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samedi, 28 mars 2009

La Tour de Joyce et les premières pages d’Ulysse

Cet article, paru en 2005 dans la revue A l'index animée par Jean-Claude Tardif (Bibliothèque Condorcet, 50 rue Léon Gambetta, 76290 Montivilliers), est une lecture topographique des premières pages d'Ulysse, de Joyce. Il ne s'agit pas à proprement parler de critique ; cette étude est superficielle (en ce qu'elle mesure et recense les superficies, les surfaces dans lesquelles prend corps le récit) et relève davantage d'un "tourisme littéraire", méticuleux, voire maniaque, qui est l'un de mes travers.


medium_sandy.jpgL’Irlande est un pays d’écrivains (4 prix Nobel, sans compter Joyce qui ne l’a pas eu !) ; Dublin est une ville d’écrivains : le voyageur amoureux de littérature visitera le musée Dublin Writers Museum (18 Parnell Square North, Dublin 1), le James Joyce Centre, qui ravira en priorité les spécialistes et les chercheurs (35 North Great George’s street, Dublin 1) et enfin la Tour James Joyce, musée à la mémoire de l’auteur d’Ulysse.

La James Joyce Tower, à Sandycove, dans la banlieue sud de Dublin, au bord de la mer d’Irlande, est d’abord un merveilleux musée dédié à l’écrivain : on y trouve, dans la grande salle d’exposition et la Poudrière du rez-de-chaussée, un buste, des masques mortuaires, des photographies d’intérêt biographique, des peintures, des premières éditions, des lettres, une page du manuscrit original de Finnegan’s Wake, et des objets ayant appartenu à Joyce - une veste de chasse, sa canne, sa guitare et une cravate qu’il avait d’ailleurs offerte à Samuel Beckett. Rarement lieu n’aura été aussi bien choisi, puisque ce monument est aussi le cadre de la première scène du premier chapitre du roman Ulysse. C’est d’ailleurs l’éditeur de ce chef-d’œuvre, Sylvia Beach, qui transforma la Tour en musée en 1962. Le monument est maintenant la propriété de Dublin Tourism Enterprises qui se charge de son administration.

La Tour de Sandycove (on accède à cette petite ville par le DART, Dublin Area Rapid Transit, réseau ferré express qui traverse l’agglomération dublinoise du nord au sud) fut une des quinze Tours Martello construites en 1804 par l’Office britannique de la Guerre dans le cadre d’une stratégie visant à prévenir une éventuelle invasion napoléonienne. Tout rappelle son origine militaire : les murs d’une épaisseur de 2 mètres 50, les rails sur la terrasse, qui permettaient au gros canon de se mouvoir ; l’armée britannique occupa ce lieu et la batterie attenante jusqu’en 1904. Oliver St John Gogarty, poète, et qui poursuivait à l’époque des études de médecine, devint alors en août de la même année le premier locataire civil de l’Office de la Guerre. De nombreuses personnalités littéraires vinrent lui rendre visite durant son séjour. Il invita James Joyce, alors âgé de 22 ans et qui commençait sa carrière d’écrivain, à venir y séjourner.
Entre temps, Joyce avait écrit un poème intitulé Le Saint Office, dans lequel il attaquait avec virulence d’autres écrivains dublinois, dont Gogarty, qu’il accusait de snobisme ; il était inévitable que l’accueil réservé à Joyce, lorsqu’il daigna enfin se rendre à la Tour le 9 septembre, fut moins enthousiaste que prévu.
Quelques jours plus tard, Samuel Chevenix Trench, un ami de Gogarty qui faisait partie de l’aristocratie anglo-irlandaise les rejoignit. Il s’entêtait à parler gaélique malgré un accent anglais très prononcé, et Joyce ne l’appréciait guère.
Pendant la sixième nuit du séjour, Trench fit un cauchemar au sujet d’une panthère noire. Il se réveilla en hurlant, prit son pistolet, tira quelques coups en direction de la cheminée et se rendormit. Gogarty s’empara alors du pistolet, s’écria « Je me charge de lui ! » et tira sur la batterie de casseroles qui étaient pendues au dessus du lit de Joyce. Celui-ci quitta aussitôt la Tour pour ne jamais y revenir. Un mois après cet épisode, il prenait la route d’un exil volontaire en Europe avec sa compagne Nora Barnacle. Il ne revint en Irlande que trois fois pour de courts séjours (le dernier en 1912) ; mais toute son œuvre travaillera la mémoire de Dublin, notamment Ulysse qui relate une seule journée dans la capitale irlandaise, celle du 16 juin 1904.

La Tour doit sa renommée au roman Ulysse. La première scène du livre se déroule sur la terrasse de cette tour, puis dans la pièce circulaire du premier étage. Les trois personnages de la réalité deviennent Stephen Dedalus (James Joyce), Buck Mulligan (Gogarty) et Haines (Trench).
Dès les premières lignes, Buck Mulligan débouche de l’escalier ; il vient se raser en plein air, face à la mer.
« Majestueux et dodu, Buck Mulligan parut en haut des marches, (…) Et d’un pas solennel il gagna la plate-forme de tir. »

Le roman situe le monument avec précision, d’abord dans sa localisation géographique :
« De retour au parapet il contempla la baie de Dublin. »
puis dans son histoire :
« Haines demanda :
- Payez-vous un loyer pour cette tour ?
- Douze louis, répondit Buck Mulligan.
- Au Secrétariat d’Etat de la Guerre, ajouta Stephen par-dessus son épaule.
Ils firent halte pendant que Haines examinait la tour et concluait :
- Plutôt glaciale en hiver, je pense. Vous les appelez Martello, n’est-ce pas ?
- Billy Pitt les a fait construire quand les Français tenaient la mer, dit Buck Mulligan. Mais la nôtre est l’omphalos. »
La configuration d’origine de la tour, évoquée dans le roman, est assez différente de son aspect actuel, puisque l’on pénètre aujourd’hui de plain-pied dans la salle d’exposition. On accédait alors à la tour par une échelle qui menait à une lourde porte en métal placée à 4 mètres du sol.
« Stephen, prenant son bâton de frêne contre le mur, les rejoignit, et pendant qu’ils descendaient l’échelle, tira sur la lente porte de fer et tourna la clé. »

L’antipathie qu’éprouvait Joyce pour la personne de Trench se retrouve dans les propos des deux personnages relatifs à Haines.
« - Combien de temps Haines va-t-il encore rester dans cette tour ?
La joue rasée de Buck Mulligan affleura son épaule droite et spontanément :
- Bon Dieu, est-il assez sinistre ! Le pesant Saxon. Trouve que vous n’êtes pas un gentleman. Nom de Dieu, ces salauds d’Anglais ! Crevant d’argent et d’indigestion. Parce qu’il sort d’Oxford. »
Il est ensuite fait allusion à la surprenante volonté de cet Anglais de parler gaélique, alors que les Irlandais parlent la langue anglaise ; Joyce n’a semble-t-il jamais eu une grande considération pour le gaélique, du moins il a fait le choix artistique d’écrire l’anglais, et mieux que les Anglais, s’appropriant la langue des envahisseurs jusqu’à la maîtrise, l’excellence et la recréation, voire la subversion, telle qu’elle apparaît à l’œuvre dans Finnegan’s Wake.
« - Est-ce français que vous parlez, monsieur ? dit la vieille à Haines.
Haines lui refit de confiance un plus long discours.
- C’est de l’irlandais, intervint Buck Mulligan. Connaissez-vous le gaélique ?
- Je me disais bien, au son, que ça devait être de l’irlandais. Vous êtes de l’Ouest, monsieur ?
- Je suis Anglais, déclara Haines.
- Il est Anglais, dit Buck Mulligan, et il est d’avis que nous devrions parler l’Irlandais en Irlande.
- Bien sûr qu’il faudrait, répliqua la vieille, et j’ai grande honte de ne pas le causer. Les gens qui savent disent que c’est une fameuse langue. »
Le parti-pris de Haines de se montrer « plus irlandais que les Irlandais » semble provenir d’une sorte de culpabilité collective née de plusieurs siècles d’occupation. Il avoue :
« Nous Anglais nous sentons que nous ne vous avons pas traités très justement. La faute en est sans doute à l’Histoire. »

L’épisode du cauchemar de Trench à propos d’une panthère a été grandement repris dans le roman :
« - Toute la nuit, dit Stephen, il a déliré en rêve : il voyait une panthère noire. Où met-il l’étui de son fusil ?
- Un malheureux aliéné, dit Mulligan. Auriez-vous eu la frousse ?
- Certes, fit Stephen avec force, et réalisant mieux sa peur. Là, dans le noir, avec un homme que je ne connais pas, qui geint, divague, et veut tirer sur une panthère noire. Vous avez sauvé des gens qui se noyaient. Moi je n’ai rien d’un héros. S’il reste ici, je file. »

Au premier étage de la Tour, le décor de la pièce a été reconstitué tel qu’il est évoqué dans le roman (la scène du breakfast) et à partir des notes et des quittances de loyer de Gogarty et des commentaires de certains visiteurs.
L’escalier sert de transition entre la scène sur la terrasse et la scène dans la pièce intérieure.
« Sa tête disparut, mais le bourdonnement de sa voix décroissante se répandait par l’orifice de l’escalier. »
« Dedalus, descendez, comme un bon petit rat. Le breakfast est prêt. Haines nous fait des excuses pour nous avoir réveillés cette nuit. Tout va bien. »
De nombreux éléments décrits dans le roman donnent des indications sur les meubles et objets qui se trouvaient dans cette pièce.
« Dans la chambre commune de la tour, obscure sous sa voûte, la robe de Buck Mulligan s’activait autour du foyer, éclipsant ou révélant sa lueur jaune. Des hautes barbacanes, deux javelots de jour adouci tombaient rayant le sol dallé, et à l’intersection de leurs rayons une épaisse vapeur de charbon et de lard frit flottait avec un lent mouvement giratoire. »
« Stephen posa le bol à barbe sur le bahut. Un individu de haute taille quitta le hamac où il était assis, marcha vers le seuil et ouvrit la porte intérieure. »
« Stephen, halant jusqu’à la table sa valise debout, s’y jucha et attendit. »
« Stephen alla quérir dans le bahut la miche, le pot de miel et le beurrier. » 
« Ses mains plongèrent dans sa malle.»

La reconstitution reprend certains de ces éléments, après que les trois personnages ont quitté la pièce pour rejoindre la plage. On y découvre le hamac, la malle, le lit, et sur la table, la théière, les tasses, le pot à lait, une lampe à huile ; près de la cheminée dans laquelle se jette le tuyau d’un fourneau, se trouvent un seau à charbon et une reproduction en terre cuite d’une panthère noire.

Parcourant la Tour de Sandycove, empruntant l’étroit escalier en colimaçon pour passer d’une scène à l’autre, on a l’émotion de marcher dans les pas de Joyce, d’évoluer dans un décor « habité » par l’écrivain qui séjourna ici durant une semaine ; on a également l’impression de voir à l’œuvre la transmutation du réel en littérature, de se retrouver au cœur du roman et de son processus de création.
D’autres lieux de Dublin (bibliothèque, hôtel, pub…) figurent également dans cette œuvre gigantesque et composent le jeu de piste des correspondances entre la ville et le livre, sur le vaste territoire courant de Sandycove à Phoenix Park ; les aficionados d’Ulysse s’aideront d’une carte éditée par le James Joyce Centre, répertoriant ces lieux, et en 1988, quatorze plaques de bronze ont été apposées dans les rues, jalonnant une partie de l’itinéraire de Léopold Bloom, l’autre héros du livre. Chaque année, le 16 juin, des manifestations, des pèlerinages marquent l’attachement des habitants de la capitale irlandaise à l’auteur de Dubliners.

(Article paru dans la revue A l'index)

Une intéressante resource : http://arte-tv.com/joyce

Voir sur ce blog l'album-photo que j'ai consacré à la Tour de Joyce (images d'Irlande en juillet 2005)

medium_dublin_063.jpg

lundi, 16 mars 2009

Avec le temps, de Roland Tixier

 

j’ouvre la fenêtre

l’encens a tôt fait

de rejoindre le ciel

 

*

 

deux vieillards deux verres

au fond du café

où l’après-midi n’a pas prise

 

*

 

ce jour le ciel s’est mis en quatre

nul n’a levé les yeux

de l’ordinateur

 

*

 

j’avance dans l’âge

les caissières picorent

les centimes dans ma main

 

*

 

feuilles mortes de septembre

le cantonnier et le poète

devisent en connaisseurs

 

*

 

Un nouveau recueil de Roland Tixier, Avec le temps, vient de paraître aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune. Les cinq haïkus qui précèdent en sont extraits.

 

126 pages, 16 €. Les Carnets du Dessert de Lune, 67 rue de Venise, 1050 Bruxelles – B- www.dessertdelune.be

 

11:19 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, haikus, tixier

mardi, 13 janvier 2009

Monsieur Ouine est de sortie

Bernanos-monsieur%20ouine328.jpgLe Castor Astral vient de rééditer Monsieur Ouine, de Georges Bernanos. Ignorant que ce chef-d'oeuvre était reparu (alors qu'il n'était plus disponible que dans l'édition des romans à La Pléiade), j'en ai téléchargé récemment le texte sur le site ebooksgratuits, et viens d'en achever la lecture sur mon Sony Reader. Ce qui démontre bien l'intérêt de ces outils de lecture numérique donnant accès à des textes parfois introuvables...

J'aurai l'occasion de reparler de Monsieur Ouine, un des sommets de la littérature. Pour patienter, ce lien vers la présentation de l'ouvrage par les éditions du Castor Astral.

 

samedi, 22 novembre 2008

Le magazine des Livres n° 13

mdl13.jpgLe magazine des Livres n° 13 (décembre 2008 - janvier 2009) vient de paraître.

Ma chronique "Revue de détail" consacrée aux revues littéraires, que je publiais dans le trimestriel La Presse Littéraire (qui cesse sa parution), est désormais insérée dans Le magazine des Livres, à la fin du Cahier des livres.

www.magazinedeslivres.com

 

samedi, 08 novembre 2008

Le Passe Rêve, de Markus Leicht

leicht.jpgPremier livre d’une toute nouvelle maison d’édition lyonnaise au nom très onirique (Le Songe des Murènes), le recueil de textes courts de Markus Leicht rassemble 20 petites proses écrites pour le net : la plupart de ces fictions ont déjà fait l’objet d’ebooks sur le site Feedbooks.

De l’humour, de la science-fiction, du fantastique, de la cuisine, des étoiles, un escabeau, des gnomes, une mémé, un chat, des robots, un champignon, du sable et des souvenirs. Bref un agréable bric-à-brac, le lecteur se retrouve transporté au royaume de la fantaisie, dans un monde que l’esprit de sérieux a depuis longtemps déserté. Une écriture buissonnière et décontractée, entre idéalisme et sourire, qui sait aussi nous offrir un très beau moment d’émotion avec le texte « Souvenirs, souvenirs », nous ramenant au temps du transistor et du yéyé…

Fin décembre, le même éditeur publiera une anthologie de textes fantastiques Les Soleils d’Infernalia.

 

Le Passe Rêve, de Markus Leicht, Le Songe des Murènes, c/o Temps Livres, 8 rue d’Algérie, 69001 Lyon. 7 €.

mercredi, 14 mai 2008

Nouvelles en trois lignes, de Félix Fénéon

1160406386.jpgFélix Fénéon (1861-1944) a créé en 1906 dans le journal Le Matin une rubrique intitulée Nouvelles en trois lignes qui fut vite célèbre. S’inspirant de faits-divers réels, il les réécrivait de manière à en faire ressortir la cruauté ou le comique, dans une mécanique implacable.

Régine Detambel a préfacé un choix de ces nouvelles paru en 1997 au Mercure de France. A titre d’exemples, j’en reproduis une dizaine, ciselées comme des aphorismes, qui apparaissent comme des bijoux d’humour noir dans un monde où toutes les morts sont égales et absurdes.

 

*

 

Rattrapé par un tramway qui venait de le lancer à dix mètres, l’herboriste Jean Désille, de Vanves, a été coupé en deux.

 

M. Abel Bonnard, de Villeneuve-Saint-Georges, qui jouait au billard, s’est crevé l’œil gauche en tombant sur sa queue.

 

Le Dunkerquois Scheid a tiré trois fois sur sa femme. Comme il la manquait toujours, il visa sa belle-mère : le coup porta.

 

De trouver pendu son fils Hyacinthe, 69 ans, Mme Ranvier, de Bussy-Saint-Georges, fut si déprimée qu’elle ne put couper la corde.

 

Comme son train stoppait, Mme Parlucy, de Nanterre, ouvrit, se pencha. Passa un express qui brisa la tête et la portière.

 

Une machine à battre happa Mme Peccavi, de Mercy-le-Haut (M.-et-M.). On démonta celle-là pour dégager celle-ci. Morte.

 

C’est au cochonnet que l’apoplexie a terrassé M. André, 75 ans, de Levallois. Sa boule roulait encore qu’il n’était déjà plus.

 

Rue de Flandre, Marcel Baurot, et cette quintuple amputation lui fut mortelle, a eu les doigts coupés par une scie circulaire.

 

Le soir, Blandine Guérin, de Vaucé (Sarthe), se dévêtit dans l’escalier et, nue comme un mur d’école, alla se noyer au puits.

 

Mlle Paulin, des Mureaux, 46 ans, a été saccagée, à 9 heures du soir, par un satyre (22 ans, trapu, chapeau mou sur visage ovale).

 

Pour la cinquième fois, Cuvillier, poissonnier à Marines, s’est empoisonné, et, cette fois, c’est définitif.

 

Félix Fénéon, Nouvelles en trois lignes, Mercure de France.

 

(portrait par Signac)

 

samedi, 22 décembre 2007

Un homme qui dort

34bc324ec40ae56bfb56cdd262f0d5b9.jpgUn  évènement dans le monde cinématographique et littéraire : la sortie en DVD  (décembre 2007) du film de Georges Perec et Bernard Queysanne.

 

Sorti en 1974, le film Un homme qui dort obtient le prix Jean Vigo et reste six mois à l’affiche de la seule salle parisienne qui le programme. Il ressort en salles en 1990 puis est diffusé à la télévision (Arte) en 1999.

L’argument : un étudiant parisien refuse de continuer ses études et choisit de vivre au point mort, dans sa chambre minuscule. Le film est le journal précis de cette contestation radicale de la société, un voyage de l’indifférence à l’angoisse, jusqu’au retour douloureux sur la terre des vivants.

Après deux ans passés à écumer les productions, l’obtention d’une avance sur recettes minimale de 150 000 francs, et la complicité d’un ami tunisien, Noureddine Mechri, qui fournit laboratoire, montage et sonorisation, Perec et Queysane tournent en 1973 le film en noir et blanc, sans vedette (le seul acteur en est Jacques Spiesser), un défilé d’images oniriques parcouru d’une voix-off. Le texte est adapté du propre roman originel de Perec, qui présente ainsi la version filmée : « un seul personnage, aucune histoire, aucune péripétie, aucun dialogue, mais seulement un texte lu par une voix-off… »

Le coffret contient un livret du texte intégral de Perec et deux disques : sur le premier on découvre le film en version originale française avec la voix de Ludmila Mikaël, ainsi que les versions américaine, allemande et espagnole, et la bande-annonce originale. Le disque 2 offre deux documentaires de Bernard Queysanne autour de l’œuvre et de la personnalité de Perec, comprenant notamment des témoignages d’amis et de traducteurs.

 

 

Un homme qui dort, de Georges Perec et Bernard Queysanne, DVD double, éditions La vie est belle.