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lundi, 16 mars 2009

Avec le temps, de Roland Tixier

 

j’ouvre la fenêtre

l’encens a tôt fait

de rejoindre le ciel

 

*

 

deux vieillards deux verres

au fond du café

où l’après-midi n’a pas prise

 

*

 

ce jour le ciel s’est mis en quatre

nul n’a levé les yeux

de l’ordinateur

 

*

 

j’avance dans l’âge

les caissières picorent

les centimes dans ma main

 

*

 

feuilles mortes de septembre

le cantonnier et le poète

devisent en connaisseurs

 

*

 

Un nouveau recueil de Roland Tixier, Avec le temps, vient de paraître aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune. Les cinq haïkus qui précèdent en sont extraits.

 

126 pages, 16 €. Les Carnets du Dessert de Lune, 67 rue de Venise, 1050 Bruxelles – B- www.dessertdelune.be

 

11:19 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, haikus, tixier

mardi, 13 janvier 2009

Monsieur Ouine est de sortie

Bernanos-monsieur%20ouine328.jpgLe Castor Astral vient de rééditer Monsieur Ouine, de Georges Bernanos. Ignorant que ce chef-d'oeuvre était reparu (alors qu'il n'était plus disponible que dans l'édition des romans à La Pléiade), j'en ai téléchargé récemment le texte sur le site ebooksgratuits, et viens d'en achever la lecture sur mon Sony Reader. Ce qui démontre bien l'intérêt de ces outils de lecture numérique donnant accès à des textes parfois introuvables...

J'aurai l'occasion de reparler de Monsieur Ouine, un des sommets de la littérature. Pour patienter, ce lien vers la présentation de l'ouvrage par les éditions du Castor Astral.

 

samedi, 22 novembre 2008

Le magazine des Livres n° 13

mdl13.jpgLe magazine des Livres n° 13 (décembre 2008 - janvier 2009) vient de paraître.

Ma chronique "Revue de détail" consacrée aux revues littéraires, que je publiais dans le trimestriel La Presse Littéraire (qui cesse sa parution), est désormais insérée dans Le magazine des Livres, à la fin du Cahier des livres.

www.magazinedeslivres.com

 

samedi, 08 novembre 2008

Le Passe Rêve, de Markus Leicht

leicht.jpgPremier livre d’une toute nouvelle maison d’édition lyonnaise au nom très onirique (Le Songe des Murènes), le recueil de textes courts de Markus Leicht rassemble 20 petites proses écrites pour le net : la plupart de ces fictions ont déjà fait l’objet d’ebooks sur le site Feedbooks.

De l’humour, de la science-fiction, du fantastique, de la cuisine, des étoiles, un escabeau, des gnomes, une mémé, un chat, des robots, un champignon, du sable et des souvenirs. Bref un agréable bric-à-brac, le lecteur se retrouve transporté au royaume de la fantaisie, dans un monde que l’esprit de sérieux a depuis longtemps déserté. Une écriture buissonnière et décontractée, entre idéalisme et sourire, qui sait aussi nous offrir un très beau moment d’émotion avec le texte « Souvenirs, souvenirs », nous ramenant au temps du transistor et du yéyé…

Fin décembre, le même éditeur publiera une anthologie de textes fantastiques Les Soleils d’Infernalia.

 

Le Passe Rêve, de Markus Leicht, Le Songe des Murènes, c/o Temps Livres, 8 rue d’Algérie, 69001 Lyon. 7 €.

mercredi, 14 mai 2008

Nouvelles en trois lignes, de Félix Fénéon

1160406386.jpgFélix Fénéon (1861-1944) a créé en 1906 dans le journal Le Matin une rubrique intitulée Nouvelles en trois lignes qui fut vite célèbre. S’inspirant de faits-divers réels, il les réécrivait de manière à en faire ressortir la cruauté ou le comique, dans une mécanique implacable.

Régine Detambel a préfacé un choix de ces nouvelles paru en 1997 au Mercure de France. A titre d’exemples, j’en reproduis une dizaine, ciselées comme des aphorismes, qui apparaissent comme des bijoux d’humour noir dans un monde où toutes les morts sont égales et absurdes.

 

*

 

Rattrapé par un tramway qui venait de le lancer à dix mètres, l’herboriste Jean Désille, de Vanves, a été coupé en deux.

 

M. Abel Bonnard, de Villeneuve-Saint-Georges, qui jouait au billard, s’est crevé l’œil gauche en tombant sur sa queue.

 

Le Dunkerquois Scheid a tiré trois fois sur sa femme. Comme il la manquait toujours, il visa sa belle-mère : le coup porta.

 

De trouver pendu son fils Hyacinthe, 69 ans, Mme Ranvier, de Bussy-Saint-Georges, fut si déprimée qu’elle ne put couper la corde.

 

Comme son train stoppait, Mme Parlucy, de Nanterre, ouvrit, se pencha. Passa un express qui brisa la tête et la portière.

 

Une machine à battre happa Mme Peccavi, de Mercy-le-Haut (M.-et-M.). On démonta celle-là pour dégager celle-ci. Morte.

 

C’est au cochonnet que l’apoplexie a terrassé M. André, 75 ans, de Levallois. Sa boule roulait encore qu’il n’était déjà plus.

 

Rue de Flandre, Marcel Baurot, et cette quintuple amputation lui fut mortelle, a eu les doigts coupés par une scie circulaire.

 

Le soir, Blandine Guérin, de Vaucé (Sarthe), se dévêtit dans l’escalier et, nue comme un mur d’école, alla se noyer au puits.

 

Mlle Paulin, des Mureaux, 46 ans, a été saccagée, à 9 heures du soir, par un satyre (22 ans, trapu, chapeau mou sur visage ovale).

 

Pour la cinquième fois, Cuvillier, poissonnier à Marines, s’est empoisonné, et, cette fois, c’est définitif.

 

Félix Fénéon, Nouvelles en trois lignes, Mercure de France.

 

(portrait par Signac)

 

samedi, 22 décembre 2007

Un homme qui dort

34bc324ec40ae56bfb56cdd262f0d5b9.jpgUn  évènement dans le monde cinématographique et littéraire : la sortie en DVD  (décembre 2007) du film de Georges Perec et Bernard Queysanne.

 

Sorti en 1974, le film Un homme qui dort obtient le prix Jean Vigo et reste six mois à l’affiche de la seule salle parisienne qui le programme. Il ressort en salles en 1990 puis est diffusé à la télévision (Arte) en 1999.

L’argument : un étudiant parisien refuse de continuer ses études et choisit de vivre au point mort, dans sa chambre minuscule. Le film est le journal précis de cette contestation radicale de la société, un voyage de l’indifférence à l’angoisse, jusqu’au retour douloureux sur la terre des vivants.

Après deux ans passés à écumer les productions, l’obtention d’une avance sur recettes minimale de 150 000 francs, et la complicité d’un ami tunisien, Noureddine Mechri, qui fournit laboratoire, montage et sonorisation, Perec et Queysane tournent en 1973 le film en noir et blanc, sans vedette (le seul acteur en est Jacques Spiesser), un défilé d’images oniriques parcouru d’une voix-off. Le texte est adapté du propre roman originel de Perec, qui présente ainsi la version filmée : « un seul personnage, aucune histoire, aucune péripétie, aucun dialogue, mais seulement un texte lu par une voix-off… »

Le coffret contient un livret du texte intégral de Perec et deux disques : sur le premier on découvre le film en version originale française avec la voix de Ludmila Mikaël, ainsi que les versions américaine, allemande et espagnole, et la bande-annonce originale. Le disque 2 offre deux documentaires de Bernard Queysanne autour de l’œuvre et de la personnalité de Perec, comprenant notamment des témoignages d’amis et de traducteurs.

 

 

Un homme qui dort, de Georges Perec et Bernard Queysanne, DVD double, éditions La vie est belle.

 

mardi, 11 décembre 2007

Dans le café de la jeunesse perdue

Un registre des êtres de passage

(Cet article est paru dans Le magazine des livres n° 7.)

 

e1d0ca16bb8640df04e38b7d87a73424.jpgMultiple magie, toujours renouvelée, que celle de Modiano, et que l’on retrouve entière dans ce nouveau roman, « Dans le café de la jeunesse perdue ». Magie des lieux, d’abord, qui prennent possession de vous, et auxquels on ne peut échapper : « J’ai toujours cru que certains endroits sont des aimants et que vous êtes attiré vers eux si vous marchez dans leurs parages. Et cela de manière imperceptible, sans même vous en douter. Il suffit d’une rue en pente, d’un trottoir ensoleillé ou bien d’un trottoir à l’ombre. Ou bien d’une averse. Et cela vous amène là, au point précis où vous deviez échouer. Il me semble que Le Condé, par son emplacement, avait ce pouvoir magnétique et que si l’on faisait un calcul de probabilités le résultat l’aurait confirmé : dans un périmètre assez étendu, il était inévitable de dériver vers lui. » Le Condé est le lieu principal où passent tous les protagonistes, le lieu où s’agrègent les éléments de l’histoire. Des clients aux noms étranges, Tarzan, Babilée, Zacharias, Ali Cherif, Bob Storms, le docteur Vala hantent ce café. Certains sont étudiants, d’autres écrivains, comme Larronde et Arthur Adamov. Ils incarnent une jeunesse bohême, telle qu’elle n’existe plus vraiment aujourd’hui, ou, pour les plus âgés, ils vivent dans la nostalgie de cette jeunesse perdue et tentent de la prolonger. L’un des habitués, Bowing, note sur un cahier les noms des clients du café, les jours et heures d’arrivée, cherchant « à sauver de l’oubli les papillons qui tournent quelques instants autour d’une lampe. » Entreprise vaine, incomplète et dérisoire. C’est dans ce lieu qu’échoue Jacqueline, dite Louki, figure centrale autour de laquelle tournent les décors et les êtres. Une femme errante, qui se sauve et coupe les ponts. « Je n’étais vraiment moi-même qu’à l’instant où je m’enfuyais. Mes seuls bons souvenirs sont des souvenirs de fuite ou de fugue. » avoue-t-elle, de la même façon qu’elle avoue s’être mariée « comme on confesse un crime ».

Un deuxième café, Le Canter, est le double sombre du Condé : les clients, Accad, Godinger, Mario Bay, Mocellini, sont des personnages louches, qui trafiquent ou travaillent dans des « sociétés », comme le faisait le propre père de l’auteur. Louki retrouve dans ce lieu Jeannette Gaul, « sa part d’ombre » et goûte à d’autres paradis que ceux de l’alcool, en prenant « un peu de neige ». Le livre est une dérive dans Paris, avec pour tout guide un vieux plan réparé avec du Scotch. Les rues, les établissements portent aussi des noms évocateurs ou poétiques : le Château des Brouillards, la rue des Grands-Degrés, l’Hôtel Hivernia, le commissariat des Grandes-Carrières – et la librairie Vega, point de rencontre des fidèles du conférencier Guy de Vere.

D’une construction moins linéaire que ses précédents livres, notamment Un pedigree et La petite bijou, ce roman regroupe quatre récits : celui d’un étudiant de l’Ecole supérieure des Mines attiré par la bohême et qui a envie d’abandonner ses études, celui d’un détective du nom de Caisley, celui de Louki, celui enfin du brun à veste de daim qui porte le prénom inventé de Roland et écrit un texte sur les « zones neutres » de Paris, ces quartiers aux frontières imprécises. Quatre récits pour recomposer une histoire fragmentaire, qui comme l’héroïne, garde sa part de mystère.

Modianesque à souhait, le titre « Dans le café de la jeunesse perdue » est en fait emprunté à un texte de Guy Debord, que Modiano définit au passage comme un « philosophe sentimental ». Le roman est traversé de livres, ou plutôt de titres d’ouvrages de science-fiction, de spiritualité ou d’ésotérisme aux noms étranges : Horizons perdus, Cristal qui songe, Voyage dans l’infini, Louise du Néant. Les personnages sont proches de ce néant, semblables à ces individus disparus depuis 30 ans et que l’on déclare absents par le biais des « déclarations d’absence » dans les publications judiciaires. Ils sont condamnés ou prédestinés à mal finir et échouent, parfois volontairement comme le détective Caisley payé pour rechercher Louki disparue : quand il la retrouve, il décide de ne rien dire à son commanditaire, d’enterrer son enquête, pour laisser à la jeune femme « le temps de se mettre définitivement hors d’atteinte ».

Quelques mots, quelques phrases, et la magie Modiano se déploie et prend le lecteur dans ses rets. On a beau se défendre, on est toujours gagné par cette mélancolie violente et feutrée, celle de la fuite des jours, la fuite de la jeunesse, la dispersion des êtres, l’effacement irréversible de nos traces dont seuls quelques mots froids et nus comme ceux d’un procès-verbal témoignent encore. Ou encore ces renseignements purement factuels qu’enregistre le détective, « ces détails qui sont souvent les seuls à témoigner du passage d’un vivant sur la terre. A condition qu’on retrouve un jour le carnet à spirale où quelqu’un les a notés d’une toute petite écriture difficilement lisible, comme la mienne. » Sur le terrain vague de la vie, les hommes cherchent à s’accrocher à des points de repère. La constante de Modiano, c’est cette attention aux êtres de passage, et la tentative de les fixer, comme sur une photographie. Il redonne vie fugacement aux absents, aux tricheurs, aux créatures en demi-teinte du doute et de l’échec, à ceux qui en traversant la vie n’étaient déjà que des ombres.

 

Patrick Modiano, Dans le café de la jeunesse perdue, éditions Gallimard, 14, 50 €.