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jeudi, 26 avril 2007

Sur le style

« Le style me fait horreur et je m'aperçois que quand j'écris j'en fais toujours, alors je brûle tous mes manuscrits et il ne reste que ceux qui me rappellent une suffocation, un halètement, un étranglement dans je ne sais quels bas-fonds parce que ça c'est vrai. »

Antonin Artaud, Interjections.
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jeudi, 12 avril 2007

Le club des pantouflards, de Christian Cottet-Emard

medium_clubdespantouflards.jpg

 (Cet article, plus complet que celui que j'avais consacré l'an dernier à ce livre sur mon blog, est paru dans La presse Littéraire n° 9.)

 

Christian Cottet-Emard, qui anime avec humour et lucidité l’un des meilleurs blogs littéraires du moment (http://cottetemard.hautetfort.com), et qui s’est fait connaître comme poète, nouvelliste et romancier (Le grand variable, chez Editinter) vient de publier, dans la collection Petite Nuit, chez Nykta, un savoureux mini-polar, Le club des pantouflards.

L’histoire – relevant davantage de la politique-fiction que du genre policier - se situe dans le quartier lyonnais de Vaise, entre la rue Gorge de Loup et le pont Masaryk, un quartier jadis ouvrier (l’entreprise de la Rhodia), aujourd’hui déshérité mais en pleine rénovation, où quelques bobos aménagent des lofts dans les friches industrielles. Le héros, qui n’a rien d’héroïque, répond au nom improbable d’Effron Nuvem, et mène une vie grise de chômeur solitaire, celle d’un contemplatif sans autre perspective que la lecture de livres de poches (dont Les âmes mortes, de Nikolaï Gogol) et la consommation de sardines à l’huile portugaises Roses de France et de cafés au lait avec tartines. Tous ses espoirs semblent derrière lui : « Ses grands rêves d’adolescence le visitèrent. Ils étaient quant à eux de beaux papillons de jour mais ils avaient fait le chemin à l’envers, retournant vite aux chrysalides puis aux larves qui le rongeaient de l’intérieur. »

Une vie morne, vide et fermée où l’insolite s’invite, sous la forme d’une paire de pantoufles que Nuvem décide de s’offrir, d’une manière irraisonnée. Il ne s’étonne pas de l’étrange sollicitude du marchand de chaussures, qui l’invite bientôt au repas trimestriel du « club des pantouflards », un cercle fermé où les notables tirés à quatre épingles dînent et s’empiffrent de mets fins, pantoufles aux pieds. Cailles, grives, pigeons, faisans aux quatre choux, la nourriture abondante et choisie est dispensée par l’énorme Graziella. Quantité et qualité se conjuguent à la table : « un goûter composé de petits sandwiches au foie gras, de brioches, de choux à la crème, de crêpes, de babas au rhum, de petits-fours et de fruits confits, le tout arrosé de vieux porto et de muscat de Sardaigne. » Notre héros, qui a des prédispositions certaines pour la bonne chère, allume un Lusitania et boit de grandes rasades de Cognac.

Mais que vient-il faire dans cette galère, même aux allures de paradis gastronomique ? « Que pouvait valoir l’adhésion d’un chômeur, une de ces « âmes mortes » à peine bonnes à émigrer d’un fichier à un autre au gré des fluctuations d’une comptabilité d’actifs et de passifs que se jetaient sans cesse à la figure lors de joutes télévisées les dignes héritiers de l’escroc Tchitchikov ? » C’est là que le roman devient une fable politique angoissante : ce club ressemble en effet  à une phalange secrète et présente une liste aux élections municipales, sans succès. Bientôt Effron Nuvem voit la ville basculer dans une organisation totalitaire dont il devient, grâce à ses relations pantouflardes, l’un des employés, affecté au service du broyage des documents administratifs. Un engin monté sur chenilles entièrement revêtu d’un blindage noir trône au milieu de la place du quartier, assurant la surveillance de la ville, et la délivrance d’argent et de formalités administratives par une seule et même carte de crédit, sésame contrôlé et délivré par les autorités, comme si dans ce pays venait de se réaliser la crainte du croisement des fichiers informatiques. « Dans cette masse de métal compact dépourvue de toute ouverture luisait une petite lueur rouge de la taille d’un œilleton. » Ce blindé est une belle trouvaille romanesque, big brother matérialisé dans un engin militaire, inamovible et menaçant.

Le héros ne s’en formalise pas, et ne se pose jamais de questions, content de sa tâche répétitive au sous-sol de la mairie. Autour de lui, les opposants se font d’ailleurs rares et peu combatifs, les belles âmes éprises de liberté attendant les beaux jours pour défiler dans la rue. « Maintenant que les gens retrouvaient leur climat habituel et que la douceur des températures incitait à sortir se promener, l’élite citoyenne de la population se sentait incommodée par la présence silencieuse mais insistante du blindé. » Mais après cette molle résistance, le confort prend le dessus, les commodités du système gagnent chaque jour les faveurs des plus contestataires.

Dans ce livre, de la taille d’une longue nouvelle, on retrouve l’originalité de l’inspiration et la maîtrise de l’écriture, le sens du fantastique et les talents de conteur de Cottet-Emard. Cette fantaisie si pleine d’humour et de portraits truculents (l’éléphantesque Graziella, le petit gros à moustache, le vieux maigre aux allures d’insecte) baigne dans une atmosphère kafkaïenne. A l’ouverture du roman, le nom de Nuvem disparaît d’un fichier d’ordinateur ; à la fin il est à nouveau supprimé : « crédit épuisé carte non valide ». Victime impuissante et quasi consentante d’une machination obscure, il n’est qu’un pion : « Les pantoufles d’Effron Nuvem arpentaient de vastes carrés de bitume qui passaient du noir au blanc, réduisant sa silhouette à celle d’un pion sur cet échiquier dessiné par la lune. » Le héros descend les neuf cercles de l’enfer, mais il n’est pas la seule victime dans ce monde cruel et burlesque où les rivalités pour le pouvoir autorisent tous les coups, jusqu’à l’élimination du concurrent ou du prochain.

Le rire que l’on éprouve à la lecture est vite mêlé de malaise et d’inquiétude, comme si nous étions plus proches de ce monde qu’on ne voudrait le croire, pas même à la distance d’un rêve ou d’un cauchemar. Cottet-Emard excelle à nous décrire l’individu broyé et effacé par la politique de l’absurde.

 

Le club des pantouflards, de Christian Cottet-Emard, Ed. NYKTA, collection Petite Nuit. 80 pages, 5 €.

 

Descriptif et références complètes sur le blog de l'auteur :

http://cottetemard.hautetfort.com/archive/2006/06/19/le-c...

 

19:25 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, Culture

samedi, 24 mars 2007

Bukowski lit ses poèmes

Les fanatiques de Bukowski peuvent trouver sur le site Youtube plusieurs vidéos montrant l'auteur lisant ses propres poèmes.

Un exemple parmi bien d'autres :

 

Bukowski reads "The Secret of My Endurance"

mardi, 20 mars 2007

Revue de détail n° 7

(Ces chroniques sont parues dans La Presse littéraire n° 8.)

 

LA FAUTE A ROUSSEAU n° 42

medium_Fauterousseau42.2.jpgRevue de l’APA (Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique, désormais reconnue d’intérêt général), La Faute à Rousseau paraît trois fois par an. Diffusée aux adhérents, elle commence maintenant à être distribuée en librairies. Elle rend compte des activités de l’association, offre des notes de lectures et présente un dossier. Celui du dernier numéro, dans la continuation du précédent consacré au « Nom », explore le thème des « Familles ». « Le 13 juillet 1980, Julien Green note dans son Journal : « Quand j’ai demandé à Mauriac pourquoi il n’écrivait pas son autobiographie, il m’a répondu : Impossible. J’ai une famille. » Sans doute les familles n’apprécient-elles guère les autobiographies de leurs membres, dès lors qu’ils cherchent à dire leur vérité plutôt qu’à fixer l’histoire collective du clan. Sans doute aussi chacun doit-il construire son identité, trouver sa voie, à partir des histoires, projets ou conflits des générations antérieures. »

Beaucoup de collaborations sur ce thème, couvrant la période contemporaine. Le plus intéressant est le dossier « Classiques », avec les contributions sur Hugo, Sartre, Gide, Virginia Woolf, Mauriac. Philippe Lejeune livre un bel article sur Jean-Jacques Rousseau : «  La faute à Rousseau, c’est d’avoir abandonné ses cinq enfants. La faute à Voltaire, c’est d’avoir révélé ce fait au public dans un pamphlet anonyme. Merci à Voltaire, qui poussa Rousseau à écrire, en réponse, ses Confessions. Merci à Rousseau de s’y montrer – c’était très nouveau pour l’époque – attentif à l’histoire de la personnalité, et sensible à l’existence de l’inconscient. »  Et d’ajouter : « Lecteur des Confessions, je vais donc jouer mon rôle en remarquant un « enchaînement d’affections secrètes » qui a échappé à Rousseau, un chaînon manquant, une « disjonction » étonnante. Jamais, dans les Confessions, Rousseau n’établit de lien entre les deux faits suivants : il a abandonné ses enfants, mais il avait été lui-même abandonné par son père, comme le Petit Poucet. »

Sans tomber dans le piège de la spécialisation universitaire ou de l’hermétisme, La Faute à Rousseau offre un contenu accessible, riche et varié - seul un effort de mise en page reste à faire, pour éviter l’impression d’empilement des articles. Rappelons que l’APA, fondée en 1991 par Chantal Chaveyriat-Dumoulin et Philippe Lejeune, réunit actuellement plus de 800 membres adhérents. Son premier objectif est d’assurer la conservation des textes autobiographiques inédits rédigés par des personnes de tous milieux sociaux. La plupart de ces textes, malgré leur intérêt, ne pourraient pas trouver d’éditeur en raison du manque de notoriété des auteurs ; dispersés dans les archives familiales, ils sont menacés de disparition à plus ou moins long terme. Le lieu de cette conservation est la médiathèque municipale de la Grenette, dont une partie est mise à la disposition de l’APA par la municipalité d’Ambérieu-en-Bugey, près de Lyon. L’APA publie des comptes rendus des textes autobiographiques reçus (les échos) dans son « Garde-mémoire ». Elle offre en lecture son fonds, riche de plus de 2000 dépôts inédits, dont l’intérêt, au-delà d’un genre littéraire, est également historique et sociologique.

 

La Faute à Rousseau, APA, La Grenette, 10 rue Amédée-Bonnet, 01500 Ambérieu-en-Bugey. 84 pages, 9 €. http://sitapa.free.fr

 

 

LES MOMENTS LITTERAIRES n° 15 et n° 16

Projet original que celui de cette belle revue semestrielle animée par Gilbert Moreau, d’une présentation sobre et classique, « à l’ancienne », qui privilégie l’écriture intime et publie journaux intimes, carnets, correspondances et récits autobiographiques… prolongeant chaque fois une riche réflexion sur la source et les rites de l’écriture. Des dossiers ont été consacrés à Annie Ernaux, Gabriel Matzneff, Hubert Nyssen, Charles Juliet, Henri Bauchau…

Le numéro 15 donne à lire un dossier Rezvani, avec une introduction de Bertrand Py, son nouvel éditeur, des extraits des Carnets de Lula, sa femme défunte, et une interview de l’auteur pleine de fulgurances : « Je ne prémédite pas mon travail. Je me sers de la peinture, de l’écriture ou même de la musique comme moyen d’extraction de ce qui se passe dans mon esprit. Ce qui m’intéresse, c’est ce que je ne sais pas. Du moment où l’on se met à écrire, il sort de vous des choses tout à fait inattendues. Dans une lettre à sa sœur, Kleist écrivait « les mots tirent la pensée. » C’est ça qui est passionnant. » Rezvani établit des rapprochements et des comparaisons entre les divers arts qu’il a pratiqués pour définir l’écriture : « Quand je me suis mis à écrire, je me suis cru délivré de la matérialité, je pensais pouvoir écrire dans un bistro, en voyage… En réalité, pas du tout, je me suis aperçu que l’écriture était beaucoup plus prenante, ritualisée, qu’elle vous enferme, vous rend maniaque. » et son approche de l’ordinateur et du traitement de texte est originale : « Depuis quelques années, je me suis mis à l’ordinateur. C’est un moyen extraordinaire. Etrangement je trouve que le travail d’écriture devient comme de la sculpture avec de la glaise. A l’ordinateur, les phrases deviennent une matière, il y a un côté plastique assez extraordinaire. » Signalons dans cette même livraison de savoureux portraits par Robin Wallace-Crabbe, peintre et écrivain australien.

Le numéro 16 est consacré à une longue expérience d’écriture à quatre mains (expression qui m’a longtemps hérissé du temps de l’écriture à la plume mais qui retrouve un peu de vérité avec l’écriture au clavier, le rapprochement avec le piano devenant légitime) menée par Daniel Zimmermann et Claude Pujade-Renaud. Une aventure bien exceptionnelle car l’écriture est par essence un exercice solitaire. Hugo Marsan présente l’histoire d’amour et de littérature de ce duo littéraire, « la danseuse et le funambule, la bourgeoise et le prolétaire ». Là aussi, une interview pleine d’enseignements sur les pratiques d’écriture en commun, conduite. par Gilbert Moreau, et illustrée par des extraits d’un « cahier des rêves ». Claude Pujade-Renaud revient sur la genèse de cette collaboration : « Nous avons continué à nous montrer les ébauches de ce que nous écrivions chacun de nôtre côté. L’essentiel était l’existence d’un destinataire immédiat, une écriture avec l’autre, pour l’autre et d’une certaine façon contre l’autre parce que, inévitablement, s’instaurait un rapport de rivalité, de défi. » Pour elle le travail d’écriture est « toujours très long, très laborieux » et est incomparable avec la musique : « dans l’écriture, le signifiant est là, bête, épais, incontournable. »

 

Les Moments littéraires, B.P. 175, 92186 Antony Cedex. 128 pages, 12 €

 http://perso.wanadoo.fr/les.moments.litteraires/

 

 

lundi, 19 mars 2007

Ma page sur Myspace

Je ne sais pas encore ce que ça va et peut donner, mais je viens d'ouvrir une page sur Myspace. Son premier intérêt est de rassembler des éléments de présentation sur une seule page. Et ce n'est pas mal famé, puisque Joseph Vebret m'y a rejoint...

http://www.myspace.com/jeanjacquesnuel

 

lundi, 12 mars 2007

Rencontre avec Passage d'encres

medium_couverture_Archipel_des_possibles_Berlin_70.2.jpgRevue d’art et de littérature de création, indissolublement, Passage d’encres affirme sa présence depuis plus de dix ans, parallèlement à une activité éditoriale – quatre collections : Trace(s), Trait court 1, 2 (en coédition avec la revue OX, dirigée par Philippe Clerc) et 3 (en ligne). Rencontre avec une revue originale et pas forcément élitiste.

 

(Cet entretien, précédemment paru dans Ecrire & Editer n° 36, a été réactualisé par Christiane Tricoit.)

 

Jean-Jacques Nuel : Quel était le projet de création de Passage d’encres, et pourquoi ce titre ?

Christiane Tricoit : Le projet était, au départ, de s’inscrire dans une tradition de travail étroit entre écrivains et artistes (édition de textes ou d’œuvres pour la plupart inédits), avec une optique résolument contemporaine et cela sans esprit de chapelle. Ce projet a pris corps en 1996.

Le titre Passage d’encres, au sens propre, est emprunté au vocabulaire des arts graphiques : s’agissant de couleurs (noir compris), on parle de « passages », et le logo original – passage d’encres – reflétait d’ailleurs cette dynamique du rouleau encreur. Mais ce titre renvoie surtout à une notion plus large, celle de go-between, de passeur ou de relais.

Pour chaque numéro, le thème est communiqué à un artiste invité (parfois plus) qui réalise une estampe ou une œuvre originale selon la technique de son choix ; celle-ci est encartée dans le tirage de tête Collector, vendu par abonnement (à un prix abordable). Sabine Jahn (sérigraphie) et Michael Würzberger (linogravure) ont ainsi collaboré au n° 27, « Archipel des possibles – Berlin » (février 2007).

Chaque livraison donne lieu à un événement pluridisciplinaire : exposition, concert, lecture (France ou étranger).

La revue Passage d’encres est éditée par une association loi 1901 éponyme qui accueille des écrivains, des artistes ou d’autres éditeurs pour des rencontres dans ses locaux, une grange réhabilitée de Romainville (Seine-Saint-Denis).

 

JJN : Le sous-titre est " art / littérature ". Comment s’organise la revue autour de ces deux pôles ?

ChT : Ces deux pôles sont à égalité. Il s’agit de les mettre en correspondance, en dialogue plutôt qu’en illustration, de manière que la revue soit un lieu de création où l’alchimie puisse se faire.

 

JJN : Quelles qualités recherchez-vous dans un texte ? Doit-il se raccrocher à un thème et acceptez-vous des textes théoriques ?

ChT : Le traitement de texte, par sa facilité, suscite les vocations littéraires... Il n’est que de voir le nombre de textes qui arrivent par la poste ou par courriel. Dans les Salons, on repère l’auteur potentiel à plusieurs mètres – lire, à ce sujet, Lettre d’un éditeur de poésie à un poète en quête d’éditeur (Ginkgo éd., 2006)... Certains ne s’intéressent même pas aux revues dans lesquelles ils veulent être publiés.

Et, là comme ailleurs, il existe des plagiaires, des faiseurs. Nous recherchons une écriture, une voix originale, qui se tienne. Le thème, traité librement, est un fil rouge (double) qui permet de garder une cohérence au numéro, même si les variations sont multiples, comme en musique, avec ses temps de respiration (blancs).

Passage d’encres publie aussi des critiques ou des essais. Le dernier en date, « Du sein de la fiction », de Pierre Drogi (n° 27), a même inauguré le feuilleton littéraire dans la revue.

 

JJN : Comment diffusez-vous la revue ?

ChT : La revue est diffusée par CDE/Sodis et par les Editions La Dispute.

Les sites Internet – www.passagedencres.org et www.elvir.org (université de Poitiers) ou www.arsc.be (Association des revues scientifiques et culturelles) sont précieux pour des structures comme la nôtre.

 

JJN : Pourquoi ne publiez-vous pas de chroniques sur les livres et les revues ?

ChT : Il existe déjà beaucoup de chroniques... avec, parfois, des renvois d’ascenseur quand ce n’est pas du copinage : Je parle de ton livre, tu parles du mien, etc. Le milieu littéraire, comme d’autres, fonctionne généralement en bandes. Par ailleurs, il est évident que certains chroniqueurs ne lisent pas toutes les revues qu'ils citent. Je tiens un journal (pas un blog) en ligne, King-Gong/Infos, régulièrement réactualisé.
La publication en ligne est plus souple et moins coûteuse. Depuis un an, les numéros sont doubles (papier/virtuel) avec des contenus différents. Enfin, Passage d’encres, comme c’est souvent le cas, fonctionne avec une équipe de bénévoles qui disposent de peu de temps.

 

JJN : Le coût de réalisation d’une revue luxueuse et originale doit être élevé. Parvenez-vous à l’équilibre financier ? L’aide des organismes publics vous paraît-elle suffisante ?

ChT : Passage d’encres n’est pas une revue luxueuse (pas de papier glacé, peu de quadri, sauf exception). Même si elle coûte toujours cher à fabriquer , elle reste dans la moyenne. Disons qu’une personne, relayée par quelques collaborateurs et amis fidèles (le noyau dur) – cumule plusieurs fonctions  (au moins cinq).

Faire une revue sans grands moyens et sans être adossé à un éditeur requiert pas mal d’énergie. Jusqu’à ces dernières années, les revues et éditeurs en région étaient bien mieux lotis, financièrement parlant, que leurs confrères d’Ile-de-France, même si la subvention du CNL, quand elle est octroyée, est précieuse. Les pouvoirs publics sont conscients de la nécessité d’une véritable diversité culturelle, et particulièrement du rôle de l’édition et la librairie indépendantes, dont le travail de défrichage (œuvres ou lecteurs) est primordial. Ainsi, la région Ile-de-France a-t-elle annoncé des aides pour ce secteur et œuvre-t-elle en ce sens en regroupant plus d’une centaine d’éditeurs sur son stand au Salon du livre, avec un catalogue commun, et en créant, entre autres, un centre de ressources.

 

JJN : Répondez-vous aux envois de textes ? Quels conseils donneriez-vous aux jeunes auteurs désireux de publier ?

ChT : 1. Autant que faire se peut. 2. Lire et encore lire ; envoyer un manuscrit sans fautes de français.

 

 

***

 

medium_couverture_NULLES_PARTS_68.2.jpgFiche signalétique

Revue : Passage d’encres

Adresse : 16, rue de Paris, F-93230 Romainville

Tél. : (33-1) 48 43 22 23

Fax : (33-1) 48 43 22 23

Courriel : passagedencres@wanadoo.fr

Directrice de publication et directrice artistique : Christiane Tricoit

Rédactrice en chef : Christiane Tricoit*
*Ponctuellement, carte blanche à un membre du comité de rédaction autre que Ch. T.

Membres du comité de rédaction : Yves Boudier, Jean-Claude Montel, Frater Rodriguez, Christiane Tricoit

Année de création : 1996

Périodicité : quadrimestrielle

Nombre de pages : une centaine en moyenne

Impression : offset

Format : 24 x 27,5 cm

Brochage : dos carré collé

Couverture (noir, quadri…) : variable

Illustrations : oui

Photos : oui

N° ISSN : 1271-0040

N° CPPAP :

Prix au numéro : 20 €

Prix de l’abonnement : 55 € (3 numéros)

ou 100 € (Collector : 3 numéros + 3 estampes numérotées et signées)

Tirage : de 500 à 700 ex.

Nombre d’abonnés : une centaine

Diffuseur : CDE/Sodis par La Dispute

 

samedi, 10 mars 2007

Joséphin Soulary, un poète lyonnais (4)

Petite anthologie



SONNET DE DECEMBRE


L’hiver est là. L’oiseau meurt de faim; l’homme gèle.

Passe pour l’homme encor ; mais l’oiseau, c’est pitié !

Dans un bouquin rongé des rats plus qu’à moitié

j’ai lu qu’il paie aussi la faute originelle.

 

La bise a mangé l’air, durci le sol, lié

Les ruisseaux. - Temps propice aux heureux ! La flanelle

Les couvre ; au coin du feu le festin les appelle.

Mais les autres ?.. Sans doute ils auront mal prié !

 

Le soleil disparaît sous la brume glacée ;

C’est l’acteur des beaux jours qui, la toile baissée,

Prépare sa rentrée au prochain renouveau ;


Et, tandis qu’on grelotte, il vient, par intervalle,

Regarder plaisamment, l’oeil au trou du rideau,

La grimace que fait son public dans la salle.

 

in La chasse aux mouches d’or



 

*

 

 

 

LES IRONIES DE LA MORT

 

Enfant mal accueilli, comme un fardeau qui gène,

« O madame la Mort, disais-je, à mon secours ! »

Mais elle : - « Cher baby, j’aime à trancher des jours

Pleins d’azur ; j’attendrai que le ciel t’en amène. »

 

A vingt ans, rebuté par la beauté hautaine,

« Cette fois, c’en est fait, criai-je à l’autre, accours ! »

Mais elle : - « J’ai souci des coeurs pris à leur chaîne ;

J’attendrai que tu sois aimé de tes amours. »

 

Plus tard, nouveaux appels (je débutais poète) ;

Mais elle : - « Je fais cas d’un laurier sur la tête ;

J’attendrai qu’on t’imprime et que tes vers soient lus. »


Aujourd’hui, las de tout, je l’implore ; mais elle :

- « Non pas ! ton âme aspire à l’heure solennelle ;

J’attendrai pour venir que tu n’y songes plus. »


in Les diables bleus


 


*

 

 


DANS LA BRESSE AU SOL GRIS

 

Dans la Bresse au sol gris coupé d'étangs limpides,

Saint Hubert a souvent ri de me voir chasser ;

Car le râle me nargue en ses crochets rapides,

Et le lièvre, bien coi, me regarde passer.

 

Un jour, las et fourbu, les flancs du carnier vides,

Je m'étendis à l'ombre et cessai de penser.

Deux bouleaux balançaient sur moi leurs voix timides,

Et je crus les entendre en ces mots converser :

 

«Comprends-tu, disait l'un, qu'on soit assez poète

Pour venir de si loin dormir, et qu'on s'entête

A poursuivre un gibier qu'on veut ne pas tenir ?»

 

Et l'autre : « Mon avis est que cet imbécile,

Ennuyé de sa femme, aura quitté la ville

Pour s'ennuyer tout seul, et n'en pas convenir.»

 

in La chasse aux mouches d'or


 

 

*

 


 

UNE GRANDE DOULEUR

 

Comme il vient de porter sa pauvre femme en terre,

Et qu’on est d’humeur noire un jour d’enterrement,

Il entre au cabaret ; car la tristesse altère,

Et les morts sont bien morts ! - c’est là son sentiment.


l se prouve en buvant que la vie est sévère ;

Et, vu que tout bonheur ne dure qu’un moment,

Il regarde finir mélancoliquement

Le tabac dans sa pipe et le vin dans son verre.

 

Deux voisins ses amis sont là-bas chuchotant

Qu’il ne survivra pas à la défunte, en tant

Qu’elle était au travail aussi brave que quatre.


Et lui songe, les yeux d’une larme rougis,

Qu’il va rentrer ce soir, ivre-mort, au logis,

Bien chagrin - de n’y plus trouver personne à battre.

 

in Les diables bleus



 

*

 



SUB SOLE QUID NOVI ?

 

Sous mes yeux vainement tout se métamorphose,

L’enfance en la vieillesse, et le jour en la nuit ;

Dans ce travail muet qui crée et qui détruit,

C’est toujours même loi, même effet, même cause.

 

Aujourd’hui vaut hier. Comme un collier morose

L’Ennui soude le jour qui passe au jour qui suit ;

Et l’immobile Dieu gouverne ce circuit,

Où l’acteur machinal quitte et prend même pose.


Sur le rayon de l’heure et dans le bruit des jours,

La vie a beau tourner, rien ne change son cours ;

Le pendule uniforme au front du Temps oscille.


N’est-il donc nulle part un monde où l’inconnu

Déconcerte l’attente, où, sur le cadran nu,

La Fantaisie en fleur fasse la folle aiguille ?

 

in Papillons noirs



 

 *



 


FEBRIS ACCESSIO

 

Je me sentais descendre, emporté dans le vide,

Les spirales sans fin d’un abîme sans fond ;

J’entendais clapoter, dans l’inconnu profond,

Comme les caillots lourds d’une flaque sordide ;

 

Rien ne faisait lueur dans cette nuit livide ;

Rien ne ralentissait mon élan furibond ;

Mon corps frappait, aux flancs de l’entonnoir avide,

De seconde en seconde une plainte par bond !


Désespoir insensé ! mes deux mains frémissantes

Vainement s’incrustaient dans les parois glissantes ;

Le sol railleur fuyait sous mon ongle tendu !


Et j’écoutais pleurer, à distance infinie,

Une voix qui disait : « Le pauvre homme est perdu !

Le voyez-vous froisser son drap dans l’agonie ? »


in Papillons noirs


 

 

*



 

LE FAISEUR DE CERCUEILS


Le charpentier des morts sommeille. Il est minuit.

Tout à coup l’établi poudreux craque, et les planches

S’agitent çà et là comme autant d’ombres blanches.

« Oh ! dit-il fou de peur, qui fait ce méchant bruit ? »


Là-bas, dans ce coin sombre où leur acier reluit,

Grincent la lime rude et la scie aux dents franches ;

les ciseaux dans le bois ont fait crier leurs tranches ;

Le rabot a sifflé ; mais qui donc les conduit ?

 

Le sapin s’équarrit, se charpente et se change

Sous d’invisibles mains en quelque chose étrange ;

C’est long, lourd, et béant. - Un fantôme apparaît :


« Ohé ! maître, debout ! Tes morts t’ont fait ta bière ! »

Le coq chante. Il s’éveille. - Il est au cabaret.

« Debout ! criait sa femme ; ohé ! vieux sac à bière ! »


in Papillons noirs




*



 

JUSTICE BOITEUSE


Par ces temps de rancune, un jour ne passe guère

Que le couteau ne fasse à l'écart quelque mort.

Quand on aime le sang, par l'enfer ! on a tort

De naître dans la peau d'un meurtrier vulgaire.


Celui qui tue un peuple au grand jour, et s'endort

Calme, aux râles humains que son genou fait taire,

Celui-là porte haut la gloire du sicaire :

C'est bien plus qu'un héros, c'est le bras droit du Sort.


Il me manque le sens de l'abstrait, je l'avoue !

Entre le gueux qu'on blâme et le brigand qu'on loue

La nuance m'échappe. - Ah ! si j'avais pouvoir !


J'aurais tôt condamné, confondant mes colères,

A la peine d'amour le bandit du trottoir,

Et l'assassin royal à celle des galères !


in Les rimes ironiques

 

 


*




REVES AMBITIEUX

 

Si j’avais un arpent de sol, mont, val ou plaine,

Avec un filet d’eau, torrent , source ou ruisseau,

J’y planterais un arbre, olivier, saule ou frêne,

J’y bâtirais un toit, chaume, tuile ou roseau.


Sur mon arbre, un doux nid, gramen, duvet ou laine,

Retiendrait un chanteur, pinson, merle ou moineau;

Sous mon toit, un doux lit, hamac, natte ou berceau,

Retiendrait une enfant, blonde, brune ou châtaine.


Je ne veux qu’un arpent ; pour le mesurer mieux,

Je dirais à l’enfant la plus belle à mes yeux :

« Tiens-toi debout devant le soleil qui se lève;


Aussi loin que ton ombre ira sur le gazon,

Aussi loin je m’en vais tracer mon horizon. »

- Tout bonheur que la main n’atteint pas n’est qu’un rêve !


in Pastels et mignardises

 

 

Voir également :

Joséphin Soulary (1)

Joséphin Soulary (2)

Joséphin Soulary (3)