise le journalisme de M. Sarcey, par exemple, ou du citoyen Jules Vallès à un point tel que je compte sur ce mépris pour me sanctifier. » Ce que Bloy apprécie au Chat Noir, c'est un espace de liberté absolue, où il peut écrire et publier ce qu'il veut. «  Le Chat Noir est actuellement le seul journal où la vérité crue et complète puisse être dite sur les puissants Burgraves de lettres qui font tout fléchir et devant qui se prosterne avec tremblement cette lécheuse de pieds putrides qui s'appelle la Presse française. »

 

Ces chroniques nous renseignent aussi sur la conception bloyenne de la critique littéraire, exercice d'adoration (Barbey d'Aurevilly, Eugène Grasset) ou, le plus souvent, de détestation – occasion de dénoncer « une ordure littéraire de plus ; un de ces pleutres et faciles ouvrages, fientés à cœur de journée dans la gueule ouverte du badaud contemporain ». Le critique est un juge, et Bloy reproche à Sainte Beuve, considéré comme le plus grand critique de son temps, de n'avoir jamais jugé rien ni personne, se contentant de la surface des choses. « Je ne sais pas une plus sotte manière de montrer un livre que de le feuilleter dans le vent de paroles d'un compte rendu. » La véritable critique est « cette magnifique ambition d'entrer dans les âmes, - comme Empédocle se précipita dans son volcan, - pour les explorer dans leurs plus incandescentes profondeurs, au hasard d'en être consumé. »

Au Chat Noir, Bloy peut un temps se livrer à des « massacres littéraires » : « Le réel, c'est de trouver des épithètes homicides, des métaphores assommantes, des incidentes à couper et triangulaires. Il faut inventer des catachrèses qui empalent, des métonymies qui grillent les pieds, des synecdoques qui arrachent les ongles, des ironies qui déchirent les sinuosités du râble, des litotes qui écorchent vif, des périphrases qui émasculent et des hyperboles de plomb fondu. Surtout, il ne faut pas que la mort soit douce. » Mais Émile Goudeau, le rédacteur en chef, se désolidarise bientôt de ce collaborateur trop excessif.

On imagine Bloy, catholique virulent, dans ce milieu d'artistes souvent athées, tous rassemblés par la seule haine du bourgeois ; la cohabitation devait être difficile. « Pour moi, catholique, qui ai le cynisme et l'intolérance de ma foi, je consens volontiers à écrire dans les milieux les moins favorables. Il m'est égal de panacher dans la plus éclectique des rédactions, et je ne m'offense nullement des promiscuités les plus hétéroclites. On peut être athée et même socialiste à côté de moi sans que je me fâche, à condition, toutefois, qu'on ne me tripote pas. » La collaboration fut de courte durée et il se fâcha avec les responsables du Chat Noir, comme avec ceux d'autres périodiques.

Au fil de ses chroniques, Bloy dénonce un monde où le médiocre est devenu la norme, une norme répandue et imposée par le journalisme et la réclame. Le beau, le vrai, le génie sont rabaissés, nivelés. « Persécuteur de soi-même, persécuteur du genre humain, persécuteur de Dieu », Bloy l'irrécupérable, par son goût sans partage de la vérité, par son intransigeance, est le meilleur antidote au tiède climat de notre époque actuelle où la parole, à force d'être mesurée, calibrée, policée, en est venue à ne plus rien signifier.

 

mardi, 30 avril 2019

Terminus Perrache

Vient de paraître :

Terminus Perrache

de Jean-Jacques Nuel

éditions Germes de barbarie

 

NuelPerrachecouv.pngMenant une enquête de routine sur le secrétaire général du centre régional du livre de Lyon, le détective privé Brice Noval se retrouve bientôt confronté à des véganes extrémistes qui multiplient meurtres et attentats dans la ville et sa proche banlieue. Noval contribuera à démanteler ce réseau terroriste dans cette nouvelle affaire qui tourne autour du sinistre centre d'échanges de Perrache.

 

Après La malédiction de l'Hôtel-Dieu, paru l'an dernier, on retrouve les mêmes personnages, le détective privé Brice Noval et son ami Laurent Thimonnier dans une affaire de terrorisme végane et de magouille politique. Au passage, les deux compères ne se privent pas d'égratigner le milieu littéraire lyonnais...

140 pages, 11, 50 €.

Le site de l'éditeur

 

lundi, 08 avril 2019

Une saison avec Dieu

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Vient de paraître :

Une saison avec Dieu

récit

de Jean-Jacques Nuel

aux éditions Le Pont du Change

 

"Dieu existe, j'ai été son colocataire.

L'espace de trois mois, durant l'hiver 1973, Dieu et moi avons logé dans le même appartement, au numéro 7 de la rue de l'Épée, au dernier étage sans ascenseur d'un immeuble vétuste et insalubre qui a été démoli quelques années plus tard."

 

Un récit qui mêle humour et spiritualité.

 

Ouvrage disponible sur le site des éditions

Le Pont du Change.

 

Il peut être commandé chez votre libraire habituel,

ou sur Amazon.

Également disponible en ebook.

 

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Premières pages :

 

DIEU EST MORT, affirment en chœur de nombreux hommes depuis Nietzsche – mais tant qu'on n'a pas retrouvé son cadavre, je doute encore. C'est plus fort que moi. Comme Saint Thomas, je ne crois qu'à ce que je vois.

À l'heure qu'il est, Dieu est peut-être mort et enterré. N'ayant aucun signe de lui, je ne peux affirmer qu'il existe, mais une chose est certaine : il a existé. J'en suis d'autant plus persuadé que je l'ai bien connu. Nous nous sommes fréquentés du temps de ma jeunesse étudiante.

Dieu et moi, c'est une vieille histoire. Une drôle d'histoire. Et je vais vous la raconter si vous avez une heure ou deux à m'accorder. Rassurez-vous, je ne serai pas long. Je sais que votre temps est précieux. Time is money, comme vous dîtes. Le temps, l'argent, ce sont vos dieux.

 

 

Un

 

L'espace de trois mois, durant l'hiver 1973, Dieu et moi avons logé dans le même appartement, au numéro 7 de la rue de l'Épée, au dernier étage sans ascenseur d'un immeuble vétuste et insalubre qui a été démoli quelques années plus tard.

Mais commençons par le commencement.

Je vivais seul auparavant. Depuis la rentrée universitaire je cherchais un étudiant pour partager les frais du loyer, et j'avais punaisé une petite annonce dans les couloirs de la fac de lettres et dans le hall du Resto U. Un soir, j'entendis frapper trois coups à ma porte. Nous étions le 21 décembre 1972, je me souviens de la date avec précision car c'était le premier jour de l'hiver, et la neige tombait dru depuis la veille. Vêtu d'un manteau de lainage gris et d'un cache-col d'un gris plus sombre, coiffé d'un bonnet de laine noire, un inconnu se tenait immobile devant ma porte, et je ne distinguais pas bien ses traits sur le palier mal éclairé.

Je lui fis visiter l'appartement, la cuisine et les deux chambres desservies par un long couloir latéral, mais il ne posa aucune question, indifférent au misérable décor et à l'absence de salle de bain. La location lui convenait, ainsi que le faible montant du loyer. Il n'hésita pas une seconde à me donner son accord. Quand je lui demandai son nom, il me répondit laconiquement :

- Dieu.

Le nom me surprit et je marquai un silence. Mais ma tendance à plaisanter, à tourner tout en dérision – qui était le propre de ma jeunesse – reprit vite le dessus.

- Et ton prénom, c'est Jésus ? me crus-je obligé de rétorquer.

Il ne releva pas cette blague peu subtile.

- Appelle-moi Dieu, tout simplement.

Notez bien que nous avions employé le tutoiement dès notre première rencontre. C'était la règle, en milieu étudiant. Et, à ma connaissance, elle est encore en vigueur.

Donc, il me dit s'appeler Dieu, et je le crus sur parole. Je ne suis pas du genre à réclamer au premier quidam venu ses papiers d'identité et, n'étant pas un policier assermenté, je n'ai aucun pouvoir réglementaire pour procéder à des vérifications. Du moment qu'il s'engageait à payer la moitié du loyer – et il me régla d'avance le mois de janvier (et le prorata de décembre) en posant sur la table de la cuisine quatre billets de vingt francs flambant neufs – que pouvais-je exiger de plus ? Je lui remis aussitôt un double des clés.

Et c'est ainsi qu'il déposa son maigre bagage à mon domicile. Et c'est ainsi que cette histoire a commencé.

 

samedi, 09 mars 2019

Le Nom (2005)

En 2005 (comme le temps passe !) paraissait aux éditions A Contrario le roman Le Nom.

PdC logo Pantone541.jpgCe livre reçut un bel accueil critique (et je ne remercierai jamais assez Matthieu Baumier, alors directeur littéraire de cette maison d'édition, de s'être investi sur cette publication et d'avoir récolté de nombreux articles, notamment dans Le Magazine littéraire et sur le site d'Arte).

Malheureusement, les éditions A Contrario connurent une faillite rapide, et le livre est depuis longtemps introuvable, sauf sur le marché de l'occasion.

J'envisage d'ici la fin de l'année de republier – probablement au Pont du Change - ce court roman, suivi d'un autre récit, inédit, et d'une demi-douzaine de nouvelles.

En attendant, une version numérique du Nom est disponible, en ebook.

 

samedi, 02 mars 2019

OUSTE 2019

Couverture-Ouste-2019.jpgMon poème "Équinoxe" parait dans le numéro annuel (n° 27) de la revue OUSTE.

Ce texte était auparavant paru sur le site de la revue FRACAS, en français et en traduction espagnole.

 

mercredi, 13 février 2019

Expo "Portraits croisés" (suite)

Exposition Portraits croisés Laronde / Nuel

dominique laronde,jean-jacques nuel,salon du livre de nantua,portaits croisésL'exposition « Portraits croisés », proposée par les éditions Le Pont du Change, s'est tenue en 2017 à la médiathèque de Nantua (Ain), puis en 2018 au moulin de la Clochette de Salornay-sur-Guye ainsi que dans les bibliothèques de Joncy et Salornay-sur-Guye (71). Elle va être à nouveau présentée au public en Saône-et-Loire.

Du mardi 5 mars au vendredi 22 mars 2019, la bibliothèque de Saint-Gengoux-le-National (71)  accueillera l'exposition "Portraits croisés". Une rencontre avec le public est prévue le vendredi 8 mars à 16 heures : Jean-Jacques Nuel lira à cette occasion une sélection de ses "courts métrages".


L'ensemble comprend 15 dessins en noir et blanc, dont 5 rehaussés de couleurs, de Dominique Laronde, illustrant 15 textes de Jean-Jacques Nuel.

Le thème général est celui de la littérature et des écrivains.

Les dessins sont de format A4 et présentés dans des encadrements sous-verres avec bord aluminium 30 x 40 cm. Les textes sont imprimés sur papier fort A4 et collés sur des cartons-mousses de taille légèrement supérieure.

 

Un livre artisanal a été réalisé par les éditions Le Pont du Change, regroupant textes et dessins.

LarondeNuel-holmes2.jpg  LarondeNuel-apostrophes2.jpg

   LarondeNuel-richelieu2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(dessins de Dominique Laronde)

 

 

17:56 Publié dans Textes et nouvelles | Lien perma

mardi, 29 janvier 2019

Les moments littéraires n° 41

Après avoir fêté ses 20 ans d'existence dans le numéro précédent, la revue de littérature Les moments littéraires animée par Gilbert Moreau livre son 41e numéro consacré à Fabienne Jacob.

Née à Créhanges en 1959, Fabienne Jacob a grandi en Moselle jusqu'à ses 17 ans. Après un an d'enseignement à Mayotte, elle rentre à Paris pour exercer diverses professions avant de se consacrer à la littérature. Ses romans qui explorent l'enfance, le corps, le désir sont publiés aux éditions Gallimard et Buchet-Chastel.

les moments littéraires,fabienne jacobDans son texte "L'humanité" confié à la revue, elle évoque avec lucidité les séances de signature.

« On m'invite dans des librairies, des salons du livre. (…) Je sais qu'il ne faut pas y aller. Chaque fois je me dis Plus jamais. Chaque fois j'y retourne. Je fais le job. Ça m'abîme, ça m'humilie. Je suis propulsée au milieu de mes congénères. Des humains qui grouillent sous les chapiteaux des salons et qui vont voir des auteurs comme on allait voir des Noirs en cage ou des femmes à barbe il n'y a pas si longtemps. Je suis assise derrière ma pile de livres, seule, attendant le chaland. Une pute. Un Noir en cage, une femme à barbe. Les gens s'approchent, me dévisagent. D'abord moi, puis mes livres. Les livres aussi ont un visage. Alors, on va faire affaire, oui ou non ? »

Si deux de ses livres n'intéressent strictement personne, en revanche, « Les passants sont comme aimantés par Corps, Mon âge et Un homme aborde une femme. On ne dira jamais assez l'importance d'un titre. Les gens veulent qu'on leur parle d'eux, il n'y a que ça qui les intéresse. Leur corps, leur âge, leurs amours, leur famille, en un mot, eux, leur vie. »

Le dossier Jacob comprend des contributions de Marie-Hélène Lafon, Claudie Hunzinger, Julien Thèves. On trouve également dans ce numéro des photographies d'Elina Brotherus (avec un entretien), des extraits de journaux de Françoise Ascal, Gilles Ortlieb et Madeleine Denis. Cette dernière, fille du peintre nabi Maurice Denis et épouse du poète Jean Follain, a signé ses premiers tableaux sous le nom de Dinès.

 

Les Moments littéraires, BP 90986, 75829 Paris Cedex 17, 12 €.

www.lesmomentslitteraires.fr